« Ne pas soutenir les mesures pour l'efficacité énergétique revient à demander plus d'émissions, plus d'importation d'énergie et plus d'insécurité », a déclaré. Birol.
« J'estime donc qu'il est nécessaire que nous soutenions tous les mesures d’efficacité énergétique tout au long de la chaîne d'approvisionnement énergétique. L'Europe a une longueur d'avance en matière de [politiques de] lutte contre le changement climatique, ce devrait aussi être le cas pour l'efficacité énergétique », a-t-il affirmé.
Les subventions aux carburants fossiles sont « absurdes »
Les importations d'énergie coûtaient à l'UE 84 milliards d'euros en 1999 et ce chiffre a été multiplié par six ces dix dernières années pour atteindre 488 milliards d'euros l'année dernière, selon les chiffres d'Eurostat.
« Certains pays n'appliquent guère de mesures d'efficacité énergétique et continuent en revanche à subventionner les carburants fossiles. C'est une stratégie absurde », a déclaré l'économiste de l'AIE.
Il nous faut donc trouver la bonne approche d'un point de vue réglementaire et commercial », a expliqué M. Birol.
L'eurodéputé vert luxembourgeois Claude Turmes, le négociateur principal du Parlement européen sur le projet de loi relatif à l’efficacité énergétique, est du même avis. Les coûts d'importation d'énergie dans l'UE en 2011 correspondent aux coûts de création de 17 millions d'emplois, alors que 23 millions de citoyens européens sont au chômage en ce moment, a-t-il fait remarquer.
« L'efficacité énergétique et la rénovation des bâtiments seront des éléments importants des initiatives prises en faveur de la croissance » qui devraient être décidées lors du prochain sommet de l'UE le 28 juin, a ajouté M. Turmes. Il fait référence au programme de croissance réclamé par le nouveau président français, François Hollande.
Connie Hedegaard, la commissaire européenne à l'action pour le climat, a déclaré lundi (11 juin) que l’efficacité énergétique devrait être la première option à envisager par les dirigeants européens qui souhaitent encourager la croissance et l'emploi.
« Tous les gouvernements européens se disent favorables à la croissance et à la création d'emplois à court terme. Ils pourraient passer des heures à y penser qu'ils ne trouveraient probablement pas de meilleure solution », a déclaré Mme Hedegaard citée par Reuters.
Un accord de compromis
Un accord ambitieux sur l'efficacité énergétique permettrait à l'UE d'atteindre une réduction totale de 80-95 % des émissions de carbone d'ici 2050. Il s'agit, selon les scientifiques, de l'effort minimum nécessaire pour éviter un réchauffement climatique mondial de plus de 2 °C.
« L’efficacité énergétique est bien plus pertinente que les énergies renouvelables dans la lutte contre le réchauffement », a souligné M. Turmes.
L'ébauche de directive sur l'efficacité énergétique présentée en juin 2011 exhortait les États membres à réduire leur consommation d'énergie de 20 % d'ici 2020. Les pays de l'UE se sont engagés envers cet objectif en 2007, mais aucune réglementation contraignante n'a été élaborée.
Dans le contexte économique actuel, cependant, les pays ont bel et bien abandonné l'idée d'un objectif contraignant.
EurActiv a cru comprendre que la présidence danoise était prête à conclure un accord qui aboutirait à « une contribution suffisante ».
« Nous avons fait de grands progrès, mais ce n'est pas fini », a affirmé le ministre danois de l'énergie, Martin Lidegaard, à l'issue de la réunion du Conseil Environnement de l'UE le 11 juin.
« Je pense que les États membres adoptent encore la politique de l'autruche, mais le Parlement fait tout son possible pour les obliger à faire face à la réalité et à reconnaître les avantages que cette directive présente. Mais je pense que le Conseil finira par changer d'avis », a commenté Brook Riley de l'organisation verte les Amis de la Terre Europe.
Favoriser les entreprises ou renforcer les réglementations
La directive européenne sur l'efficacité énergétique forcerait les entreprises énergétiques à réaliser « des économies d'énergies annuelles équivalentes à au moins 1,5 % de leurs ventes d'énergie » sur les trois dernières années.
Les entreprises énergétiques se montrent réticentes à l'idée d'objectifs contraignants et préfèrent mettre en avant les efforts qu'elles font déjà en faveur de l'économie d'énergie en matière d'évaluation énergétique des habitations, de technologie et de formation.
« Un marché concurrentiel plus réactif et moins coûteux vaut bien mieux qu'un marché réglementé », a affirmé Claus Fest de l'entreprise allemande RWE Effizienz GmbH, lors d'un atelier organisé par l'organisation Eurelectric. « Nous n'avons pas de leçon à recevoir sur l'efficacité énergétique, nous agissons déjà. »
De nombreux distributeurs européens d'énergie s'opposent à l'objectif annuel de 1,5 % et préfèreraient améliorer leur productivité via une augmentation des prix de l'électricité ou des subventions du secteur public.
Mais les efforts volontaires des entreprises ne sont pas du goût de tous et les militants les estiment peu fiables.
« Le seul problème c'est que nous avons déjà tenté cette approche avant, avec la directive sur les services énergétiques, mais cela n'a pas fonctionné », a expliqué Brook Riley.
Les projections actuelles vont également dans ce sens et montrent que l'UE n'a même pas encore parcouru la moitié du chemin pour atteindre son objectif de 20 % d'efficacité énergétique, avec seulement 9 % aujourd'hui.
M. Birol de l'AIE estime toutefois que l'approche à adopter serait une combinaison de réglementations de marché et de mesures européennes contraignantes.
« Je pense que nous avons à la fois besoin de mesures réglementaires et de mesures de marché. Ces dernières peuvent dépendre du pays et du contexte, mais les deux sont nécessaires », a déclaré M. Birol.
Les spécificités nationales de chacun des 27 marchés européens de l'énergie compliquent la recherche d'un dénominateur commun.
« Pour chaque pays et pour chaque secteur, nous avons besoin de certaines normes et mesures réglementaires, quel que soit le pays en question », a-t-il expliqué.
« Il serait peu judicieux de ne pas adopter cette approche, car de grandes quantités d'énergie seraient alors perdues. »






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