EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Vainqueur inattendu pour le débat télévisé historique au Royaume-Uni

Publié 16 avril 2010 - Mis à jour 19 avril 2010
Étiquettes
UK elections
Version imprimableSend by email

Les trois principaux partis politiques britanniques ont revendiqué la victoire de leur dirigeant respectif lors du premier débat de l'histoire du Royaume-Uni entre premiers ministrables qui s'est déroulé hier (15 avril). Toutefois, les sondage d'opinion indiquent que c'est le dirigeant du Parti démocrate libéral Nick Clegg qui a le plus fait sensation en amont des élections générales prévues le 6 mai.

Le débat en prime time de 90 minutes, qui a vu M. Clegg se décrire lui-même comme une alternative nouvelle et honnête au statu quo, est le premier d'une série de trois confrontations à l'américaine entre les dirigeants des partis en amont du scrutin de mai.

Les leaders se sont affrontés sur des questions comme l'économie, les soins de santé, le droit et l'ordre, l'immigration et la corruption politique.

Prêchant un message d'équité, M. Clegg a dit que les Démocrates libéraux offraient quelque chose de différent. Ne laissez personne vous dire que le seul choix possible est celui de la vieille politique, a-t-il dit.

Dites "oui" à quelque chose de nouveau, a-t-il demandé aux électeurs, insistant sur le fait que le Labour et les Conservateurs avaient fait les mêmes vieilles erreurs encore et encore.

Malgré tous les problèmes et défis devant nous, nous pouvons être optimistes à propos du futur si nous choisissons quelque chose de différent, a affirmé M. Clegg.

Le dirigeant Tory David Cameron a promis du changement alors que le premier ministre Gordon Brown (Labour) a offert la prospérité pour tous.

Les journaux consacrent Clegg comme vainqueur

Les journaux de vendredi ont en général titré sur la victoire du chef des Démocrates libéraux, le troisième parti britannique, lors de ce débat qui était centré sur les affaires intérieures.

Des sondages de téléspectateurs, réalisés après le débat, semblent également indiquer que M. Clegg a remporté le débat.

Un sondage YouGov met le dirigeant des Dem Lib à 51 %, loin devant M. Cameron à 29 % et M. Brown à 19 %. Un sondage ITV/Com Res montre que 43 % des téléspectateurs ont pensé que M. Clegg avait gagné, contre 26 % pour M. Cameron et 20 % pour M. Brown.

Mais les plus grands gagnants de cet exercice ont été les électeurs, qui assistaient à la confrontation entre trois premiers ministrables en direct à la TV pour la première fois.

La politique britannique ne sera plus jamais la même, a annoncé le Times, concluant que le débat avait offert un spectacle extraordinaire, et parfois électrisant.

Le Labour a revendiqué le caractère très substantiel du premier ministre Gordon Brown, tandis que les Tories qualifiaient la prestation de Cameron de puissante et personnelle.

M. Clegg, qui s'est exprimé avec assurance et directement à la caméra plutôt qu'à ses rivaux, a déclaré qu'il existait une alternative aux deux vieux partis. Je sais que beaucoup d'entre vous pensent que tous les hommes politiques sont les mêmes. J'espère que j'ai réussi à vous prouver le contraire, a-t-il dit.

L'économie au centre de l'attention

L'économie sera la première préoccupation des électeurs lorsqu'ils se rendront aux urnes en mai, alors que le Royaume-Uni est dans les affres de sa pire récession depuis des années.

M. Brown a déclaré que les Conservateurs étaient un risque pour l'économie du pays, quand M. Cameron assurait que les hausses des contributions aux assurances nationales proposées par le Labour n'étaient rien de moins qu'une taxe sur les emplois, une initiative destructrice d'emplois et mauvaise pour l'économie.

M. Clegg, pour sa part, s'est concentré sur les banquiers. Un banquier avide de la City de Londres paye moins de taxes sur son salaire qu'un agent de nettoyage, a-t-il assuré.

En ce qui concerne le scandale des notes de frais parlementaires qui a secoué la politique britannique l'an dernier, M. Brown a déclaré qu'il avait été choqué par cet épisode et écoeuré par ces révélations, alors que M. Cameron décrivait cela comme un épisode épouvantable.

De nombreux observateurs ont noté que le dirigeant des Dem Lib semblait davantage à l'aise avec le format du débat que ses homologues. Au plus ils [MM. Brown et Cameron] s'attaquent mutuellement, au plus ils semblent similaires, a-t-il dit à un moment donné.

M. Brown a tenté de mettre en avant son expérience par rapport à ses opposants. Je sais ce qu'implique cette fonction, a-t-il affirmé.

M. Cameron a par ailleurs accusé ses rivaux d'essayer de faire peur aux électeurs à propos d'un gouvernement tory avec des histoires épouvantables sur des réductions des dépenses, invitant les électeurs à choisir l'espoir plutôt que la peur.

Le débat d'hier soir, qui a été visionné par des millions de personnes selon la chaîne ITV, a été bien suivi en ligne, des estimations faisant état de 100 000 Tweets postés lors de la première heure.

Les prochains débats seront centrés sur les affaires internationales (Sky News ; 22 avril) et les affaires économiques (BBC One ; 29 avril).

Réactions : 

Le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Alan Johnson (Labour) a déclaré que ceux en exercice ont traditionnellement toujours été inquiets face à de tels débats. Gordon Brown a montré qu'il n'avait aucune raison de s'inquiéter. Je dirais que M. Brown a gagné sur le fonds tandis que M. Clegg a gagné sur le style. Je pense que David Cameron a perdu sur les deux tableaux.

Le secrétaire d'Etat fantôme aux Affaires étrangères William Hague (Conservateur) a déclaré : David Cameron a clairement remporté ce débat […] Je crois qu'il a montré ce qu'était un leader dans la réalité et ses réponses, en particulier sur la NHS [Service de santé national] et les soins personnels, sur l'immigration et sur la discipline dans les écoles, ont révélé qu'il était le changement dont ce pays a besoin.

Le trésorier et porte-parole des Démocrates libéraux Vincent Cable a déclaré que Nick Clegg s'en était très bien sorti. Ce qui compte, ce n'est pas ce qu'en pensent les commentateurs et les "spin doctors", mais bien ce qu'en a pensé l'opinion. Tous les indicateurs qui nous parviennent montrent que l'opinion aime vraiment Nick Clegg, il semble être sorti vainqueur avec une large avance, et je ne suis pas surpris, l'une des phrases les plus souvent utilisées lors de ce débat aura été "nous sommes d'accord avec Nick".

Il a bien fait comprendre que nous avions des positions différentes sur une variété de sujets : le financement des partis, les missiles Trident, la réforme pénitentiaire, mais il y a des domaines où nous souhaitons agir comme de vrais hommes d'Etat : soins personnels et gestion des déficits, a ajouté M. Clegg.

La dirigeante du Parti vert Caroline Lucas a déclaré que les questions écologiques et environnementales touchaient aussi bien l'économie que la santé, et qu'il était très intéressant de noter qu'aucun des autres partis n'avaient mentionné les problèmes environnementaux.

Tout cet aspect n'a pas vraiment été couvert et lorsqu'il s'agit d'économie, il y a un énorme potentiel pour créer des centaines de milliers d'emplois via des investissements dans l'énergie verte et l'efficacité énergétique, a déclaré Mme Lucas.

Le dirigeant du Parti national écossais (SNP) Alex Salmond a déclaré que tout ce que le débat avait confirmé, c'était que les partis de Londres prévoyaient des coupes massives du budget et des services publics en Ecosse. C'est pourquoi l'Ecosse a besoin de champions locaux et nationaux à la Chambre des Communes pour briser ce consensus cosy qui règne à Westminster et s'assurer un meilleur traitement de l'Ecosse.

Près de la moitié du débat aurait dû être sous titré : excepté pour les téléspectateurs en Ecosse. Il a été présenté comme un évènement historique mais ce que nous avons eu, c'est trois hommes politiques de Westminster se ressemblant, parlant de la même façon et ne disant rien d'intéressant pour l'Ecosse, a-t-il dit.

Ieuan Wyn Jones, leader du Parti nationaliste gallois Plaid Cymru, a déclaré que dans ce qui a été un débat absolument stérile, pas une fois nous n'avons entendu le mot "Gallois" prononcé par l'un des dirigeants. Ainsi, la plupart des choses qu'ils ont dites n'étaient pas pertinentes pour nos communautés. Plaid offre un choix différent et nous avons des priorités différentes – s'occuper des retraités, protéger nos écoles et hôpitaux  et s'assurer que notre économie sorte de la récession, a-t-il dit.

Prochaines étapes : 
  • 22 avril : Second débat centré sur les affaires internationales.
  • 29 avril : Troisième débat centré sur les affaires économiques.
  • 6 mai : Election générale au Royaume-Uni.
Contexte : 

Plus tôt dans la semaine, les trois principaux partis politiques ont publié leurs programmes en amont de l'élection générale qui doit se tenir le 6 mai, qui pourrait tirer le rideau sur 13 ans de pouvoir du Parti travailliste.

Les programmes offrent des visions différentes du futur des relations du Royaume-Uni avec l'UE.

Un gouvernement conservateur s'engagerait d'une manière constructive avec l'UE mais introduirait un verrou référendaire sur tous les futurs transferts de pouvoir de Londres vers Bruxelles, alors que le Labour chercherait à préserver le rôle du Royaume-Uni en tant qu'acteur de premier plan en Europe (EurActiv 14/04/10).

Les Démocrates libéraux, pour leur part, se sont engagés à mettre le pays au cœur de l'Europe pour s'assurer que le pays utilise son influence pour parvenir à la prospérité, à la sécurité et pour offrir des opportunités à son peuple.

Le premier ministre sortant Gordon Brown, qui a succédé à Tony Blair en 2007, a débuté la campagne dans la position de perdant. Alors que la côte de popularité de M. Brown a été faible la plupart de son mandat, les observateurs ont depuis longtemps prédit une victoire facile pour le Parti conservateur de M. Cameron.

Cependant, il semblerait que M. Brown signe son retour dans la course depuis quelques semaines et l'avance de M. Cameron s'est réduite. La perspective d'un parlement sans majorité – où aucun des grands partis n'a une majorité absolue des sièges – signifie que les Démocrates libéraux pourraient jouer un rôle décisif en ce qui concerne l'identité du futur premier ministre britannique (EurActiv 10/03/10).

A lire aussi

More in this section

Publicité