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Réaction des dirigeants européens à l'élection de Nicolas Sarkozy [FR][en][de

Publié: lundi 7 mai 2007   

Alors que G. Bush, A. Merkel et T. Blair se sont succédés pour féliciter N. Sarkozy pour sa victoire aux élections présidentielles françaises, une certaine appréhension règne en Turquie à l'idée que cette victoire n'affecte des négociations d'adhésion à l'UE déjà difficiles.

Contexte:

Une victoire de Sarkozy au dernier tour des élections présidentielles françaises le 6 mai 2006, était considérée comme le choix favori de la Commission européenne à tendance conservatrice, notamment en raison de son soutien à la réforme économique et son désir de trouver rapidement une solution à la "crise constitutionnelle", après le rejet de la proposition de traité européen par les électeurs français lors du référendum de 2005.

Néanmoins, les dirigeants européens restent divisés sur les conséquences de la victoire de N. Sarkozy sur l'UE et le monde en général.

A lire aussi:

Autres articles:

  • Economie

N. Sarkozy est apprécié des Européens qui voient en lui un homme capable de mettre en place les réformes nécessaires pour redynamiser l'économie française, notamment en mettant un terme aux 35h. Cependant, ses récentes déclarations protectionnistes, dans lesquelles il s'est engagé à défendre les entreprises françaises contre les OPA étrangères et a mis sur le compte d'un euro fort les malheurs de l'économie française, ont provoqué le désarroi à la Commission et à la Banque centrale européenne.

S'adressant à ses partisans après son élection, il a appelé l'Union européenne à ne pas devenir le "Cheval de Troie" de tous les problèmes que la mondialisation porte en elle. 

  • Traité européen

N. Sarkozy plaide depuis longtemps en faveur d'un "mini-traité" pour remplacer la Constitution européenne actuellement dans l'impasse. Cette nouvelle "boîte à outil", visant principalement à rationaliser le processus de décision à Bruxelles de manière à éviter l'impasse démocratique au sein d’une Europe des 27 qui devrait encore s'agrandir, ne serait pas soumise à un nouveau référendum. 

  • Relations transatlantiques

La victoire de N. Sarkozy, souvent décrit comme "Sarko l'Américain" par ses adversaires, représente un soulagement pour Washington après des années de relations tendues avec le président sortant, Jacques Chirac, concernant la guerre en Irak. 

Avant les élections, tant le sénateur républicain, Dick Lugar, que le sénateur démocrate, Charles Schumer, se sont montrés en faveur de N. Sarkozy. C. Schumer a en effet déclaré : "Il serait agréable d'avoir un président à la tête de la France qui n'a pas une réaction presque épidermique envers les Etats-Unis".

Lors du discours prononcé à la suite de l'annonce du résultat de l'élection, N. Sarkozy s'est adressé aux Etats-Unis, déclarant : "Ils peuvent compter sur notre amitié". Il a néanmoins ajouté : "Mais je veux leur dire aussi que l’amitié c’est accepter que ses amis puissent penser différemment, et qu’une grande nation comme les Etats-Unis a le devoir de ne pas faire obstacle à la lutte contre le réchauffement climatique, mais au contraire d’en prendre la tête parce que ce qui est en jeu c’est le sort de l’humanité tout entière".

  • Elargissement et immigration 

La victoire de Sarkozy n'est cependant pas perçue comme une bonne nouvelle pour la Turquie, pays candidat à l'UE. En effet, le président élu s'oppose à la poursuite de l'élargissement de l'UE, soutenant que l'identité de l'Europe en serait affaiblie et que l'UE deviendrait une institution impossible à gérer. 
De plus, il a souligné que "quand bien même c'était un pays laïc, il était en Asie mineure. Je n’expliquerai pas aux écoliers français que les frontières de l’Europe sont avec l’Irak et la Syrie". 

Il soutient en revanche une "Union méditerranéenne" sur le modèle de l'Union européenne qui engloberait la Turquie et d'autres pays musulmans d'Afrique du Nord et qui s'efforcerait de résoudre les problèmes comme à la fois de l'immigration et de la pauvreté. Il a déclaré que la France et les Africains décideraient "ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée", bien que de nombreuses personnes pensent que N. Sarkozy pourrait durcir les lois relatives à l'immigration et procéder à des expulsions en masse.

Positions:

Le président de la Commission, José Manuel Barroso a déclaré : "Cette élection a été suivie de très près en Europe, parce que la France compte beaucoup en Europe. La France a toujours occupé une place centrale sur l'échiquier politique européen et il ne peut y avoir d'Europe forte sans une France européenne", ajoutant qu'il faisait entièrement confiance à N. Sarkozy pour "exercer un rôle moteur afin de résoudre notamment la crise institutionnelle". 

La chancelière allemande, Angela Merkel, actuellement à la présidence de l'UE pour une période de 6 mois, a félicité N. Sarkozy pour sa "victoire convaincante à l'élection présidentielle", ajoutant : "Précisément dans une phase aussi décisive qu'aujourd'hui pour l'Europe, il est important de poursuivre la coopération étroite, confiante et intensive entre l'Allemagne et la France".

Le premier ministre britannique, Tony Blair, a téléphoné à N. Sarkozy pour le féliciter de sa victoire, et le premier ministre socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a félicité l'"homme politique solide" incarnant "une droite moderne et ouverte" capable de canaliser les désirs de changement d'un pays appelé à retrouver sa confiance en lui et à continuer à faire partie de la locomotive de l'Europe au 21ème siècle"

S'exprimant au nom de du président américain, George W. Bush, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, Gordon Johndroe, a déclaré : "Les Etats-Unis et la France sont des alliés et des partenaires historiques. Le président Bush a hâte de travailler avec le président élu N. Sarkozy pour la poursuite de notre alliance solide".Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré qu'il espérait que l'élection de Nicolas Sarkozy ne porterait pas préjudice aux relations franco-turques : "Sur le processus (d'adhésion de la Turquie) à l'Union européenne ou concernant les relations franco-turques, nous souhaitons ne plus entendre le même genre de déclarations que celles faites durant la campagne électorale". Il a ajouté : "Nous verrons dans quel sens iront ses actions".

Bassirou Diarra, co-président du comité franco-malien sur les migrations, a déclaré : "Nous espérons très rapidement qu’il prononcera un discours d’apaisement sur le dossier de l’émigration".

Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a indiqué qu'il avait toute confiance dans le degré de détermination de Nicolas Sarkozy pour relancer la dynamique dont la France a besoin pour le porcessus constitutionnel européen".

Selon Joseph Daul, eurodéputé français et président du groupe PPE-DE, "les Français ont fait le choix courageux et lucide du changement", ajoutant que "ce choix des Français était attendu avec impatience par les autres pays européens. Avec Nicolas Sarkozy, la France va faire les réformes nécessaires pour redevenir un acteur majeur en Europe, et pour assumer tout son rôle dans le processus de mondialisation".

Mais les Socialistes craignent que N. Sarkozy ne pousse l'agenda européen davantage à droite sur le plan des réformes économiques et des politiques d'immigration. La vice-présidente socialiste du Sénat belge, Anne-Marie Lizin, a confié à AP que "l'Europe sociale a un peu reculé aujourd'hui". "Nous voyons une carte d'Europe qui est vraiment une Europe conservatrice qui veut se débarrasser des protections sociales".

Francis Wurtz, président de la GUE/NGL au Parlement européen, a mis en garde : "Cette élection n'a pas changé les sentiments de la majorité des Français et Françaises vis-à-vis de l'Europe libérale. Le discours populiste du principal candidat de la droite et le manque d'alternative claire de la part de la gauche a tout simplement fait dévier le débat. En France comme dans beaucoup d'autres pays d'Europe, l'esprit du 29 mai 2005 est toujours d'actualité".

Prochaines étapes:

  • 16 mai 2007 : Sarkozy prend officiellement le pouvoir et devrait nommer un premier ministre pour former un nouveau gouvernement
  • 19-20 mai 2007 : Date prévue de formation du nouveau gouvernement français
  • 10-17 juin 2007 : Elections législatives
  • 21-22 juin 2007 : Sommet européen de Bruxelles

Le 9 mai, EurActiv lancera sa version française depuis Paris,  www.euractiv.fr external , qui publiera une information sur les actualités et politiques européennes localisées dans le contexte français. Pour en savoir plus, lisez  l'entretien de la directrice de la publication Nathalie Lhayani external  l'entretien de la directrice de la publication, sur Toute l'Europe.

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