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Ivan Gašparovič sera le premier président slovaque à effectuer deux mandats consécutifs, après sa victoire dimanche (5 avril) au deuxième tour des élections, grâce au large soutien des deux partis de la coalition gouvernementale. Des analystes ont indiqué que cette élection profitera au gouvernement actuel de Robert Fico. Reportage d’EurActiv Slovaquie.
Le poste de président reste, en Slovaquie, essentiellement honorifique. Toutefois, le président a son mot à dire sur la formation du nouveau gouvernement et peut revenir sur des lois adoptées par le Parlement.
Le président est le commandant en chef des forces armées et dispose notamment du pouvoir de nommer les juges, les professeurs d’universités et les généraux.
Cependant, bon nombre de gens reconnaissent que le principal impact du président sur la société réside dans sa personnalité et l’autorité qu’il ou elle revêt.
Les premières élections directes à la présidence slovaques ont eu lieu en 1999.
M. Ivan Gašparovič s’est assuré un second quinquennat en tant que chef de l’Etat, avec 55,5% des voix, contre 44,5% pour son adversaire, Mme Iveta Radičová.
Aux alentours de minuit, lors de la nuit des élections, Mme Radičová a félicité le gagnant et a demandé à ses partisans de respecter les résultats du vote. Son avenir doit encore être scellé, mais certains suggèrent déjà qu’elle a un mandat pour devenir leader de l’opposition avec son parti, l’Union démocratique et chrétienne slovaque (SDKÚ-DS).
Le premier tour avait vu une course au coude-à-coude entre M. Gašparovič et Mme Radičová (EurActiv 24/03/09). Le premier pouvait compter sur le soutien des deux principaux partis au gouvernement, le SMER (socio-démocrates) et le SNS (Parti national slovaque, héritier d’un ancien parti nationaliste).
M. Robert Fico, le populaire Premier ministre socio-démocrate du pays, ainsi que des dirigeants du Parti nationaliste slovaque (SNS), son partenaire de coaliton, ont pesé de tout leur poids en faveur d’Ivan Gašparovič et ont appelé tous les votants à venir exprimer leur suffrage.
Une bourde sur vidéo
La campagne électorale a été marquée par une bourde du président en exercice, Ivan Gašparovič. Lors d’une réunion privée avec des membres du parti au pouvoir, le SMER, M. Gašparovič aurait déclaré que les élections présidentielles étaient une lutte pour l’avenir du parti politique SMER.
Dans cette position et dans cette situation, je suis quasiment un membre du SMER, peut-on l’entendre dire dans une vidéo de cette discussion divulguée aux médias.
Cet aveu candide de M. Gašparovič, qui s’était employé à se présenter comme un candidat citoyen et non-partisan pendant sa campagne, l’a plongé lui, ainsi que le parti SMER, dans l’embarras. Etre non-partisan est en effet un prérequis constitutionnel pour le tenant de la fonction présidentielle.
Le Premier ministre menace les médias
Le Premier ministre Robert Fico a félicité M. Gašparovič et, simultanément, a souligné qu’il y aurait quelques conséquences pour la presse slovaque, en raison de leur traitement de la campagne électorale. Il affirme que la couverture des informations était partiale et exagérément critique quant à M. Gašparovič.
Nous devons nous occuper des journalistes, en particulier de la presse slovaque. Parce que s’il y a un perdant dans cette élection, c’est bien la presse slovaque pour toutes ces choses dégoûtantes, ces mensonges et ces allégations sur le candidat, le président, a déclaré M. Fico lors d’une conférence de presse spéciale.
La carte hongroise
Au long de la campagne, la candidate malheureuse Mme Radičová a bénéficié du soutien sans faille des régions méridionales de la Slovaquie, où réside la minorité hongroise. Au-delà de son propre parti, l’Union démocratique et chrétienne slovaque (SDKÚ-DS), elle a reçu le soutien des démocrates chrétiens, ainsi que celui, politique, du parti d’opposition SMK, qui représente la minorité hongroise du pays.
Le parti partenaire au pouvoir, le SNS, s’est servi du soutien hongrois pour prétendre que Mme Radičova n’était pas une candidate apte au poste et que la minorité hongroise ne devrait pas décider de la présidence de la Slovaquie. M. Gašparovič n’a pas pris ses distances avec ces déclarations.
De plus, de fausses brochures au nom de Mme Radičová, promettant l’autonomie à la Slovaquie du Sud, ont fait leur apparition dans certains endroits. Son équipe de campagne a introduit des poursuites, mais le mal avait déjà été fait.
La campagne amère menée autour de la minorité hongroise pourrait avoir laissé des marques plus profondes dans la société slovaque. Béla Bugár, ancien leader du Parti de la coalition hongroise (SMK), a déclaré que les Hongrois slovaques ne reconnaîtront pas M. Gašparovič en tant que président après la campagne anti-hongroise. Pál Csáky, actuel leader du SMK, a indiqué qu’il pensait que la Commission européenne prendrait bonne note de la manière selon laquelle M. Gašparovič a remporté les élections.
La Commission européenne suit toutes les élections, a-t-il expliqué dans le SME, un quotidien slovaque. J’imagine qu’ils en tireront leurs propres conclusions, a-t-il poursuivi.
En retour, le SNS a également déclaré que Mme Radičová était contre la création d’une Slovaquie indépendante en 1993. Elle faisait partie des signataires d’une pétition demandant un référendum sur la sécession de la Tchécoslovaquie, qui n’a finalement pas eu lieu.
Un nouveau leader de l’opposition ?
La question que tout le monde se pose maintenant est celle de savoir si le parti de la SDKÚ-DS, qui avait nommé Mme Radičová, pourra utiliser le potentiel électoral de celle-ci. Les médias, ainsi que certains analystes politiques, la considèrent comme le nouveau leader du plus puissant parti d’opposition, qui devrait remplacer l’ex-Premier ministre plutôt impopulaire, Mikuláš Dzurinda.
D’autres restent toutefois sceptiques, et estiment qu’elle ne convient pas pour le poste. Eduard Kukan, ancien ministre aux Affaires étrangères et candidat phare du parti aux élections européennes, a déclaré que, sans vouloir offenser Mme Radičová, il l’imagine pas du tout comme présidente du SDKÚ-DS.
M. Kukan a pris part aux élections présidentielles de 2004, mais n’a pas pu atteindre le second tour.
On s’attend à ce que le SDKÚ-DS gère les résultats des élections et les possibles conséquences sur le parti lors d’une réunion, le 7 avril.