Sections
Mini Sections
Les dirigeants européens sont nerveux à l'égard du second tour des présidentielles françaises, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal proposant deux politiques européennes tout à fait différentes.
A l'issue du premier tour des élections françaises le 22 avril 2007, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont les deux candidats restants ayant une chance de remplacer Jacques Chirac à la présidence française.
Les dirigeants européens, soulagés de ne pas voir le candidat d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, au deuxième tour comme en 2002, suivront le débat de très près avant le vote final du 6 mai 2007.
Le résultat final aura des conséquences directes sur l'avenir de l'Europe.
Nicolas Sarkozy, perçu comme un homme capable de mener à bien les réformes nécessaires pour relancer l'économie française pourrait être le candidat favori de la Commission européenne à tendance conservatrice contre Ségolène Royal, en faveur d'une revalorisation du SMIC et des 35h. Cependant, les récentes déclarations protectionnistes, dans lesquelles N. Sarkozy a promis de défendre les entreprises françaises contre les OPA étrangères et où il a mis sur le compte d'un euro fort les malheurs de l'économie française, ont provoqué le désarroi à la Commission et à la Banque centrale européenne.
Nicolas Sarkozy, est largement perçu à Bruxelles comme le candidat le plus susceptible de s'entendre rapidement avec la présidente actuelle de l'UE, la chancelière allemande Angela Merkel, sur un "mini-traité" remplaçant la constitution européenne actuellement dans l'impasse et rejetée par les électeurs français en 2005. En effet, S. Royal, qui a appelé à la négociation sur un nouveau traité qui serait soumis à un nouveau référendum, pourrait compromettre les plans de la chancelière allemande de présenter une feuille de route significative pour résoudre la crise constitutionnelle de l'UE au cours de ses six mois à la tête de l'UE.
Sur ce dossier, c'est S. Royal, plus ouverte à l'immigration et à l'élargissement de l'Europe à la Turquie, qui semble la plus proche des ambitions officielles de la Commission. N. Sarkozy, en revanche, s'oppose à la poursuite de l'élargissement européen, déclarant que l'identité de l'Europe en serait affaiblie et que l'UE deviendrait une institution impossible à gérer. Il soutient en revanche une "Union méditerranéenne" sur le modèle de l'Union européenne qui engloberait la Turquie et d'autres pays musulmans.
Le ministre des affaires étrangères de l'Allemagne, pays actuellement à la tête de la présidence européenne, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré : "Je suis satisfait de voir que les partis radicaux, particulièrement (le Front national de Jean-Marie) Le Pen, ont très clairement reculé lors de cette élection".
Le président du groupe PPE-DE, Joseph Daul, a confié à EurActiv qu'il saluait les résultats du scrutin : "Les français ont réaffirmé avec force lors du premier tour des élections leur intérêt pour la politique et leur compréhension de l’importance des enjeux en participant en masse à ce scrutin. En accordant plus de 30% des suffrages à Nicolas Sarkozy, ils ont donné un signe clair que la France doit réorienter sa politique dans le sens de la revalorisation du travail, doit donner sa chance à tous, et reprendre la main sur les affaires européennes.Les français doivent rester mobiliser jusqu’au 6 mai pour concrétiser ces objectifs et pour permettre à la France de reprendre le chemin des réformes comme leurs partenaires de l’Union Européenne".
Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti socialiste européen, a salué les résultats, les qualifiant de "victoire pour Ségolène Royal et pour le Parti socialiste", ajoutant : " Les Français ont fait le bon choix en mettant la gauche au second tour. Les Français ont clairement fait un choix entre la gauche et la droite - un choix tranché entre la social-démocratie et le conservatisme libéral, entre une Europe sociale et une Europe libéralisée...Le peuple français a l'opportunité de rendre à la France sa place en Europe et dans le monde. Ségolène est la candidate du changement pour la France et l'Europe. Sa victoire doit stimuler ceux d'entre nous qui veulent construire une nouvelle Europe plus sociale. Tous les électeurs qui ont rejeté le conservatisme doivent voter pour Ségolène le 6 mai".
La députée européenne libérale, Annemie Neyts, a déclaré : "Nous vivons une période déterminante pour l'Europe car les priorités du Président français et sa conduite des affaires auront des répercussions pour le continent tout entier".
Graham Watson, à la tête du groupe parlementaire des Libéraux-Démocrates, a salué les bons scores du parti centriste : "Bien que François Bayrou ne concourt pas au second tour, sa campagne positive et pro-européenne a changé le visage de la politique française".
Se confiant au quotidien allemand Sueddeutsche Zeitung, Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe parlementaire Verts/ALE, a estimé que S. Royal conservait "toutes les chances de remporter ces élections", ajoutant : "Chaque voix accordée à Bayrou représentait une voix contre Sarkozy". Selon lui, N. Sarkozy est le type de politicien français "qui pense que l'Europe doit se subordonner à la France. il incarne l'imprévisibilité absolue. Cet homme pourrait avoir les meilleures ou les pires intentions, personne ne peut le prévoir. Sarkozy est un opportuniste du pouvoir".
Le président de la Commission, José Manuel Barroso, lui-même conservateur, a déjà apporté publiquement son soutien à N. Sarkozy, le qualifiant "d'Européen convaincu et convaincant", à l'occasion d'une visite de N. Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, à Bruxelles en 2006.