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Le Royaume-Uni n'est pas le plus efficace sur le plan énergétique, selon l'UE

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Publié 23 juillet 2012, mis à jour 05 novembre 2012

L'American Council for an Energy-Efficient Economy (ACEEE) a classé le Royaume-Uni comme le pays le plus efficace au monde sur le plan énergétique. Les statistiques de l'UE contredisent toutefois ce résultat, ont expliqué des experts à EurActiv.

Les organisations vertes sont restées perplexes lorsque la Grande-Bretagne a été désignée comme la championne de l'efficacité énergétique par l'ACEEE le 12 juillet, parmi les 12 principales économies mondiales.

Mais le choc a dû être encore plus important dans les bureaux d'Eurostat, l'agence européenne de statistiques.

Le rapport de l'ACEEE a accordé au Royaume-Uni quatre points sur quatre pour l'efficacité de ses centrales électriques thermiques, contre un point pour la France.

Ces scores contredisent un rapport publié en 2011 par Eurostat (basé sur des données de 2009) qui estimait l'efficacité des centrales électriques britanniques à 44,4 % contre 56 % pour la France, dans la lignée d'une période où peu d'économies d'énergie avaient été effectuées en Grande-Bretagne entre 2005 et 2009.

Au total, l'ACEEE a accordé au pays 67 points sur 100 pour son efficacité. L'Allemagne est arrivée en seconde position avec 66 points, suivie de l'Italie (63 points), le Japon (62 points) et la France (60 points).

La Russie est arrivée dernière du classement avec 36 points, alors que la Chine a atteint le même niveau que la moyenne européenne, 56 points. Les États-Unis n'ont obtenu que 47 points, à la grande déception des chercheurs qui ont travaillé sur cette étude.

L'ACEEE a rejeté l'idée que son classement puisse être incorrect et affirmé à EurActiv qu'il avait été conçu pour éviter de favoriser l'un des pays évalués. « Le résultat du classement n'était pas connu avant le début de l'étude », s'est défendue l'organisation.

« Honnêtement, nous avons tous été surpris par les résultats », a déclaré Sara Hayes, chargée des politiques et des entreprises énergétiques de l'ACEEE.

Une évaluation confuse

Les chercheurs de l'ACEEE n'ont pas été les seuls à être surpris. En réalité, tous les experts bruxellois sur l’efficacité énergétique contactés par EurActiv ont fait part de leur étonnement.

« Pourquoi le Royaume-Uni s'en sort-il tellement mieux que la France ? », s'est interrogé Brook Riley des Amis de la Terre Europe.

Les organisations vertes estiment que le classement de l'ACEEE manque de clarté et de précision. Cette étude ne portait que sur 12 pays, dont quatre en Europe, et comptait le reste de l'UE comme un cinquième pays. Les sept autres pays étaient les États-Unis, le Canada, le Brésil, l'Australie, le Japon, la Russie et la Chine.

« Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que les quatre États européens isolés se retrouvent dans le top 5 » avec le Japon, a expliqué Samuel Flückiger de la European Climate Foundation. « S'ils avaient sélectionné des pays comme le Danemark ou la Suède, leurs scores auraient sans aucun doute été supérieurs à ceux du Royaume-Uni », a-t-il affirmé à EurActiv.

Le conseil européen pour une économie efficace sur le plan énergétique (ECEEE) partage cet avis. « Les Britanniques peuvent bien arriver en tête de ce classement par pays, mais cela ne signifie pas que leur pays est le plus efficace sur le plan énergétique en Europe », a souligné Nils Borg, le directeur exécutif de l'organisation.

« Je placerais le Danemark en tête, mais il n'apparaît même pas dans ce classement. »

Différentes catégories

En réalité, l'étude de l'ACEEE s'est basée sur différentes catégories pour évaluer les 12 pays, notamment leurs efforts en matière, les bâtiments, l'industrie et les transports.

Ces groupes étaient eux-mêmes divisés en six ou sept sous-catégories comme l'intensité de la productivité énergétique, l'efficacité des centrales thermiques, l'électricité industrielle issue de la production combinée de chaleur et d'électricité, ou l'efficacité des bâtiments résidentiels et commerciaux.

Les bons résultats du Royaume-Uni sont attribués à l'accent placé par l'étude de l'ACEEE sur l'efficacité industrielle et la cogénération (la production simultanée de chaleur et d'électricité). Cependant, selon une étude de juillet 2012 publiée par le ministère britannique de l'énergie et du changement climatique, les politiques du pays en matière d’efficacité énergétique ne devraient exploiter qu'un tiers des économies d'énergie réalisables d'ici 2030.

La Grande-Bretagne a également bénéficié du penchant de l'ACEEE pour les services plutôt que pour la fabrication industrielle en matière de mesures pour l'efficacité. Son intensité énergétique est par conséquent assez faible, a déclaré Erica Hope de Climate Action Network Europe (CAN-E).

« En regardant les chiffres de près, on se rend compte que le Royaume-Uni a de bien piètres résultats dans certains domaines comme les bâtiments résidentiels et les transports publics », a fait remarquer Mme Hope.

D'autres éléments du rapport de l'ACEEE soulèvent certaines questions. « J'ai remarqué un détail très curieux : le Royaume-Uni a obtenu les meilleures notes pour ses objectifs obligatoires en termes d'économie d'énergie alors que jusqu'à présent, il est l'un des deux seuls États de l'UE à refuser d'inclure des objectifs de ce type dans ses programmes de réforme nationale. Donc à moins que l'ACEEE ne considère les objectifs pour le carbone comme des objectifs d'économies, je me demande bien d'où viennent ces résultats », a conclu M. Ballu.

Une question d'influence

Les personnes proches ou impliquées dans le débat sur l’efficacité énergétique à Bruxelles pensent que le rapport de l'ACEEE a été publié pour d'autres raisons.

Selon M. Riley des Amis de la Terre Europe, ce document tente d'influencer les décideurs politiques américains pour qu'ils adoptent des politiques pour l'efficacité énergétique.

Une fois bien placé dans le classement, le Royaume-Uni serait plus à même d'influencer les décideurs politiques que la Chine, par exemple, a-t-il argué. « Il s'agit d'une comparaison avec un pays auquel les Américains peuvent facilement s'identifier, qui partage la même langue, le même genre de politique extérieure et de système bancaire. »

Monica Frassoni, la présidente de l’EU-ASE (European Alliance to Save Energy), a reconnu qu'il s'agissait là d'un « puissant outil de plaidoyer » pour le lobbying américain.

L'ACEEE ne remet pas cet élément en cause. « Nous avons grand intérêt à identifier les domaines dans lesquels les États-Unis pourraient améliorer leur efficacité énergétique. Nous espérons que les résultats de notre recherche pourront indiquer ces domaines aux décideurs politiques, aux entreprises et aux consommateurs », a déclaré Mme Hayes.

L'ACEEE pourrait même être impliquée dans l'élaboration du projet de loi qu'elle défend. Ce groupe travaille avec des fonctionnaires nationaux et locaux pour développer des stratégies favorables à l'efficacité énergétique et influencer les politiques fédérales.

L'ACEEE est financée par des agences gouvernementales, des multinationales, des entreprises privées, des fondations et de nombreuses entreprises énergétiques. Certaines de ces sociétés, comme Johnson Controls, Schneider Electric et les services publics énergétiques, vendent des services d'efficacité énergétique et déplorent le manque de signes politiques en leur faveur.

Un écran de fumée

Comble de l'ironie, le Royaume-Uni est considéré par bon nombre d'eurodéputés comme l'un des pires détracteurs de la directive sur l'efficacité énergétique, la première du genre. Les parlementaires soupçonnent les Britanniques de jouer un double jeu.

L'eurodéputé vert Claude Turmes a déclaré à EurActiv que le Royaume-Uni avait affaibli cette directive, point par point, en réclamant que les ambitions soient revues à la baisse en échange de la coopération de Londres sur le projet de loi. M. Turmes, le rapporteur du Parlement sur cette réglementation, a ajouté que les Britanniques avaient convaincu d'autres États membres de s'opposer au projet et de demander des dérogations.

« L'accord vert (Green Deal) du [gouvernement britannique] est un écran de fumée », a commenté M. Turmes. « Le « gouvernement le plus vert qui ait jamais existé » n'est qu'un imposteur, il n'y a ni financements ni ambition derrière ces mots. »

Réactions : 

« Cette étude est destinée aux Américains et ne sert en rien à démontrer que leurs ancêtres au Royaume-Uni, en Italie et en Allemane (leurs concurrents au G8) s'en sortent mieux », a déclaré Hans Nilsson du conseil européen pour une économie efficace sur le plan énergétique.

Erica Hope, de l'organisation verte Climate Action Network Europe, a quant à elle affirmé : « Il est vrai que le Royaume-Uni en a fait plus que certains pays en matière d'efficacité énergétique, mais il ne faut pas que ce classement lui monte à la tête. Le pays a été avantagé par des éléments comme son lourd penchant pour les services plutôt que pour la fabrication dans l'économie, ce qui lui donne une intensité énergétique relativement basse. En regardant les chiffres de près, on se rend compte que le Royaume-Uni a obtenu de bien piètres résultats dans certains domaines comme les bâtiments résidentiels et les transports publics. »

« L'objectif de ce rapport est de faire pression sur le gouvernement américain en comparant ses résultats à ceux des autres gouvernements. Si l'on voulait comparer des régions aux PIB similaires alors il faudrait comparer les États-Unis [14 600 milliards de dollars/12 000 milliards d'euros] à l'UE [16 200 milliards de dollars/13 380 milliards d'euros] et non au Royaume-Uni [2300 milliards de dollars/1900 milliards d'euros]. Les politiques, la structure des réglementations et le climat sont bien plus divers et complexes à l'échelle de l'UE, qui se rapproche à bien des égards des États-Unis. Il ne sert à rien de comparer les États-Unis seulement au Royaume-Uni ou à l'Allemagne  », estime Samuel Flückiger de la European Climate Foundation.

« Le classement de l'ACEEE pose un défi important. Ses résultats doivent être analysés dans la bonne perspective. Ce classement ne couvre par exemple que les 12 premières économies, les champions européens de l'efficacité énergétique, comme le Danemark, sont mis à l'écart », a expliqué Monica Frassoni, la présidente de l'EU-ASE (European Alliance to Save Energy).

« Le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie, le trio gagnant de ce classement, apportent une bonne nouvelle pour la concurrence mondiale, mais l'UE a encore du chemin à parcourir pour atteindre son objectif de 20 % d'économies d'énergie d'ici 2020. La directive sur l'efficacité énergétique pourrait entraîner des économies de l'ordre de 14,9 % en Europe à l'horizon 2020, mais les 5 % restants devront découler de mesures supplémentaires. Il est essentiel d'établir un cadre juridique complet pour aboutir à une stratégie solide et créer un marché de l'efficacité énergétique dans lequel les entreprises européennes peuvent investir, prospérer, créer des emplois et conserver leur leadership technologique », a ajouté Mme Frassoni.

Prochaines étapes : 
  • Automne 2012 : les États membres de l'UE devraient officiellement finaliser l'accord sur la directive relative à l'efficacité énergétique.
Ana-Maria Tolbaru — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20% d'ici 2020, un objectif qui n'est pas juridiquement contraignant.

La directive sur l'efficacité énergétique a été proposée par la Commission européenne en 2011 dans le but d'atteindre cet objectif.

Selon les estimations de la Commission, cet objectif ne sera pas atteint à moins que l'UE ne redouble d'efforts en faveur des économies d'énergie.

La Commission européenne proposait dans cette directive des mesures individuelles pour chacun des secteurs qui pourraient intervenir dans la réduction de la consommation d'énergie. L'obligation pour les entreprises énergétiques de réduire de 1,5 % par an leur approvisionnement d'énergie aux consommateurs était particulièrement controversée.

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