EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Efficacité énergétique : le directeur général de la DG Energie est sûr à 60 % que l'UE respectera ses objectifs

Publié 09 novembre 2011
Version imprimableSend by email

La probabilité que l'UE atteigne son objectif de réduire sa consommation énergétique de 20 % d'ici 2020 est tout juste au-dessus des 50 %, a déclaré à EurActiv le directeur général de la DG Energie.

A la question de savoir à quel point il était confiant quant au fait que l'UE respecte cet objectif, Philip Lowe, le directeur général de la DG Energie de la Commission, a répondu :  « Etant donné les progrès actuels, 60 % ! »

Avant que les actuelles politiques de l'UE ne soient annoncées, l'Europe n'était qu'à la moitié du chemin s'agissant d’atteindre cet objectif, a expliqué M. Lowe. Par conséquent, la législation proposée récemment ne prenait pas en compte le fait que l'objectif de 20 % serait respecté par rapport aux niveaux de 2005.

Une analyse d'impact accompagnant la feuille de route sur l'énergie pour 2050, consultée par EurActiv, laisse entendre que l'UE est bien loin de son objectif des 20 % dans le domaine de l'efficacité énergétique.

Il est expliqué dans ce document que même si le ralentissement de la croissance économique a contribué à réduire la consommation d'énergie, il a également eu un impact négatif sur les décisions d'investissement pour l'efficacité énergétique, et ce à tous les niveaux (public, commercial et privé).

Motivations contradictoires

Ce rapport met également en évidence le problème des « motivations contradictoires » ou du « principal-agent », lorsque les décideurs ne prennent pas en compte les signaux de prix.

Par exemple, un propriétaire peut décider de rénover un bâtiment, mais tant que le locataire paye les factures d'électricité, le propriétaire n'est pas réellement encouragé à investir dans des mesures visant à économiser de l'énergie.

Par conséquent, dans le scénario de référence de l'évaluation sans effort de réduction des émissions, « l'objectif indicatif de 20 % d'économies d'énergie ne sera pas atteint dans le cadre des politiques actuelles, que ce soit en 2020, ou en 2050 ».

« Nous n'avons pas pris en compte [ce chiffre de 20 %] dans nos scénarios, car nous voulions déterminer le niveau d'ambition nécessaire pour respecter aussi bien les objectifs de 2050 que ceux de 2020 », a expliqué M. Lowe.

« Dans la pratique nous observons dans tous les scénarios qu'il faudrait une amélioration de minimum 30 %, voire 40 %, de l'efficacité énergétique en comparaison aux niveaux de 2005 et 2007, et non pas une amélioration de 20 %. » 

Toutefois, dans une analyse de cette évaluation d'impact, la Coalition for Energy Savings argue que l'objectif de 20 % d'économies d'ici 2020 ne sera réalisable qu'avec une nouvelle directive sur l'efficacité énergétique.

L'incertitude quant à la volonté et à la capacité de l'UE à atteindre cet objectif de 20 % inquiète les détenteurs de fonds qui se plaignent du risque encouru en misant sur des objectifs d'efficacité en ces temps de volatilité économique.

« Nous ne pouvons pas investir dans des entreprises qui sont dans l'attente que les gouvernements prennent les bonnes décisions », a expliqué un investisseur en capital-risque.

Déception des grandes entreprises

Plusieurs grandes entreprises énergétiques européennes, dont Phillips Lighting, Siemens et Schneider Electric, ont exprimé leur déception quant au projet de feuille de route dans une lettre envoyée aujourd'hui (8 novembre) par la European Alliance to Save Energy (EUASE) à plusieurs cabinets de la Commission.

« Il est important que nous montrions aux décideurs politiques que les entreprises se sont aussi concernées que les écologistes par cette question », a déclaré à EurActiv Monica Frassoni, la présidente de la EUASE.

« L'efficacité énergétique est une question très importante dans de nombreux secteurs », a-t-elle affirmé.

La EUASE a été constituée comme une alliance entre des entreprises et des décideurs politiques en faveur des économies d'énergie en décembre 2010, lors du sommet de l'ONU sur le changement climatique à Cancún.

Dans cette lettre, l'alliance déplore que la feuille de route de la Commission pour 2050 envoie un « message très confus » aux Etats membres et au Parlement européen quant à la probabilité que les objectifs de 2020 soient atteints.

« Si la Commission européenne souhaite réellement œuvrer en faveur de la croissance, de l'emploi et du développement durable, l'efficacité énergétique doit être au cœur de tous les scénarios envisagés pour 2050 », a affirmé Mme Frassoni. « Cela implique de se conformer à l'engagement politique des 20 %. »

La nature de l'efficacité énergétique en débat

Alors que les Etats membres sont actuellement aux prises avec les modestes mesures d'économies d'énergie pour les entreprises et les bâtiments proposées dans la directive relative à l'efficacité énergétique, la nature même de l'efficacité énergétique fait débat.

Le Royaume-Uni remet en question depuis longtemps le modèle PRIMES servant à mesurer les gains d'efficacité et la France a soumis ses commentaires sur la directive relative à l'efficacité énergétique à la présidence polonaise, proposant de mettre un terme au concept d'efficacité pour les bâtiments.

« Pour ce genre de sites, les indicateurs d'intensité énergétique sont en réalité une meilleure manière de mesurer les efforts en termes de réduction de la consommation d'énergie », peut-on lire dans les commentaires français.

L'intensité énergétique sert à mesurer les efforts réalisés dans le domaine de la réduction des émissions industrielles de CO2, sur la base du volume d'énergie consommé pour chaque dollar de production économique. La Chine et les Etats-Unis accordent leur préférence à cette méthode.

« Les débats que nous menons avec les Etats membres sont très intéressants : ils n'aiment pas les objectifs contraignants, donc nous leur donnons des mesures contraignantes », a expliqué M. Lowe. « Ils n'aiment pas les mesures contraignantes et prétendent avoir besoin de plus de flexibilité. Vont-ils encore rejeter cette proposition ? »

Plus tôt cette année, la directrice « Energies nouvelles et renouvelables, efficacité énergétique et innovation » à la DG Energie, estimait que jusqu'à présent, l'UE avait atteint des réductions de consommation d'énergie de l'ordre de 9 à 11 % seulement.

Réactions : 

« La Commission doit se sentir contrôlée par les Etats membres », a déclaré à EurActiv Brook Riley, le porte-parole des Amis de la Terre. « Au lieu de céder aux exigences des gouvernements nationaux, elle doit s'exprimer en faveur d'un objectif contraignant en matière d'efficacité énergétique comme le lui suggère sa propre analyse », a-t-il ajouté.

Arthur Neslen - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Philip Lowe, directeur de la DG Energie de la Commission
Contexte : 

L'efficacité énergétique est l'un des trois objectifs 20-20-20 de l'UE pour la décennie. Les deux autres objectifs sont l'augmentation de la part des énergies renouvelables à 20 % dans le bouquet énergétique et une réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre. 

Contrairement aux deux autres objectifs, ceux qui concernant l'efficacité énergétique ne sont pas juridiquement contraignants. En janvier dernier, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a d'ailleurs affirmé que c'était la raison pour laquelle cet objectif serait le seul à ne pas être atteint.

Les documents publiés par la Commission prévoient des économies d'énergies d'environ 10 % d'ici 2020; le Royaume-Uni devrait atteindre les 9 %, et l'Allemagne les 14 % à elle seule.

A lire aussi

More in this section

Publicité