Le 16 juin à Luxembourg, à l'issue de la réunion des ministres de l'énergie qui a permis de conclure un accord officiel sur la directive relative à l'efficacité énergétique, M. Oettinger a prévenu les Etats membres qu'ils ne pourraient pas déroger aux mesures obligatoires.
« C'est un texte de loi contraignant et nos Etats membres doivent décider de leurs priorités et l'une des priorités est d'investir dans les bâtiments existants, de les rendre plus efficaces », a expliqué M. Oettinger à la presse.
Toutefois, conformément à cette proposition, la seule obligation pour les Etats membres en ce qui concerne les bâtiments est la rénovation de 3 % de tous les bâtiments occupés et possédés par les gouvernements centraux avec une surface utile totale de plus de 250 mètres carrés. Dans certains pays, seuls quelques bâtiments sont concernés, 37 en Allemagne, par exemple.
En plus de cette mesure, les Etats membres ont accepté de s'engager à établir des feuilles de routes à l'horizon 2050 pour la rénovation de la quasi-totalité du parc immobilier. Cela pourrait entraîner des économies substantielles, dans la mesure où les bâtiments représentent environ 40 % de la consommation totale d'énergie dans l'UE.
Les organisations écologistes restent néanmoins sceptiques face à cette mesure « bonus », dans la mesure où ces feuilles de route ne sont pas obligatoires.
« Ces mesures contribuent au cadre politique et il s'agit d'une perspective à long terme, mais ce n'est pas suffisant pour 2020. Les Etats membres les ont acceptées parce qu'ils ne devront pas les mettre en oeuvre dans un avenir proche », a commenté Erica Hope du Climate Action Network.
Où trouver l'argent
Les 27 pays de l'UE devront se conformer aux dispositions de cette directive dans les 18 mois suivant son entrée en vigueur au printemps 2014.
Bien que le principal obstacle à l'efficacité énergétique soit l'investissement initial en capitaux, M. Oettinger a assuré que les Etats membres disposaient aujourd'hui de suffisamment d'instruments pour lever les fonds nécessaires.
En adoptant la directive sur l'efficacité énergétique, l'UE a fait une offre constructive à toutes les autorités locales, aux gouvernements régionaux et aux Etats membres pour l'utilisation de plus d'argent européen que par le passé dans le but de cofinancer des investissements publics et privés pour la rénovation des bâtiments, a-t-il déclaré.
Ce devrait être une priorité dans le prochain budget de l'UE, le cadre financier pluriannuel, a-t-il ajouté.
« Je suis convaincu que nous [Commission, Parlement, Conseil] aurons pour priorité d'utiliser cet argent dans le but d'investir dans des bâtiments plus efficaces sur le plan énergétique, ce sera une priorité », a martelé le commissaire à l'énergie. « Plusieurs bâtiments par an pourront est rénovés de notre côté dans le cadre du prochain CFP pour 2014-2020, en parallèle à nos mesures contraignantes pour 2020 », a-t-il déclaré.
Markus Trilling, spécialiste des fonds régionaux pour l'organisation verte les Amis de la Terre Europe, a expliqué que la proposition de la Commission sur le verdissement du prochain budget de l'UE avait déjà été affaiblie par le Conseil. Selon lui, les gouvernements nationaux continueront de décider de la manière de dépenser les fonds régionaux de l'UE et cet argent pourrait donc être investi dans des autoroutes, des aéroports et des incinérateurs.
Allouer les fonds européens de manière efficace
En référence aux capitaux nécessaires pour les investissements dans l'efficacité énergétique, Claude Turmes, l'eurodéputé vert qui a représenté le Parlement européen lors des négociations tripartites, a déclaré que cet argent ne devrait pas être considéré comme un coût, mais plutôt comme une méthode de « préfinancement » pour éviter les coûts liés aux importations d'énergie et à l'augmentation du prix du pétrole.
Les importations énergétiques coûtent plus de 400 milliards d'euros par an à l'UE, selon les chiffres de la Commission.
M. Turmes a donné l'exemple de l'Espagne, l’une des économies européennes les plus inefficaces et dépendantes du pétrole selon lui. Il a affirmé qu'au cours de la dernière décennie, le pays avait dépensé moins de 0,3 % de ses fonds structurels pour l'efficacité énergétique.
Le commissaire Oettinger s'est toutefois montré plus optimiste sur la manière dont le marché évoluerait à l'avenir. Il a expliqué que l'Europe était sur la bonne voie en matière de financement de l'efficacité.
« Les décideurs politiques ont élaboré des mesures contraignantes. Mais l'énergie est un secteur d'investissement à long terme et tout le monde a besoin d'une sécurité de planification à long terme, nous avons donc lancé le débat sur les feuilles de route énergétiques », a-t-il expliqué, en référence à la feuille de route 2050 sur la rénovation qui vise à réduire la consommation d'énergie de 80 %.
Jouer avec les pourcentages
La directive sur l'efficacité énergétique était supposée être le principal outil de l'UE pour atteindre son objectif d'efficacité de 20 % d'ici 2020, mais ce texte de loi ne sera pas suffisant pour y parvenir.
« La directive sur l'efficacité énergétique nous permettra d'atteindre environ 15 % et les mesures d'écoconception pour les chaudières et les chauffe-eau, ainsi que les exigences en matière d'efficacité des transports pourraient apporter 2 à 4 % d'économies supplémentaires au total, mais tout dépend du niveau d'ambition, du calendrier et de la mise en oeuvre bien sûr », a expliqué Matthieu Ballu de la Coalition for Energy Savings.
Le commissaire Oettinger pense que le secteur des transports pourra enregistrer 2,5 % d'économies, mais il n'a pas précisé quelles mesures il proposerait à cette fin. Les pour cent restants seront atteints via des ajouts aux textes existants sur la conception efficace et la qualité des produits, comme les directives sur l'écoconception et le label écologique.
Le reste de l'objectif sera aux mains du marché, a-t-il ajouté. « Avec certains instruments supplémentaires fondés sur le marché, nous pourrons combler l'écart [...] Une concurrence entre les Etats membres sera cruciale pour mieux consommer l'énergie de manière plus efficace et avec une consommation réduite », a précisé M. Oettinger.






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