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Les entreprises énergétiques rejettent les objectifs contraignants de l'UE

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Publié 09 mars 2012, mis à jour 09 mai 2012

Les détaillants de l'énergie en Europe refusent de se voir imposer un objectif de 1,5 % d'économies d'énergie par an et préfèreraient une réduction des émissions de CO2 via des augmentations des prix ou des subventions du secteur public. C'est ce qu'on pu entendre les participants à une conférence à laquelle EurActiv a assisté.

« Nous n'avons pas de leçon à recevoir sur l'efficacité énergétique, nous agissons déjà aujourd'hui », a déclaré Claus Fest de l'entreprise allemande RWE Effizienz.

Les entreprises énergétiques se montrent réticentes face aux objectifs contraignants et préfèrent mettre en avant les efforts qu'elles font déjà en faveur des économies d'énergie (en matière d'évaluation énergétique des habitations, de technologie et de formation), ont expliqué des représentants de plusieurs entreprises lors d'un atelier organisé le 7 mars par le groupe Eurelectric.

Cette question illustre le mécontentement du secteur face au souhait de l'UE d'inclure des objectifs dans l'ébauche de directive sur l'efficacité énergétique qui fera prochainement l'objet de débats au Parlement et au Conseil.

Le mois dernier, le comité Énergie du Parlement a soutenu cette réglementation qui enjoindrait les pays européens à fixer des objectifs contraignants en faveur de l'efficacité énergétique. Cette proposition forcerait les entreprises énergétiques à réaliser « des économies d'énergies annuelles équivalentes à au moins 1,5 % de leurs ventes d'énergie » par rapport à la moyenne des trois dernières années.

Pour les entreprises allemandes qui placent l'efficacité énergétique au cœur de leurs objectifs stratégiques, cette directive n'offrirait aucune flexibilité pour les consommateurs, a commenté M. Fest.

« Un marché concurrentiel plus rapide et moins coûteux vaut bien mieux qu'un marché réglementé », a-t-il affirmé.

Les entreprises énergétiques préfèrent avoir recours à des pressions sur le marché, en augmentant les coûts pour les installations consommant plus d'énergie, par exemple, afin d'encourager les consommateurs à se tourner vers des technologies moins énergivores. Elles sont également favorables à l'introduction d'allègements fiscaux et d'incitants pour encourager les consommateurs à économiser de l'énergie.

Créer un sentiment d'urgence parmi les consommateurs serait un bon moyen de stimuler la demande pour les services d'efficacité énergétique, a suggéré Paolo Quaini, de l'entreprise énergétique italienne Edison. « Si les clients n'ont pas ce sentiment d'urgence, ils ne s'intéresseront pas à l'efficacité énergétique », a-t-il expliqué.

Des objectifs contraignants

Selon les fonctionnaires de l'UE, l'engagement volontaire d'atteindre 20 % d'efficacité énergétique par rapport au niveau de 2005 n'est pas suffisant.

« Nous avons déjà tenté cela par le passé, mais les engagements volontaires ne fonctionnent pas », a déclaré Marlene Holzner, porte-parole de la Commission européenne sur l'énergie. « Seule cette obligation d'économie d'énergie de 1,5 % nous permettra d'atteindre l'objectif de 20 % pour 2020. »

À huit ans de cette date butoir, l'UE n'est qu'à la moitié du chemin.

La Commission avance qu'elle souhaite rendre le projet de loi relatif à l'efficacité énergétique aussi flexible que possible. « Il ne s'agira certainement pas d'un simple couper-coller », a affirmé Krzysztof Gierulski, responsable de la politique relative à l'efficacité énergétique de la DG Énergie.

Une partie de l'industrie favorable à des objectifs contraignants

Certaines entreprises ne sont pas contre l'imposition d'objectifs contraignants, comme l'ont montré de nombreuses expériences au niveau national.

Martin Lidegaard, le ministre danois de l'environnement, de l'énergie et des bâtiments, a cité l'exemple de nombreuses entreprises danoises qui s'opposaient aux mesures contraignantes introduites par un programme national il y a cinq ans. 

« Aujourd'hui, elles nous demandent de doubler ces objectifs, car ils sont très rentables », a expliqué M. Lidegaard.

L'efficacité peut également être favorisée par des incitants publiques. La Finlande et la Suède ont eu recours à des subventions et à des stimulants fiscaux pour encourager les initiatives en faveur de l'efficacité énergétique.

Le recours à l'argent public a toutefois donné des résultats mitigés. Aux Pays-Bas, un accord volontaire conclu en 2008 entre le gouvernement, le service public et le secteur du bâtiment a été interrompu en 2011, après la rénovation de 400 000 habitations. Le programme ne parvenait pas à toucher les consommateurs et il s'était heurté à trop d'obstacles financiers.

La présidence danoise du Conseil de l'UE espère pouvoir offrir aux États membres autant de flexibilité que possible, sans pour autant compromettre l'ambition de la directive proposée.

« L'obligation d'économie d'énergie est un point crucial de cette directive. Elle représente une grande partie de l'objectif de 20 % d'efficacité et sans cette mesure contraignante, il sera très difficile d'atteindre l'objectif final », a expliqué M. Lidegaard qui s'est exprimé au nom de la présidence danoise du Conseil de l'UE.

Réactions : 

« Aucune obligation ne s'applique aux consommateurs », a déclaré la porte-parole à l'énergie Marlene Holzner. « Nous devons nous assurer que l'Europe économise de l'énergie et nous avons examiné différentes options. Ce programme s'est avéré le plus efficace et c'est celui qui est au centre des discussions aujourd'hui. »

À propos de l'impact sur les consommateurs qu'auraient des objectifs renforcés en matière d'électricité, le groupe de consommateurs européen BEUC a déclaré : « Le réel problème qui doit être résolu urgemment est le nombre croissant de foyers européens qui ne peuvent pas payer leurs factures énergétiques. La première conséquence d'une hausse des prix ne serait pas une meilleure efficacité énergétique, mais un nombre encore plus élevé de personnes qui devront faire un choix entre chauffer leur maison, acheter de la nourriture ou acheter des vêtements à leurs enfants. »

« Les consommateurs paieront pour les programmes énergétiques des États par le biais de leurs factures. Au lieu de se concentrer sur la façon d'utiliser l'argent du contribuable comme incitant pour les entreprises énergétiques, il faudrait se demander comment l'on peut aider les personnes à réduire leur consommation d'énergie. »

Prochaines étapes : 
  • Fin mars : début des négociations du Conseil sur la directive relative à l'efficacité énergétique.
  • 19-20 avril : les prochaines discussions ministérielles du Conseil se dérouleront à Jutland (Danemark), dans le cadre d'un Conseil informel sur les transports et l'énergie.
  • 4 juin 2012 : fin de la présidence danoise du Conseil de l'UE
Ana-Maria Tolbaru — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20 % d'ici 2020, un objectif qui n'est pas juridiquement contraignant.

La directive sur l'efficacité énergétique actuelle a été proposée par la Commission en 2011 dans le cadre de son effort pour atteindre cet objectif.

L'objectif de 20 % ne sera pas atteint, à moins que l'UE ne redouble d'efforts en matière d'économie d'énergie, les projections actuelles étant de 9 %. La Commission européenne propose dans cette directive des mesures individuelles pour chacun des secteurs qui pourraient intervenir dans la réduction de la consommation d'énergie.

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