Selon les premiers résultats, le parti de centre-droit de M. Tusk, Plateforme civique (PO), a remporté près de 40 % des suffrages, un résultat qui le place loin devant son principal concurrent, Jarosław Kaczyński et son parti Droit et justice (PiS) qui n'a obtenu qu'un peu plus de 30 %.
Les projections fondées sur ces résultats préliminaires ont montré que le PO et son partenaire de coalition favori, le Parti paysan polonais (PSL) pourraient disposer de suffisamment de sièges pour remporter la majorité à la chambre basse du parlement, la Sejm.
Le dirigeant du PSL, Waldemar Pawlak, qui a remporté 8,2 % des suffrages, a fait savoir qu'il était prêt à créer une nouvelle coalition avec M. Tusk. M. Pawlak occupe le poste de vice-premier ministre et de ministre de l'économie dans l'actuel gouvernement.
L'agence de presse nationale PAP a cité un éminent homme politique du PO, qui affirme que M. Tusk et M. Pawlak pourraient manquer de sièges pour former une majorité au parlement et que le PO pourrait donc inviter l'Alliance de la gauche démocratique (SLD) dans cette nouvelle coalition. Le parti social-démocrate SLD a remporté 7,7 % des suffrages selon les sondages menés à la sortie des urnes, un score étonnamment peu élevé.
Les analystes affirment que la plus grosse surprise a été la montée d'un nouveau parti, le Mouvement Palikot (Ruch Palikota), qui a fait campagne contre le dogme de l'Eglise catholique. Son fondateur, Janusz Palikot, un riche homme d'affaires, soutient des causes telles que les droits des homosexuels et la légalisation des drogues douces, touchant ainsi une corde sensible chez les jeunes. Le Mouvement Palikot, qui s'est enregistré en tant que parti le 1er juin, a fait un score de 10,1 % et sera représenté au parlement.
Le taux de participation au scrutin a été particulièrement bas, avec 47 %, soit 20 % de moins que lors des élections de 2007.
Anna Pacześniak, politologue au Polish institute for International Relations à l'université de Varsovie, a déclaré à EurActiv qu'elle ne pensait pas que le PO chercherait à former une coalition avec les socio-démocrates. Elle a qualifié la défaite du SLD de « catastrophique » et a souligné que de nombreux électeurs de gauche avaient accordé leur voix à M. Palikot.
Elle a affirmé que M. Palikot ne souhaitait pas former une coalition avec le PO, mais qu'il avait déclaré que si une coalition menée par le PO avait besoin d'aide au parlement, il lui apporterait son soutien.
Selon Mme Pacześniak, la défaite du PiS est moins catastrophique, dans la mesure où le parti n'a perdu que 1 % par rapport à son résultat lors des élections de 2007. Elle a affirmé que le PiS eurosceptique avait atteint son principal objectif en montrant à la société polonaise qu'un tiers des citoyens souhaitait un avenir différent pour la Pologne.
Le président polonais, Bronisław Komorowski, ancien président de la chambre basse du parlement dans les rangs du PO, devrait demander à M. Tusk de former un gouvernement. Il doit toutefois d'abord attendre les résultats officiels des élections, prévus pour mardi soir.
« J'espère qu'il sera possible de réduire au maximum le temps nécessaire pour la formation du gouvernement », a déclaré M. Komorowski dimanche soir, cité par Reuters.
Selon Mme Pacześniak, M. Tusk gardera sans doute la plupart des ministres du gouvernement sortant, ce qui serait également très bénéfique pour l'actuelle présidence polonaise de l'UE.
« Ces élections sont une bonne nouvelle pour la présidence polonaise, elles montrent que tout continuera à fonctionner normalement », a-t-elle avancé.
Le résultat de ces élections est un triomphe personnel pour M. Tusk, un conservateur libéral pragmatique originaire des environs de Gdansk, sur la côte polonaise de la mer baltique. Il est connu comme un fervent défenseur de la méthode communautaire dans les affaires européennes et se bat contre ce qu'il appelle la « nouvelle vague d'euroscepticisme » dans l'Union.



