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Royaume-Uni : les jeux sont ouverts après des élections indécises

Publié 07 mai 2010 - Mis à jour 22 décembre 2011
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Les résultats préliminaires disponibles ce matin (7 mai) montrent que les Tories, parti conservateur dans l'opposition, semblent bien placés pour devenir le parti le plus important au Parlement, après la tenue de ce qui fut les élections les plus serrées en trois décennies au Royaume-Uni. Le pays devrait se retrouver avec un parlement indécis dépourvu de majorité claire, le laissant sans aucune certitude sur l'identité de celui qui le dirigera à terme.

Alors que seulement 90 % des résultats ont été dépouillés vendredi matin, les Conservateurs de centre droit auraient 285 sièges contre 232 pour les Travaillistes au pouvoir.

Lire notre blog en direct.

Le leader conservateur David Cameron a déclaré qu'il était clair que le Parti travailliste sortant avait perdu son mandat pour gouverner.

Cependant, les hommes politiques du Labour ont souligné que la constitution britannique donnait à l'actuel premier ministre Gordon Brown le droit d'essayer de former un gouvernement en premier. Toutefois, cela risque de n'être pas facile à réaliser avec les Libéraux-démocrates, qui ont obtenu la troisième place, car leur nombre de sièges cumulés ne parvient pas à atteindre la majorité au parlement.

La perspective d'une élection indécise, la première depuis 1974, et l'incertitude régnant sur le nom de celui qui formera le nouveau gouvernement devrait troubler un peu plus des marchés financiers déjà fébriles.

Dès vendredi, la question se posera de savoir quels partis négocient entre eux. Ils seront assistés par des fonctionnaires ayant préparé des documents de briefing soulignant les éléments clefs des propositions des partis ainsi que leur coûts.

Le sentiment de confusion a été alimenté par des informations selon lesquelles des centaines d'électeurs n'ont pas voté à cause de l'affluence dans les bureaux de vote à travers le pays au moment où le vote s'est achevé vers 22h heure locale.

Les résultats pour les 650 sièges sont intervenus sur fond de tourmente du marché mondial à la suite d'une chute impressionnante de Wall Street et des retombées de la crise de dette en Grèce.

La livre a reculé face au dollar, alors que les actions à terme ont chuté et que les obligations publiques à terme ont augmenté, avec des marchés s'inquiétant de cette incertitude et du désarroi des autres places boursières.

Gouvernement minoritaire

Un sondage de sortie des urnes, qui a sondé environ 20 000 personnes sur 45 millions d'électeurs britanniques jeudi, a montré que les Conservateurs de centre droit devraient remporter 305 sièges et le Labour 255 dans la chambre basse de la Chambre des Communes, aucun des deux partis ne parvenant à atteindre le seuil majoritaire de 326 sièges.

De manière plutôt surprenante, les Libéraux-démocrates, desquels on attendait une performance remarquable, n'obtiennent que 61 sièges, soit deux de moins que dans la précédente législature.

Je pense toujours que ces sondages de sortie des urnes sont un bon indicateur, mais nous devrions attendre avant de dire quoi que ce soit de définitif, a déclaré Andrew Hawkins, président de l'entreprise de sondage ComRes.

Les résultats pour la plupart des sièges montrent une montée du soutien en faveur des Conservateurs mais, au niveau national, cela reste insuffisant  pour assurer au parti une majorité absolue.

Certaines figures de premier plan du Labour ont perdu leurs sièges, notamment les anciens ministres Charles Clarke et Jacqui Smith, tandis que le premier ministre d'Irlande du nord Peter Robinson (Parti unioniste démocratique) s'est révélé être le grand perdant de la soirée. Les Verts ont réalisé de bons résultats, en gagnant leur tout premier siège au parlement.

La constitution britannique prévoit que le Labour de M. Brown dispose en premier du droit de former un gouvernement, mais les analystes estiment que le scénario le plus probable est celui d'un gouvernement minoritaire dirigé par les Tories.

Ces élections vont déboucher selon toute probabilité sur un gouvernement minoritaire avec à sa tête David Cameron. Ce dernier va essayer et parvenir à mettre en place des programmes politiques, démontrer ses compétences puis appeler à une seconde élection cet automne ou au printemps prochain, a affirmé Marck Wickham, professeur de sciences politiques à l'Université de Bristol.

M. Cameron a déclaré que c'est l'intérêt national qui guiderait les choix qu'il fera dans les prochaines heures. Cependant, il a également déclaré qu'il estimait qu'il était clair que le gouvernement travailliste avait perdu son mandat pour gouverner le pays.

Le prochain gouvernement devra gérer un déficit budgétaire record représentant 11 % de la richesse nationale. Il sera aussi confronté aux demandes de réforme politique faisant suite au scandale des notes de frais parlementaires de l'an dernier qui avait laissé les Britanniques écoeurés par le comportement de leurs députés.  

Les marchés craignent qu'une impasse puisse conduire à une paralysie politique, sapant les efforts visant à réduire la spirale de la dette et à assurer le retour de la croissance après la pire récession connue depuis la Seconde guerre mondiale.

Des think tank indépendants ont accusé tous les partis de ne pas avoir clairement indiqué aux électeurs l'étendue des réductions budgétaires qui seront nécessaires pour restaurer les finances publiques, ce qui signifie que n'importe quel gouvernement pourrait connaître très tôt  un plongeon de sa popularité une fois qu'il commencera à effectuer des économies.

Ceci pourrait être l'élection qu'il est préférable de perdre pour remporter la prochaine, a affirmé Wayne Anderson, 42 ans, qui travaille dans une maison de courtage à Londres. Il pourrait s'agir d'un calice empoisonné avec une petite majorité ou une minorité. Il sera plus difficile de prendre des décisions avec un parlement indécis.

La série de trois débats télévisés de style américain, une première dans la politique britannique, a mis de l'énergie dans la campagne et a dynamisé la participation.

Cependant, le taux de participation plus élevé a causé des difficultés dans certaines circonscriptions, avec des électeurs incapables de voter en raison de bureaux de vote surchargés et des fonctionnaires dans l'impossibilité de gérer le travail administratif face aux arrivées tardives des votants.

Le gendarme électoral britannique a déclaré qu'il avait lancé des enquêtes, soulevant la possibilité de recours juridiques contre certains résultats.

(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv).

Réactions : 

The Guardian a cité David Cameron, leader des Conservateurs, qui s'exprimait le soir des élections :

J'estime qu'il est clair que le gouvernement Labour a perdu son mandat pour gouverner notre pays. Le Parti conservateur est sur le point de remporter plus de sièges lors de cette élection qu'à toute autre élection depuis peut être 80 ans. Ce qui ressort clairement de cette élection, c'est que le pays, notre pays, veut du changement. Ce changement va demander un nouveau leadership et nous serons prêts à faire tout ce que nous pouvons pour aider à déterminer ce leadership.

Au même moment, le premier ministre travailliste Gordon Brown a ouvertement réfléchi à la possibilité d'essayer de former une coalition avec les Libéraux-démocrates, construite autour de la réforme électorale.

Il a déclaré : Mon devoir à l'égard du pays qui ressort de ces élections, c'est de faire en sorte que le Royaume-Uni ait un gouvernement fort, stable et de principe capable de mener le pays sur la voie de la reprise économique et de mettre en œuvre nos engagements sur les réformes d'envergure à propos desquelles il existe un consensus grandissant dans notre pays.

The Guardian écrit que le chef des Libéraux-démocrates Nick Clegg a été très déçu par les résultats, et qu'il se montre prudent quant à la formation d'une coalition des perdants qui pourrait être considérée comme un affront à la volonté populaire.

S'exprimant après les résultats des sondages de sortie des urnes mais avant tout résultat officiel, le secrétaire d'Etat britannique aux entreprises Peter Mandelson a affirmé que le Labour tenterait quand même de former un gouvernement de coalition avec les Lib Dem.

Ce n'est pas le parti qui a le plus grand nombre de sièges qui peut commencer à négocier, c'est le gouvernement en place, a expliqué M. Mandelson à la BBC. Je n'ai aucun problème de principe à essayer de donner à ce pays un gouvernement fort et stable.

George Osborne, porte-parole conservateur en charge du Trésor, a déclaré qu'il était impensable que le Labour puisse former un gouvernement s'ils se retrouvent loin derrière les Conservateurs en termes de nombre de sièges.

Je pense qu'il faut qu'ils soient réalistes. Ils ont été rejetés par le peuple britannique et notre pays a besoin d'un changement de gouvernement, a-t-il déclaré à la BBC.

Contexte : 

Les élections législatives auront lieu le 6 mai au Royaume-Uni, et pourraient mettre fin au règne du parti travailliste qui dure depuis 13 ans.

Les sondages d'opinion prévoient un parlement sans majorité claire pour aucun des partis, pour la première fois depuis 1974. La vie politique d'après la Seconde guerre mondiale a été dominée presque sans interruptions par le Labour (gauche) et les Conservateurs (droite).

L'actuel premier ministre Gordon Brown, qui a succédé à Tony Blair en 2007, a débuté sa campagne en position de perdant. Le taux de popularité de M. Brown étant resté bas pendant la plus grande partie de son mandat, les observateurs prédisent depuis longtemps une victoire facile pour le parti conservateur de David Cameron.

Les Démocrates libéraux ayant réussi une campagne impressionnante – avec leur dirigeant Nick Clegg se qualifiant de figure neuve alternative au statu quo (EurActiv 16/04/10) – il n'est plus si sûr que les Conservateurs obtiennent une majorité claire.

Gary Finnegan d'EurActiv a suivi les développements de cette journée électorale sur son blog sur Blogactiv.

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