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L’accord sur l’économie d’énergie repoussé à 2012

Publié 25 novembre 2011 - Mis à jour 28 novembre 2011
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Lors d’une réunion hier (24 novembre), les ministres de l’énergie des 27 Etats membres ont réitéré leur opposition à l’élaboration d’objectifs contraignants sur les économies d’énergie. Un accord politique sur ce sujet devra donc être trouvé sous la présidence danoise de l’UE en 2012, a appris EurActiv.

La Pologne, actuellement à la tête de la présidence tournante de l'UE, a présenté un rapport intermédiaire sur le projet de directive relative à l'efficacité énergétique, lors d'une réunion du Conseil « Energie » jeudi (24 novembre).

Ce rapport comprend des amendements demandés par les Etats membres qui réclament plus de « flexibilité » en ce qui concerne les objectifs proposés.

La majorité des États membres « ne sont pas convaincus par cette approche, et réclament plus de flexibilité afin de pouvoir définir des programmes personnalisés », a affirmé la présidence polonaise suite à une série de consultations avec toutes les délégations nationales.

Les Etats membres étaient invités à présenter leur position mais aucun débat approfondi n'a eu lieu pendant la réunion, en raison de l'ampleur des divergences. « S'il y a un débat, il aura lieu au niveau politique », ont déclaré à EurActiv des sources proches de la présidence polonaise.

L'élaboration d'un compromis politique ne devrait pas avoir lieu avant 2012. « Nous pensons que les négociations avec le Parlement européen débuteront sous la présidence danoise », ont poursuivi ces sources.

Le rapport intermédiaire porte sur les trois objectifs définis dans le projet de directive sur l'efficacité énergétique :

  • L'obligation nationale pour les entreprises d'énergie de réduire la consommation des « consommateurs finals » de 1,5 % par an.
  • La rénovation de 3 %  des bâtiments publics;
  • l'élaboration d'un « plan national de chauffage et de climatisation » visant à promouvoir la production combinée de chaleur et d'électricité et les énergies renouvelables dans ces domaines.

Le premier objectif est considéré par les experts comme celui qui « peut réellement pousser les Etats membres à adopter des mesures concrètes ».

La Haye refuse l'idée d'objectifs contraignants aux entreprises énergétiques.

La flexibilité réclamée par les Etats membres impliquerait de remplacer l'objectif de réduction de 1,5% par une augmentation progressive des objectifs, avec la possibilité de prolonger les délais pour prendre en compte  la situation de chaque pays.

Cependant, la plupart des Etats membres ont été très clairs sur le fait qu'ils n'étaient pas favorables à « un objectif contraignant pour le secteur », a-t-on déclaré à EurActiv. « Il s'agit d'un problème complexe, qui concerne de près tous les Etats membres », a expliqué une source de l'UE.

L'Allemagne, soutenue par les Pays-Bas, s'oppose à l'objectif phare de 1,5 % d'économie pour les entreprises énergétiques. Ce mois-ci, La Haye a même proposé la suppression de cet article spécifique.

A contrario, d'autres pays comme le Danemark, la France et l'Italie, qui ont déjà instauré des obligations pour les fournisseurs, soutiennent cette proposition à condition qu'elle soit légèrement modifiée.

Pascal Dupuis, responsable du département du climat et de l'efficacité énergétique au ministère français de l'écologie, a affirmé que la France était favorable à cette proposition « à 99 % ». Lors d'une conférence organisée ce mois-ci par EurActiv France, M. Dupuis a déclaré que la directive comportait de bonnes idées, mais aussi des éléments parfois « trop normatifs ».

Davantage de flexibilité

Même si des pays comme la Belgique, le Danemark, la Grèce et l'Irlande, entre autres, ont bien accueilli cette directive, le processus reste cependant dans l'impasse à cause des Etats qui « doivent d'abord mettre un terme aux dissensions internes entre les ministres de l'environnement et de l'économie », selon un analyste de l'UE.

« Les pays devraient intégrer un système commun, mais le problème est qu'ils préfèrent garder leurs systèmes nationaux. Ils pensent qu'un système commun les entraînerait vers un objectif contraignant, et qu'ils seraient contrôlés et obligés de mettre la directive en œuvre en toutes circonstances », a expliqué Sanjeev Kumar, un consultant pour la filiale bruxelloise d'E3G, une ONG qui lutte pour la protection de l'environnement.

« C'est ce qui arrive lorsque l'on veut être flexible », a déclaré cet analyste à EurActiv. « La Commission a été audacieuse au possible, étant donné qu'elle a concentré tous ses efforts dans une direction très précise, celle de l'objectif de 1,5 % d'économies », a-t-il ajouté en référence à la proposition.

Les défenseurs d'une économie d'énergie accrue considèrent l'absence de progrès dans les négociations européennes comme un signe que les Etats membres cherchent à enrayer le processus, voire à tuer dans l'œuf cette initiative.

Les objectifs relatifs aux bâtiments devraient faire l'objet de modifications

L'une des propositions susceptibles d'être amendées concerne l'objectif de rénovation de 3 % des bâtiments publics. Plusieurs délégations affirment en effet qu'une telle contrainte devrait être soutenue par des financements supplémentaires.

La Grande-Bretagne a déploré, par exemple, que ces propositions sur la rénovation des bâtiments « finiraient certainement par entraîner des dépenses supplémentaires considérables pour les Etats membres, pour des travaux qui ne s'avèrent pas toujours rentables ».

Les bâtiments sont responsables de 40 % de la consommation primaire d'énergie au sein de l'UE et de 36 % de ses émissions de CO2. Certains experts considèrent qu'en termes d'économie d'énergie, l'objectif de 3 % dans le cadre de la directive sur l'efficacité énergétique est déjà très limité, et que les consommateurs ne verraient pas leurs factures réduites à moins que cet objectif ne soit appliqué pour l'ensemble des bâtiments.

Réactions : 

Le groupe de pression des employeurs européens Businesseurope considère que plus d'attention doit être accordée au financement de la rénovation des bâtiments privés. Il souligne que les objectifs d'efficacité énergétique doivent être calculés en termes relatifs, et non en termes de volume total d'économie d'énergie, afin qu'ils ne constituent pas « un obstacle à la croissance économique ».

Le groupe a également déclaré que les programmes contraignants relatifs à l'efficacité énergétique devaient être redéfinis selon des critères tels que les actions de prévention, et devraient venir compléter les programmes et les réglementations des Etats membres.

Les écologistes appellent toutefois à des actions à court terme. Même si les budgets sont restreints, les Etats membres ne font pas le lien avec le budget européen à long terme pour la période 2014-2020, qui propose de consacrer 20 % du Fonds européen de développement régional (FEDER) à l'efficacité énergétique et aux énergies renouvelables.

« Si nous n'investissons pas à court terme, il n'y aura pas de long terme », a souligné Sanjeev Kumar du groupe de défense de l'environnement E3G.

Fatih Birol, économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a prévenu que les consommateurs seraient confrontés à une augmentation du prix du baril de pétrole à 150 dollars si aucune mesure n'était prise pour économiser de l'énergie. Lors d'une conférence à Bruxelles, M. Birol a déclaré que les mesures d'efficacité énergétique devraient représenter la moitié des réductions de CO2 nécessaires pour maîtriser le changement climatique.

Toutefois, le dernier rapport de l'AIE sur l'énergie annonce une dégradation à l'échelle économique mondiale pour la deuxième année consécutive, a-t-il expliqué.

Arianna Vitali Roscini, en charge des questions relatives aux économies d'énergie au bureau européen du WWF, a déclaré : « Il est paradoxal que le Conseil Energie considère la dimension extérieure de la politique énergétique de l'UE comme l'un des outils pour renforcer la sécurité énergétique en Europe tout en édulcorant la directive sur l'efficacité énergétique. Rénover les bâtiments européens et s'assurer que les entreprises énergétiques aident les consommateurs à faire des économies d'énergie dans leur foyer permettront de réduire les factures et notre dépendance face aux importations. »

Prochaines étapes : 
  • Mi-déc. 2011 : Une nouvelle ébauche du texte sur l'efficacité énergétique sera élaborée et examinée par un groupe de travail.
  • 1 jan. 2012 : le Danemark remplacera la Pologne à la présidence de l'UE.
  • Jan.-février 2012 : premières discussions des Etats membres sur la directive.
Ana-Maria Tolbaru — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

L'efficacité énergétique est l'un des trois objectifs 20-20-20 de l'UE pour la décennie. Les deux autres objectifs sont l'augmentation de la part des énergies renouvelables à 20 % dans le bouquet énergétique et une réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre. 

Contrairement aux deux autres objectifs, cependant, l'efficacité énergétique n'est pas juridiquement contraignante, et c'est le seul objectif que l'UE n'atteindra probablement pas.

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