Dans son entourage, M. Hollande passe pour un « Européen convaincu ». « C’est l’un de ses engagements les plus anciens et l’un des plus structurés », a déclaré l'un de ses proches. Cependant, sa carrière a connu des hauts et des bas, notamment à cause des affaires européennes (voir « Contexte ») et certains assurent qu'il aurait préféré éviter le sujet dans sa campagne présidentielle.
Un homme politique socialiste français a déclaré à EurActiv France : « Au début de la campagne, Hollande et ses proches ne voulaient pas parler d’Europe. Ça ne faisait pas vendre. Ils y ont été obligés quand Sarkozy a mis le traité sur la table et qu’ils ont dû réagir. »
Ce n'est pas étonnant, dans la mesure où l'Europe, souvent perçue comme un symbole d'austérité et de capitalisme en France, est l'un des principaux sujets de discorde au sein du parti socialiste.
M. Hollande, souvent dépeint comme un homme faible et indécis, a su convaincre une grande partie de l'électorat français en renvoyant l'image d'un candidat « normal ». Alors qu'il a longtemps joué un rôle important dans la politique nationale, le candidat socialiste n'a jamais exercé de fonction ministérielle, ce qui lui a valu le titre de « novice M. Hollande » dans l'hebdomadaire The Economist. Une épithète que la presse française use elle aussi abondamment à son égard.
Ses conseillers rejettent ces préoccupations. L'un d'eux a rétorqué : « Avant d’arriver au pouvoir en Grande-Bretagne, David Cameron n’avait pas exercé comme ministre. Est-ce que ça l’empêche de gouverner ? »
Critiques contre Bruxelles
M. Hollande se montre de plus en plus critique à l'égard de la gestion de la crise économique par l'UE. « J'ai été Européen, et je le suis encore, mais l'Europe telle que je l'ai rêvée ne marche pas », a-t-il déclaré en octobre dernier lors d'un débat avec Martine Aubry, son adversaire socialiste lors des primaires du parti.
Cette désillusion se reflète encore davantage dans un discours prononcé le 26 juin 2010 : « Le vieux modèle, celui de l’après-guerre, a craqué sans que l’Europe soit capable d’en forger un nouveau. L’Europe n’est sûrement plus social-démocrate, mais l’Europe n’est pas davantage libérale ; elle a certes cédé aux vertiges de la concurrence, mais elle n’a jamais osé en faire son projet. Le problème c’est qu’elle n’est plus rien ; elle ne porte plus rien, elle ne construit plus rien. »
Pour lui, l'Union renoue avec « son démon : le particularisme national. Ne blâmons personne ni aucun État en particulier ; chacun est retourné complaisamment chez lui ».
Les intérêts nationaux et l'égoïsme ont, depuis le début de la crise, sérieusement mis à mal le concept de solidarité au sein de l'UE, pomme de discorde permanente entre les gouvernements riches du nord et les économies du sud affectées par l'austérité.
Retour à la croissance
En affirmant, début décembre, qu'il renégocierait le traité renforçant la discipline budgétaire dans l'UE, François Hollande a signifié à ses partenaires européens qu’il était prêt à monter sur le ring, même si l’exercice est coûteux au plan politique et annonciateur d’une bataille juridique chronophage.
Il a pour objectif de relancer la croissance. M. Hollande compte s’appuyer sur les prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI) ou les emprunts obligataires tournés vers de grands travaux. Lesquels ? Pour quel montant ? Avec quels pays ? Rien n’est pour le moment précisé.
Il envisage également d’engager un débat sur le rôle de la Banque centrale européenne dans la crise de la zone euro. De nombreux économistes pensent que son refus d'acheter de la dette des économies périphériques et d'abaisser les taux d'intérêt sur les nouveaux prêts (en somme, d'agir comme un prêteur en dernier ressort) est une cause majeure de la crise de la dette continue et du retour à la récession.
« Il ne s’agit pas de discuter du statut de la BCE, mais de faire en sorte que la politique monétaire prenne en compte d’autres critères », indique Karine Berger, une conseillère économique de François Hollande.
Certains restent sceptiques, comme cet expert européen : « C’est de l’affichage. Et puis les Allemands n’accepteront jamais, à moins d’une révolution intellectuelle de leur part. »
Aucune indication claire n'a été donnée quant aux modifications que M. Hollande souhaiterait imposer au pacte budgétaire. « Il s’agit seulement d’ajouter un volet de croissance », a déclaré une source proche du candidat socialiste, suggérant de laisser intact le reste de l’accord.
La vérité est peut-être à l’image de cette réponse évasive donnée par un spécialiste de l’Europe au PS : « On est plutôt dans le complément, mais tout dépendra du rapport de force politique avec les autres pays. »
M. Hollande aurait de toute façon intérêt à obtenir une révision assez large : selon certains experts économiques, son programme pour atteindre l'équilibre budgétaire d'ici 2017 est en contradiction avec le traité dans sa forme actuelle.
« Rapport de force » avec Mme Merkel
S'il est élu, François Hollande a promis de « parler net et clair » aux Allemands. Nicolas Sarkozy n’a pas poussé les feux des euro-obligations, du rôle de la BCE ou du financement accru du fonds de sauvetage européen auquel s'oppose l'Allemagne, au moins en l'absence de règles communes plus solides pour la discipline budgétaire.
« Je préfère un rapport de force plutôt qu’une soumission », avait réagi François Hollande lors du face-à-face télévisé avec Alain Juppé le 26 janvier dernier.
Ces déclarations lui avaient valu les moqueries de la droite, persuadée que ces propos relevaient au mieux de la naïveté, au pire de la méconnaissance du terrain politique européen.
À gauche, on juge la démarche non pas outrageante, mais pragmatique. L’absence de croissance réduit à néant les chances des États d’assainir leurs finances publiques. « Il s’agit d’être cohérent avec l’objectif budgétaire que l’on se donne », résume Karine Berger.
S’il ne verse pas dans la rhétorique belliqueuse d’Arnaud Montebourg, un socialiste accusé de germanophobie pour avoir parlé de « politique à la Bismarck » en parlant de l'action de Mme Merkel, le candidat socialiste n'hésite cependant pas à critiquer son voisin d’outre-Rhin.
En 2010, M. Hollande a déclaré : « L’Allemagne n’essaye pas d’imposer son modèle au reste de l’Europe, c’est pire : elle a décidé de travailler pour elle-même, considérant que l’Europe n’est plus son cadre de référence, mais plutôt un fardeau qu’elle traîne en maugréant. »
En avril 2011, il a attaqué dans un discours l'environnement commercial privilégié dont bénéficie l'Allemagne : « Bien sûr, il faut réduire nos déficits, limiter notre endettement […], mais en même temps les Allemands doivent comprendre qu’il n’est pas possible de constituer des excédents commerciaux sur le dos de [leurs] partenaires de l’Union européenne ».
Au PS, tous ne sont pas convaincus qu'il s'agisse de la meilleure façon d'aborder la question de la gouvernance économique de l'Europe. «Il s'agit d'une maladresse », a expliqué l'eurodéputé français Kader Arif (Socialistes & Démocrates) « d’autant plus que le couple franco-allemand a toujours bien fonctionné avec des majorités différentes ».
Les socialistes isolés en Europe
Même si M. Hollande remportait les élections, le Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement resterait largement dominé par des leaders du centre-droit. Ses alliés socialistes et sociaux démocrates au sein de la zone euro se limiteraient à l'Autrichien Werner Faymann et au Belge Elio Di Rupo.
À présent, les partisans d'une renégociation sont peu nombreux. Il s'agit d'une question délicate, même pour les leaders de centre-gauche. Interrogé par Euractiv France sur les intentions d'Elio di Rupo, un diplomate belge a déclaré : « Je ne peux pas répondre à sa place. »
Au Parlement européen, la prudence est également de mise. Martin Schulz, qui préside l’institution, et Hannes Swoboda, chef de file des sociaux-démocrates (Autriche), soutiennent pleinement la politique européenne d’investissements publics promue par François Hollande, mais sans pour autant se risquer à défendre ouvertement les vertus d'une renégociation.
Pierre Moscovici, le directeur de campagne de M. Hollande, a déclaré qu'il souhaitait revoir les négociations du pacte de stabilité de 1997. Le premier ministre d'alors, Lionel Jospin, avait plaidé en faveur de la prise en compte de la croissance aux côtés des objectifs d'équilibre budgétaire, inclus dans le « pacte de stabilité et de croissance ».
Cette modification était toutefois peu conséquente, tout comme les restrictions budgétaires de ce pacte, qui donnent la mesure de l’impuissance politique qui règne en Europe. À l’époque, les dirigeants convenaient tous de la nécessité d’une coordination renforcée des politiques économiques et louaient de concert le « rôle important » de la Banque européenne d’investissement.
La capacité de M. Hollande à mener à bien ses politiques pourrait également être limitée par les divisions qui règnent au sein de son propre parti, le Parti socialiste. Lors de l'examen du texte sur le mécanisme européen de stabilité, le 21 février à l'assemblée nationale, les socialistes se sont retrouvés entre le marteau et l'enclume, partagés entre la perspective d'un fonds de sauvetage européen qu'ils appellent de leurs voeux, mais dont l'utilisation est selon eux idéologiquement marquée par les politiques d'austérité.
Le mot d'ordre du PS a été l'abstention, contrariant la volonté de certains députés socialistes, qui étaient prêts à voter le texte.
D'autres questions ont été écartées
Les négociations sur le pacte budgétaire ont eu tendance à éclipser les autres propositions de François Hollande pour l'Europe. L'UE est actuellement en train de négocier le budget de l'UE pour 2014-2020 (1000 milliards d'euros), que M. Hollande souhaite voir investir dans de « grands projets d'avenir ».
Alors qu'il a promis un « budget ambitieux » pour la Politique agricole commune, l'eurodéputé socialiste français Stéphane Le Foll, un proche du candidat, a déclaré qu'il ne s'agissait pas de maintenir à tout prix les financements de la PAC à l’euro près. La politique agricole européenne absorbe pour l'instant 40 % du budget de l'UE, un chiffre que la Commission souhaiterait réduire progressivement.
Comme M. Sarkozy, François Hollande est favorable à une taxe sur les transactions financières et souhaite que les bénéfices soient intégrés au budget de l'UE. François Hollande plaide par ailleurs pour la création d'une agence publique européenne de notation, un projet présenté par le Commissaire européen Michel Barnier et qui avait finalement été écarté en septembre dernier.
Sur le front des institutions, M. Hollande est favorable à un exécutif à une seule tête, supposant une fusion entre le président du Conseil de l’UE (aujourd’hui Herman Van Rompuy) et le président de la Commission européenne (José Manuel Barroso). Les parlementaires européens pourraient élire directement ce dirigeant.
M. Barnier soutient également cette idée, dont les partisans affirment qu'elle donnerait à l'UE un « visage » plus distinct et renforcerait son pouvoir exécutif.
Même si elle n’est pas mentionnée explicitement dans son programme, la relance de la défense européenne fait partie des projets du candidat. Faire ce choix « passera par une plus grande sélectivité de nos contributions à l'OTAN », explique Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne et conseiller défense de M. Hollande.
Les questions de défense seront très rapidement au programme de celui qui remportera l'élection, avec le sommet de l'OTAN prévu à Chicago les 20 et 21 mai 2012. S'il est élu, François Hollande compte sur cet événement pour annoncer aux alliés le retrait des troupes françaises d'Afghanistan d'ici la fin de l'année. Nicolas Sarkozy mise de son côté sur fin 2013.
Des liens plus étroits avec l'Allemagne
En 2013, la France et l’Allemagne fêteront le 50e anniversaire du Traité de l’Élysée qui unit les deux pays. À cette occasion, le candidat socialiste compte approfondir le partenariat avec l’Allemagne dans plusieurs domaines déclinés lors de son voyage à Berlin, le 5 décembre dernier.
Il avait alors avancé plusieurs propositions, telles que « l’accélération de la mise en place du service civique franco-allemand, la création d’un office franco-allemand de la recherche, la création d’un fonds industriel franco-allemand pour financer des pôles de compétitivité communs (transports, énergie ou environnement) et la mise en place d’un État-major commun.
Il est difficile de définir comment M. Hollande, qui prévoit de rencontrer Angela Merkel directement après son entrée en fonction s'il est élu, pourrait renforcer les liens franco-allemands alors que ses demandes économiques sont inacceptables pour Berlin et pour les décideurs politiques allemands en matière d'économie.
Mme Merkel s'est empressée de donner sa réponse tout en soutenant le candidat Nicolas Sarkozy dans sa campagne et en refusant de rencontrer M. Hollande avant les élections, apparemment en raison d'un problème d'emploi du temps.
L'élection de M. Hollande représenterait un défi pour la gestion économique actuelle de l'UE et pour la capacité de la « machine franco-allemande », qui a souvent dirigé l'intégration européenne, à fonctionner malgré des différends politiques.



