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Le 2 mars, sans surprise, le candidat de Vladimir Poutine, Dmitry Medvedev, a remporté l’élection présidentielle en Russie. Les opposants affirment que le scrutin était une « farce » qui marque l’abandon de la démocratie par le pays.
La présidentielle russe est organisée tous les quatre ans. Vladimir Poutine avait remporté les deux dernières élections mais, malgré le fort soutien en faveur de son parti lors des récentes élections parlementaires (EurActiv 03/12/07), la constitution du pays l’empêche de briguer un troisième mandat consécutif.
Selon les résultats préliminaires, publiés le 3 mars et basés sur 99% des bulletins, le premier vice-premier ministre, âgé de 42 ans, s’est imposé avec plus de 70% des suffrages en sa faveur. L’investiture de M. Medvedev aura donc lieu le 7 mai prochain.
Accueillant sa victoire, M. Medvedev a déclaré que sa présidence serait dans la continuité des politiques actuelles et que sa collaboration future avec M. Poutine, qui servira le pays en tant que Premier ministre, pourrait apporter des résultats intéressants pour le pays et jouer un rôle positif dans le développement de la Russie.
M. Medvedev a nié les affirmations selon lesquelles il serait la marionnette de l’ex-agent du KGB qui gouverne la Russie depuis 2000, en insistant sur le fait que la répartition des pouvoirs entre le Premier ministre et le président, qui est notamment compétent en matière de politique étrangère, resterait inchangée.
Les résultats placent le leader du parti communiste, Guennadi Ziouganov en deuxième place avec 17,1% des voix, le leader ultranationaliste du parti libéral démocrate Vladimir Jirinovski en troisième position avec 9,4% des votes et le chef du parti démocrate pro-européen, Andreï Bogdanov , en dernier avec à peine 1,3%.
La commission centrale électorale a déclaré que 69,6% des 109 millions d’électeurs enregistrés en Russie avaient participé à l’élection, le clan de Medvedev insistant sur le fait que le taux élevé de participation était un signe de l’intérêt considérable des citoyens pour ces élections. Les Russes voulaient choisir leur chef d’Etat et ne voulaient laisser ce choix à personne d’autre, a déclaré le directeur de campagne de M. Medvedev, Sergei Sobyanin. Selon lui, cela montre que ces élections n’étaient pas jouées d’avance et qu’il y avait un véritable choix à faire.
Le président russe Vladimir Poutine, a salué la victoire de M. Medvedev, déclarant qu’elle garantirait la continuité de la politique qu’ils ont choisie ensemble et qu’ils ont mise en œuvre ensemble. Il a remercié les citoyens et a affirmé que la société civile russe s’était révélée efficace et responsable et que l’élection s’était déroulée « en stricte conformité avec la constitution ».
Mais les observateurs étrangers et les critiques ont déclaré que le vote était une « farce » : selon eux des candidats n’ont pas pu participer au scrutin, des pressions ont exercées sur les citoyens de façon à ce que leur vote fasse augmenter les taux de participation, les ressources du Kremlin ont été utilisées pour soutenir la campagne de M. Medvedev et lui assurer une couverture médiatique favorable. D’après la candidate démocrate à la présidentielle américaine, Hillary Clinton, l’élection présidentielle en Russie marque un tournant décisif dans l’abandon de la démocratie par le pays.
Graham Watson, le leader de l’Alliance des libéraux démocrates au Parlement européen, a convenu que les citoyens russes avaient été privés d’élections libres et équitables. Il estime que cela nuit encore davantage aux engagements de la Russie envers le Conseil de l’Europe et renforce la peur de l’autoritarisme.
L’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OCSE) avait refusé d’envoyer des observateurs pour surveiller le déroulement de l’élection, déclarant que les contraintes étaient si sévères que la mission n’aurait eu aucun sens. Au final, on comptait à peine 300 observateurs internationaux pour 96 000 bureaux de vote et l’ONG russe de surveillance des élections Golos a affirmé qu’elle recevait quantités de plaintes portant sur des irrégularités et des tentatives visant à influencer les électeurs.
L’ancien champion d’échec et opposant au Kremlin, Garry Kasparov, qui avait rédigé une pétition rassemblant plus de 5 000 signatures appelant la scène internationale à ne pas reconnaître les résultats, à déclarer que cette élection du successeur de Poutine est imposée. Selon lui, c’est un candidat pris au hasard qui en remplace un autre. Il a ajouté que si les dirigeants du monde libre acceptent M. Medvedev, ils approuveront cette farce et lui accorderont de la crédibilité.
De même, selon Guennadi Ziouganov, le leader du parti communiste, si l’élection avait été tenue dans un contexte légèrement plus honnête, il y aurait eu un résultat radicalement différent. Il s’est dit convaincu qu’il aurait récolté près de 30% des voix et a tenté de porter plainte devant les tribunaux.