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19 États membres exposés à des poursuites judiciaires concernant les émissions de CO2 des bâtiments

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Publié 08 janvier 2013, mis à jour 10 janvier 2013

EXCLUSIF / Plus de 70 % des États membres de l’UE pourraient être exposés à des poursuites judiciaires relatives à la non-application de mesures d’efficacité énergétique des bâtiments censées représenter plus d’un quart des réductions d’énergie de l’UE prévues d’ici 2020, a cru comprendre EurActiv.

Des sources de la Commission européenne confirment que 19 États membres enfreignent actuellement la directive sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB), adoptée en 2002 et révisée en 2010, et qu'ils risquent de subir des sanctions financières de la part de Bruxelles.

« Des procédures d'infraction pour non-communication ont été lancées le 21 septembre 2012 contre 24 États membres qui n'avaient pas fait état d’une transposition complète à l'époque », a indiqué Marlene Holzner, une porte-parole du commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger, dans un courriel adressé à EurActiv.

Quatre États membres se sont conformés depuis lors à la directive en l'appliquant sans réserve et ont ainsi rejoint quatre autres pays, dont le Danemark, l'Irlande et la Suède. Les 11 États membres n'ont toutefois pas fait état de la transposition complète. Les huit pays restants n'ont rien déclaré à cet égard.

À la date butoir du 21 septembre, tous les États récalcitrants ont reçu des lettres de mise en demeure qui leur laissaient deux mois pour exposer les grandes lignes de leurs projets sur la mise en oeuvre de la directive et les raisons de leur retard.

Selon des acteurs de la scène politique européenne, des avis motivés sont en cours de préparation. Il s'agit de la prochaine étape de la procédure judiciaire qui s'achève à la Cour de justice de l'Union européenne.

Des fonctionnaires européens ont seulement confirmé que 19 États membres pourraient « éventuellement » être déférés au tribunal, ce qui constituerait une action en justice de masse sans précédent.

« La Commission devrait agir rapidement à l'encontre d'un nombre maximum d'États dans des termes aussi vigoureux que possible », a indiqué Adrian Joyce, le secrétaire général d'EuroACE, une association d'entreprises soutenant l'efficacité énergétique pour les bâtiments.

« Même si les dirigeants européens ont entendu parler de la contribution des bâtiments à haute efficacité énergétique aux objectifs énergétiques et climatiques, ils n'écoutaient manifestement pas », a-t-il expliqué à EurActiv.

Pas de solution au CO2 sans bâtiments efficaces en énergie

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), aucune réduction efficace des émissions mondiales de dioxyde de carbone ne peut avoir lieu sans lutter contre ce problème. Les bâtiments résidentiels et commerciaux représentent en effet environ 32 % de la consommation mondiale en énergie et plus de 30 % des émissions de CO2 liées à la consommation d'énergie finale.

Selon l'AIE, la demande énergétique des bâtiments devrait plus que doubler d'ici 2050 en raison d'un accroissement de la population mondiale et de la baisse du nombre de personnes par ménage dans les pays développés.

En 2010, les ménages étaient responsables de 25 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Europe liées à l'énergie, selon des inventaires des gaz à effet de serre de l'ONU recueillis par l'Agence européenne pour l'environnement.

Les bâtiments ne sont cependant pas couverts par le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS). Au contraire des objectifs en matière d'énergie renouvelable et de réduction d'émissions de dioxyde de carbone, l'objectif de l'UE d'une hausse de 20 % des économies d'énergie à l'horizon 2020 s'effectue sur une base volontaire.

Selon des fonctionnaires, la DPEB fournirait 4 à 5 % des 20 % de réductions en garantissant que des nouveaux bâtiments publics et privés n’émettent quasiment pas de carbone respectivement d'ici 2019 et d'ici 2021.

La DPEB, de quoi s'agit-il ?

La directive sur la performance énergétique des bâtiments impose l'émission de certificats de performance énergétique (CPE) des bâtiments. Ces certificats permettent aux propriétaires et aux locataires de comparer les résultats économiques du bâtiment.

Dès demain (9 janvier), le seuil des bâtiments soumis aux CPE passera de 1 000 à 500 mètres carrés. Il diminuera à nouveau de moitié pour arriver à 250 mètres carrés le 9 juillet 2015.

Parmi les bâtiments existants en Europe, seuls les bâtiments nécessitant des travaux importants de rénovation seront soumis à la directive. En raison de l'accumulation d’énergie des bâtiments inefficaces et de ses conséquences sur les émissions à venir, les défenseurs de l'efficacité énergétique considèrent toujours la DPEB comme un statut indispensable.

En vertu de la législation de l'UE, qui estime les émissions liées à la consommation finale du chauffage, de la climatisation, de la ventilation, de l'éclairage et de l'eau chaude, les États membres sont contraints d'entreprendre toute une série de mesures, dont :

  • développer un cadre méthodologique de calcul des niveaux optimaux pour garantir le respect des exigences minimum en matière de bâtiment ;
  • préparer des projets nationaux pour les dates butoirs 2019 et 2021 pour appliquer les lignes directrices relatives aux bâtiments autonomes ;
  • mener des enquêtes pour répertorier les incitations financières ;
  • accroître les exigences pour établir des niveaux minimums de performance énergétique pour tous les bâtiments en cas de rénovation importante ;
  • établir des mesures en faveur d'inspections améliorées des systèmes de chauffage et de climatisation ;
  • imposer des sanctions aux personnes et entreprises récalcitrantes.

Divulgation et mise au pilori des pays à la traîne

Tous les États membres ont envoyé les détails de leurs projets d'incitations financières. Jusqu'à présent, seuls 9 pays ont toutefois révélé leurs projets en vue d'obtenir des bâtiments à consommation d’énergie quasi nulle : la Belgique, Chypre, le Danemark, la Finlande, l'Irlande, la Lituanie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède.

Même si les États membres doivent également envoyer leurs calculs relatifs à la méthodologie des niveaux optimaux avant le 21 mars de cette année, « aucun des États membres ne l'a fait jusqu'à présent », a déclaré Mme Holzner.

Les défenseurs de l'écologie des bâtiments proposent que Bruxelles se lance dans ce qu’Adrian Joyce appelle une « stratégie en matière des bonnes pratiques pour mentionner et mettre au pilori les pays à la traîne sur l'efficacité énergétique devant leurs homologues », éventuellement au sein du Comité pour la mise en oeuvre de la directive sur la performance énergétique des bâtiments de l'UE.

« Je pense que 2013 sera une année cruciale pour l'efficacité énergétique des bâtiments », a-t-il ajouté. « Il s'agit de la directive phare sur les bâtiments et, si elle n'est pas mise en oeuvre convenablement, nous manquerons l'occasion de prendre des mesures pour une génération. »

Réactions : 

Jonna Byskata, porte-parole d'United Technologies Corporation (UTC) a envoyé un courriel à EurActiv indiquant : « Nous soutenons une mise en oeuvre complète et ponctuelle de la DPEB dans tous les pays européens. Les certificats de performance énergétique et les audits montreront aux utilisateurs les avantages des mesures d'efficacité [énergétique] pour leurs habitations, bureaux et bâtiments publics. Nous espérons que les États membres ne manqueront pas cette occasion de mettre en place des règles et des mécanismes qui stimuleront les marchés de l'efficacité énergétique, amélioreront les emplois locaux et réduiront les coûts énergétiques. »

Prochaines étapes : 
  • 9 janv. 2013 : date butoir pour augmenter les exigences du certificat de performance énergétique sur les bâtiments publics de 500 m2 (et non plus 1 000 m2)

  • 9 juillet 2015 : date butoir pour augmenter les exigences du certificat de performance énergétique sur les bâtiments publics de 250 m2

  • 2014 : l'UE s'est engagée à évaluer les progrès des objectifs pour l'efficacité énergétique en 2020 et à envisager des mesures contraignantes si ces mesures étaient trop lentes.

  • 1er janv. 2019 : date butoir avant laquelle tous les nouveaux bâtiments publics ne doivent plus émettre aucune émission de CO2

  • 2020 : date butoir avant laquelle les États membres de l'UE doivent respecter l'obligation de réduire de 20 % leur production énergétique par rapport au niveau de 2005.

  • 1er janv. 2021 : date butoir avant laquelle tous les nouveaux bâtiments ne doivent plus émettre aucune émission de CO2

Arthur Neslen - traduit de l'anglais par Aubry Touriel
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Contexte : 

Les États membres de l’UE se sont engagés à respecter sur base volontaire un objectif de réduction de la consommation d'énergie primaire de l'ordre de 20 % à l'horizon 2020 par rapport aux niveaux de 2005. Ces économies permettraient de réduire de 780 millions de tonnes les émissions de CO2 en Europe et d'économiser 100 milliards d'euros en frais de carburant.

L’un des instruments politiques principaux de l'UE pour atteindre cet objectif est la performance énergétique des bâtiments sur la directive sur les performances énergétiques des bâtiments (DPEB), qui devait au départ réduire la consommation d'énergie de l'UE de 6 %.

>> Lire le LinksDossier d'EurActiv : Directive sur la performance énergétique des bâtiments

Cette directive a été révisée en 2010 afin de couvrir les constructions résidentielles et non résidentielles. Elle proposait une méthode de calcul commune pour évaluer l'efficacité des bâtiments et couvrait cinq grandes catégories de consommation d’énergie finale : le chauffage, la climatisation, la ventilation, l'éclairage et l'eau chaude.

Tous les nouveaux bâtiments dans l'UE doivent avoir une consommation d'énergie quasi nulle d'ici 2021 et d'ici 2019 pour le secteur public.

Cette directive visait également à rendre les mesures d’économie d'énergie dans les bâtiments plus attractives pour les consommateurs, en obligeant les autorités nationales à garantir la délivrance de certificats de performance énergétique « pour tous les bâtiments ou unités de bâtiment construits, vendus ou loués à un nouveau locataire ».

Les contrôles sont insuffisants et la mise en conformité aux normes pour ces bâtiments n'est pourtant pas respectée, selon le BPIE (Buildings Performance Institute Europe).

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