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Le scandale des « vacances » secoue le gouvernement français

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Publié 09 février 2011, mis à jour 14 décembre 2012

Cela fait maintenant deux semaines que la ministre française des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, subit des pressions pour rendre sa démission après avoir utilisé le jet d'un homme d'affaires tunisien lors de ses vacances. Hier (8 février), c'était au tour du premier ministre, François Fillon, de faire face à des accusations selon lesquelles il aurait accepté l'hospitalité d'un fonctionnaire égyptien au cours d'un voyage privé.

Mardi, François Fillon a admis avoir pris des vacances en Egypte, pendant lesquelles il aurait fait une croisière sur le Nil partiellement financée par les autorités égyptiennes, peu avant le soulèvement populaire contre le président Hosni Moubarak.

Confronté à des appels au renvoi de sa ministre des affaires étrangères pour avoir pris des vacances en Tunisie pendant le soulèvement populaire du mois dernier, M. Fillon a admis avoir fait un voyage en Egypte, apparemment dans le but d’éviter toutes autres allégations embarrassantes concernant les relations de la France avec les dirigeants nord-africains dans la tourmente.

M. Fillon a déclaré que sa famille et lui-même avaient été hébergés par les autorités égyptiennes pendant un voyage du 26 décembre au 2 janvier. Un entretien de 30 minutes a eu lieu avec M. Moubarak, le dirigeant autoritaire de longue date que les manifestants exhortent désormais à démissionner, suite à la révolte qui a forcé son collègue Zine al-Abidine Ben Ali à quitter la Tunisie.

Dans une déclaration, M. Fillon a affirmé qu’il avait décidé de donner les détails de ses vacances dans l’intérêt de la transparence. Il a déclaré que les forces armées françaises lui avaient facturé le vol vers l’Egypte et que l’Etat français avait payé pour les hôtels et le personnel de sécurité.

 « Le premier ministre a été hébergé par les autorités égyptiennes », pouvait-on lire dans la déclaration, effectuée peu avant que des extraits d’un article en première page d'un journal hebdomadaire sur ce sujet ne soient communiqués aux médias.

M. Fillon, marié à une Galloise et père de cinq enfants, a également pris un avion gouvernemental entre Assouan et le site du temple antique d’Abou Simbel dans le sud de l’Egypte.

Le gouvernement de centre-droit du président Nicolas Sarkozy, sur la défensive au sujet de son manque de réactivité sur les évènements tunisiens, s’est efforcé pendant toute la semaine dernière de déjouer les demandes de renvoi de la ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie au motif des vacances qu’elle a pris dans l’ancienne colonie française avec son partenaire, ministre lui aussi, à la fin du mois de décembre.

M. Sarkozy a reconnu à la fin du mois dernier que la France, comme beaucoup d’Etats, avait sous-estimé les évènements tunisiens qui ont inspiré le plus grand soulèvement dans le monde arabe, et que l’ambassadeur français à Tunis avait été remplacé.

Les politiciens de l’opposition exigent la démission de Mme Alliot-Marie au motif de son voyage, lors duquel son partenaire, ses parents et elle-même ont pris des vols dans un avion d’affaires tunisien.

Son gouvernement et elle-même sont également visés puisqu’il a été révélé que la France avait autorisé l’exportation de gaz lacrymogènes à l’apogée de la répression des manifestants par la police, et que Mme Alliot-Marie aurait proposé le savoir-faire anti-émeutes français à Tunis.

Les révélations contre Mme Alliot-Marie et M. Fillon venaient de l’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné, qui jouit d’une forte réputation de journalisme d’investigation.

(EurActiv avec Reuters.Article traduit de l'anglais par EurActiv)

Réactions : 

La presse française a largement condamné l'utilisation systématique par les ministres français de l'hospitalité des gouvernements étrangers au cours de leurs voyages privés, rapporte l'AFP.

Le quotidien de gauche, Libération, écrit dans un éditorial que les gouvernements « s'entraident dans les petites et les grandes choses », montrant un dédain évident face à des questions telles que les droits de l'Homme.

L'éditorialiste Maurice Ulrich écrit pour le quotidien communiste l'Humanité que ces pratiques sont à peine surprenantes dans la mesure où « le conflit d'intérêt est en quelque sorte l'un des actes fondateurs du sarkozysme ». Le quotidien rappelle les récentes affaires de conflit d'intérêt comme l'affaire Woerth-Bettencourt qui avait mené à un remaniement du gouvernement en novembre dernier.

L'éditorialiste Bruno Dive a adopté un ton plutôt ironique dans le quotidien Sud-Ouest, en écrivant que pour savoir où éclatera la révolution, il suffira désormais de regarder où les membres du gouvernement français passeront leurs vacances.

L'éditorialiste François Martin écrit quant à lui pour le quotidien Midi Libre que les Français ne tolèrent plus que leurs dirigeants vivent sur un grand pied alors qu'eux-mêmes souffrent de la crise et redoutent un déclassement sociale.

Ce nouvel épisode tombe très mal pour le président Nicolas Sarkozy, avant son émission télévisée jeudi soir sur deux grandes chaînes de télévision, écrit M. Martin.

M. Sarkozy, qui souhaiterait une réélection en 2012, « ne voulait pas que ce dialogue avec les Français soit pollué par des histoires de jets privés et de vacances ministérielles : le voilà doublement servi ! », a conclu l'éditorialiste.

Fillon: Accepted Nile cruise
Contexte : 

Des révoltes populaires éclatent actuellement à travers le monde arabe et font penser aux vagues de révolutions de 1989 qui avaient libéré l'Europe de l'est du pouvoir communiste et aux déclarations d'indépendance de 1951-1962 en Afrique du nord.

Le 14 janvier, la Tunisie a vécu sa « révolution du Jasmin » en chassant son président autoritaire, Zine al-Abidine Ben Ali, après plus de 23 ans au pouvoir.

Une semaine plus tard, les partisans de l'opposition algérienne ont affronté la police dans la capitale du pays. Plusieurs personnes furent blessées.

Toutefois, la plus vive révolution de « style tunisien » a éclaté en Egypte, le plus grand pays arabe, où les manifestants demandent pour la deuxième semaine d'affilée que le président Hosni Moubarak démissionne.

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