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Sylvain Crépon : le Front national affirme que l'UE « menace les racines » des Français

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Publié 21 janvier 2011

La nouvelle dirigeante du Front national, Marine Le Pen, fera campagne contre Bruxelles dans la mesure où elle menace l'indépendance française, son héritage et ses emplois, a déclaré lors d'un entretien avec EurActiv France Sylvain Crépon, chercheur à l'université de Nanterre et expert de l'extrême droite.

Le 16 janvier, Marine Le Pen a repris le flambeau de la direction du Front national à la suite de son père, Jean-Marie Le Pen, qui dirigeait le parti depuis 1972. Il était arrivé second lors des élections présidentielles françaises en 2002, ce qui avait fait grand bruit.

Marine Le Pen, élue à la présidence du Front national le 16 janvier 2011, est-elle plus anti-européenne que son père ?

C’est un peu tôt pour le dire. Mais le discours d’investiture ne permet pas d'affirmer que Marine Le Pen est plus europhobe ou antieuropéenne que son père.

L’Union européenne est un vieux cheval de bataille pour le FN. Depuis son émergence électorale, dans les années 1980, le parti s’est toujours opposé à la construction européenne. Selon lui, l’UE constitue une menace pour l’indépendance de la France.

Plus la construction de l’Europe se renforce, plus le FN voit l’UE comme une manière de faire disparaitre, de diluer la nation dans une entité politique selon lui abstraite et désincarnée du point de vue national.

Quels sont les principaux reproches que Marine Le Pen fait à l'Union européenne ?

Pour Jean-Marie Le Pen, et maintenant Marine le Pen, l’euro représente une perte de souveraineté de la France. Marine Le Pen dit par exemple que, si elle est élue (aux présidentielles de 2012), l’une de ses premières actions sera de sortir de l’euro.

La sortie de l’UE et de Schengen, le renforcement des frontières, la taxation des produits étrangers, qui va de pair avec la mondialisation, sont également des cibles du parti. Pour le FN, l’Union est avant tout une entreprise économique dont l’objectif est de libéraliser l’économie et de menacer la spiritualité des nations.

Au sein du FN, la sortie de l’UE n’est pas un débat purement politique, économique ou technocratique. C’est un débat idéologique lié à l’idée première du parti : le prisme nationaliste et la défense de la souveraineté. L’attachement à la France est véritablement charnel, spirituel. Et la construction européenne menace ces racines, ce patrimoine culturel. 

Quelle était la tendance marquante de son discours d’investiture ?

Le discours de Marine Le Pen est quasiment anticapitaliste, c’est frappant.

L’extrême droite s’est construite dans cette volonté de défense des frontières, de sa souveraineté voire de sa supériorité. Il faut l’avoir à l’esprit pour comprendre la défiance que peut avoir le Front national à l’égard de l’Europe. Par ailleurs, l’Union est considérée par le FN comme le symbole de la libéralisation économique.

Cette thématique va être accentuée avec Marine Le Pen. La défiance vis-à-vis du matérialisme économique qui menace est grande. Selon elle, l’Europe fait de nous uniquement des consommateurs et nous détourne de ce qui serait notre essence.

Pour la nouvelle responsable du FN, Bruxelles est donc responsable de tous les maux de la France ?

Partiellement. Il y a aussi l’OTAN, l’ONU, le FMI. Toutes les instances supranationales sont une menace.

Marine Le Pen fait-elle une différence entre l’immigration européenne et non européenne ?

Au départ, le FN brocardait toute l’immigration, qu’elle soit africaine ou portugaise, espagnole, italienne. Mais, à partir des années 1990, l’immigré européen est devenu « franco compatible ». Selon des militants du FN, qui ont des origines étrangères européennes, il y a une compatibilité culturelle entre leurs origines et la France, en termes de religion, d’origine ethnique. Marine Le Pen se retrouve dans ce discours.

Pour le FN, s’attaquer à l'UE est-il aussi un moyen d’élargir son électorat?

Lorsque Marine Le Pen dénonce les délocalisations ou la porosité des frontières européennes, elle montre l’Europe comme une menace pour l’emploi, les plus défavorisés. Il y a une stratégie électorale derrière, mais ce n’est pas du pur opportunisme détaché de conviction.

Propos recueillis par Camille-Cerise Gessant

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