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Les Etats membres ont conclu un accord sur la directive relative à l’efficacité énergétique

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Publié 14 juin 2012, mis à jour 05 novembre 2012

Les négociations entre le Parlement européen, la Commission et le Conseil ont abouti à un accord sur la directive relative à l’efficacité énergétique hier soir (13 juin). Le principal négociateur du Parlement a toutefois annoncé que l’objectif de 20 % d’économies d’énergie n’avait pas été retenu. 

Claude Turmes, l'eurodéputé vert luxembourgeois qui a mené les négociations au nom du Parlement européen, semble passablement satisfait de l'accord conclu.

« Cet accord donnera une impulsion à l'économie européenne et nous aidera à atteindre nos objectifs en termes de sécurité énergétique et de protection du climat », a-t-il déclaré.

« La nouvelle législation sur l'efficacité énergétique prévoit des mesures contraignantes qui permettront à l'UE de se rapprocher de son engagement à réduire la consommation d'énergie de 20 % d'ici 2020 », a poursuivi l'eurodéputé.

La semaine dernière, M. Turmes avait pourtant calculé que le compromis actuel ne permettrait d'atteindre que 14,5 % d'économies d'énergie d'ici 2020, un pourcentage bien inférieur à celui de 20 % pour lequel les États membres avaient donné leur accord de principe lors d'un sommet de l'UE en 2007.

Avant d'entamer la phase finale des négociations avec les États membres et la Commission hier, l'eurodéputé vert avait déclaré à EurActiv que le Parlement pourrait se satisfaire d'un objectif de 15 %, « un minimum absolu » selon lui. 

En réalité, il pourrait bien avoir obtenu un pourcentage plus important.

L'eurodéputée britannique libérale démocrate Fiona Hall a affirmé aujourd'hui (14 juin) que la directive « évoquait à présent l'objectif de 17 % par rapport aux 20 % d'économies d'énergie jugées nécessaires d'ici 2020, comparé à moins de 15 % avant hier soir ».

« Malheureusement, les gouvernements européens [...] n'étaient pas prêts à accepter des mesures plus ambitieuses qui auraient permis d'atteindre l'objectif de 20 % dans sa totalité », a déploré M. Turmes. 

Afin de combler l'écart autant que possible, il a demandé à la Commission de proposer des mesures supplémentaires pour les transports, qui sont à présent inclus dans cet accord.  Selon lui, cela pourrait mener à l'élaboration de nouvelles normes pour l'efficacité des carburants.

« La Commission devra présenter une proposition suffisamment crédible », a déclaré M. Turmes avant d'entrer dans la salle de réunion hier.

Ambitions revues à la baisse

Brook Riley, de l'organisation verte des Amis de la Terre Europe, a déclaré que l'objectif de 20 % ne serait pas atteint, dans la mesure où les mesures les plus ambitieuses de cette directive avaient été revues à la baisse.

La proposition initiale de la Commission imposait aux entreprises énergétiques de réduire d'au moins 1,5 % par an leurs ventes aux consommateurs industriels et particuliers.

Les États membres ont toutefois obtenu qu'un quart de ce pourcentage puisse être atteint via une série d'autres mesures. Ces mesures sont les suivantes :

  • ETS : 40 % des efforts déjà fournis par les entreprises par le biais du système d'échange de quotas d'émission (ETS) seront dorénavant inclus dans l'obligation annuelle ;
  • action anticipée : les États membres pourront inclure des « actions anticipées » dans leurs objectifs d’économie d'énergie, ce qui leur permettra d'inclure des mesures prises avant l'entrée en vigueur de la loi européenne ;
  • action ultérieure : les Pays pourront non seulement inclure les économies actuelles « réelles », mais aussi les « actions ultérieures » dans leurs programmes nationaux d’économie d'énergie ;
  • économies à la source : les pays pourront également compter les économies d'énergie effectuées à la source, dans le secteur de la transformation énergétique, avant la phase de distribution aux clients. Cette mesure comptera elle aussi pour un quart de l'obligation de 1,5 % par an.

« Toutes ces mesures peuvent remplacer un quart de l'obligation de 1,5 % d’économie d'énergie. Cela signifie que l'objectif est passé à 1,1 % », a expliqué M. Riley.

En outre, il a été décidé que les différentes mesures présentées par la directive ne seraient introduites que progressivement, afin que les États membres et l'industrie puissent s'y préparer.

Le Royaume-Uni menace de bloquer l’accord

Malgré toutes ces concessions, la présidence danoise du Conseil de l'UE qui a supervisé les négociations peut sans doute être satisfaite, dans la mesure où un accord a été conclu alors que les négociations semblaient sur le point de s'effondrer.

A la dernière minute, le Royaume-Uni a demandé des dérogations supplémentaires pour les pays qui auraient déjà adopté des mesures d'économies pour les entreprises énergétiques. Ces dérogations ne concerneraient que le Danemark, la France, l'Italie et le Royaume-Uni.

« Le Royaume-Uni a fait de ces dérogations une condition à la signature de l'accord », a expliqué M. Riley. « Ils ont menacé de bloquer l'accord si cette condition n'était pas acceptée » lors de la réunion des ambassadeurs européens qui se déroulera ce soir (14 juin).

Selon M. Riley, le Royaume-Uni a clairement été l'un des pires partenaires lors des négociations. « C'est paradoxal, dans la mesure où les Britanniques affirment s'être engagés envers des politiques vertes, mais ils s'opposent à la réglementation sur l’économie d'énergie qui pourrait leur permettre d'atteindre leurs objectifs. »

Il estime que l'accord sur la directive relative à l'efficacité énergétique ne représente qu'une « avancée limitée » par rapport à la réglementation en vigueur. Il regrette que cette directive se retrouve « bien plus faible qu'il y a six mois ».

« Les gouvernements se tirent une balle dans le pied en affaiblissant leurs propres engagements visant à réduire les émissions, économiser de l'argent et créer des emplois », a-t-il souligné.

Rénovation des bâtiments et compteurs intelligents

Lors de la dernière phase des négociations, le Parlement a toutefois réussi à introduire des mesures supplémentaires.

L'une de ces mesures clés oblige tous les États membres à rédiger une feuille de route dont l'objectif sera de rendre le secteur du bâtiment plus efficace sur le plan énergétique d'ici 2050 (bâtiments commerciaux, publics et privés).

« Ces mesures s'inscrivent dans la même lignée et auront des conséquences sur le long terme, mais elles ne sont pas assez solides pour 2020. Les États membres les ont acceptées parce qu'ils ne devront pas mettre en oeuvre ces feuilles de route dans un avenir proche », a avancé Erica Hope du Climate Action Network.

EurActiv a cru comprendre que cette mesure avait été acceptée en échange de l'affaiblissement de la proposition de rénover 3 % des bâtiments publics, qui ne concernera finalement que les bâtiments possédés et occupés par les gouvernements centraux. Dans un pays comme l'Allemagne, où la plupart des bâtiments publics appartiennent aux régions, cette mesure ne concernera qu'environ 37 bâtiments.

« Parmi d'autres mesures détaillées, la proposition de législation prévoit également des instruments financiers contraignants et la fourniture d'une meilleure information aux consommateurs (par exemple par l'utilisation de compteurs intelligents) », a déclaré M. Turmes.

Réactions : 

« Le Conseil a considérablement affaibli le texte de la Commission et surtout du Parlement. Cet accord ne reflète ni l'ambition nécessaire ni l'urgence de mettre l'UE sur la bonne voie à l'horizon 2020 », a déclaré Arianna Vitali, chargée de mission sur les questions de conservation énergétique auprès du bureau politique européen du WWF.

Agathe Ernoult, de l'ONG verte Bureau européen de l'environnement (BEE), a fait part de sa déception : « La directive sur l'efficacité énergétique était une opportunité en or de sortir l'Europe de la crise en créant des emplois, en réduisant des émissions dangereuses et en renforçant la sécurité énergétique. Mais les leaders européens ont lamentablement échoué et n'ont pas saisi cette opportunité. »

« Les pays se sont engagés à effectuer des économies d'énergie en imposant des contraintes aux entreprises énergétiques, mais des lacunes demeurent et le manque d'ambition a fini par avoir raison de l'efficacité de cette directive. Pire encore, il n'existe aucune garantie que leur engagement sera investi dans le domaine le plus important : la rénovation des bâtiments », s'est insurgée Mme Ernoult.

L'eurodéputée britannique Fiona Hall, qui a participé aux négociations avec les États membres de l'UE au nom du groupe ADLE (Libéraux et Démocrates), a salué l'accord conclu hier soir. « Même si l'article 6 sur les programmes contraignants en faveur de l'efficacité énergétique n'est pas aussi solide que souhaité par le Parlement, il est important de souligner que pour la première fois, les États membres devront appliquer une stratégie à long terme avec des politiques et des mesures visant à améliorer l'efficacité énergétique de leurs bâtiments », a-t-elle ajouté.

« Grâce aux modifications défendues par le Parlement, cette directive atteindra finalement l'objectif de 17 % par rapport aux 20 % d'économies d'énergie jugées nécessaires d'ici 2020, comparé à moins de 15 % avant hier soir », a poursuivi Mme Hall.

« En outre, le Parlement a imposé une première révision de l'accord en 2016, notamment sur les dérogations qui affaiblissent aujourd'hui l'article 6 », a-t-elle ajouté.

Erica Hope de l'organisation verte Climate Action Network Europe, a précisé que la révision de 2016 faisait partie des mesures de compromis. Ce calendrier est stratégique et a satisfait les militants, car la Commission devra réviser la directive au moment où elle devra aussi définir l'efficacité des mesures prises pour effectuer 20 % d'économies d'énergie.

Mais les 3 % d'économie d'énergie que les États membres ont abandonnés prouvent qu'ils n'ont pas compris les avantages de l’efficacité énergétique, a ajouté Mme Hope. « Chaque point de pourcentage réduit les chances de réduire les émissions de gaz à effet de serre, l'importation d'énergie ainsi que les chances d'économiser des dizaines de millions d'euros par an. »

Chaque idée proposée dans le texte initial de cette directive est sortie de la dernière phase de négociations bien plus faible que ce qu'elle n'aurait dû l'être, selon Mme Hope.

Le programme d'économie d'énergie imposé aux entreprises énergétiques « est loin d'être aussi solide que ce qu'il devrait être ». En choisissant de ne pas rénover tous les bâtiments publics, les États membres ne montrent pas du tout l'exemple. « Seuls ceux qui passent devant les bâtiments des gouvernements centraux tous les jours remarqueront un changement »,  a ajouté Mme Hope.

L'eurodéputée danoise Britta Thomsen, négociatrice en chef sur la directive pour les Socialistes & Démocrates (S&D) au Parlement européen, a déclaré : « Nous voulions aller plus loin, mais lors des dernières semaines de négociations, le Conseil n'a fait que reculer au lieu d'avancer. Nous avons accepté ce compromis comme le seul scénario qui permettrait d'améliorer l’efficacité énergétique dans un avenir proche. Malheureusement, certaines demandes clés sont aujourd'hui volontaires et non contraignantes. Tout dépendra donc de la volonté des États membres. L'objectif de 3 % de rénovation par an est limité aux bâtiments des gouvernements centraux (soit 10 % des bâtiments publics) et ne s'applique donc pas à tous les bâtiments publics. »

« La Commission doit garantir que l'objectif de 20 % sera atteint d'ici 2020. Si l'évaluation de la Commission des stratégies nationales en 2014 prouve que l'UE n'est pas sur la bonne voie pour atteindre l'objectif de 20 %, alors elle devra proposer des objectifs contraignants »,  a déclaré la vice-présidente des Socialistes & Démocrates, Marita Ulvskog.

« Il est regrettable de constater que la crise financière a affaibli la volonté politique en faveur d'une directive forte alors qu'en réalité, les investissements dans l’efficacité énergétique pourraient considérablement stimuler les économies des États membres », a commenté Stefan Scheuer, le secrétaire général de la Coalition for Energy Savings.

« L'affaiblissement des obligations de rénovation des bâtiments publics les réduit à de simples mesures symboliques », a affirmé Jan te Bos, le directeur général d'Eurima, l'association des fabricants européens de laine minérale. « C'est pourquoi l'inclusion de stratégies nationales pour la rénovation des bâtiments est importante afin d'engager un processus sérieux à tous les niveaux politiques, en faveur d'une rénovation profonde de tous les bâtiments, à long terme. Cette semaine, l'Organisation internationale du travail (OIT) a confirmé à nouveau les avantages économiques et sociaux considérables des programmes de rénovation des bâtiments. »

Riccardo Viaggi, le secrétaire général de l'EBC ( European Builders Confederation) a déclaré : « Ce potentiel de création d'emplois ne pourra se concrétiser que si des partenariats clairs sont encouragés et mis en oeuvre entre les distributeurs d'énergie et les fournisseurs de services énergétiques, comme nous le réclamons depuis le début. »

« L'exigence pour les États membres de rédiger pour 2014 des feuilles de route sur la rénovation du parc immobilier actuel, public comme privé, est au moins un point de départ », a expliqué Martin Engelmann, directeur de plaidoyer de PlasticsEurope. Il a exhorté les États membres à élaborer dès maintenant des plans échelonnés avec des objectifs intermédiaires clairs supervisés par la Commission. 

John Harris, vice-président de la société de gestion Landis+Gyr, a exprimé sa déception face aux dispositions de la directive sur les compteurs intelligents et l'information des consommateurs. « Il faut reconnaître le succès des négociateurs de la Commission et du Parlement. Ils ont réussi à tirer du Conseil une meilleure directive que celle prévue la semaine dernière. Mais cela assurera-t-il que les systèmes de compteurs intelligents installés à l'avenir contribueront à l’efficacité énergétique ? »

Monica Frassoni a déclaré, au nom de l'association de chefs d'entreprises, d'acteurs politiques et de militants UE- ASE (European Alliance to Save Energy) : « La présidence danoise et le Parlement européen ont travaillé dur pour atteindre un compromis avec le Conseil au cours des dernières semaines. Certains États membres de l'UE ont tenté à la dernière minute d'affaiblir ou de bloquer les mesures clés de la directive tandis que d'autres ont adopté une approche plus constructive. »

Elle a ajouté : « Ce n'est pas le moment de nous reposer sur nos lauriers. La Commission européenne et les États membres ont une mission très importante à accomplir : garantir que cette loi importante soit correctement mise en œuvre. »

L’eurodéputée britannique conservatrice Vicky Ford, en charge des négociations sur la directive pour le groupe des Conservateurs et Réformistes européens, estime que cet accord représente un compromis juste. 

« L'explosion des prix de l'énergie est un problème majeur pour de nombreux foyers. L'isolation, et d'autres mesures d'économie d'énergie sont les bienvenues. Il est toutefois important que chaque pays élabore ses propres programmes spécifiques afin d'aider les ménages et les entreprises. »

« C'est un grand pas en avant : nous disposons de mesures contraignantes en faveur de l'efficacité énergétique pour la première fois », a déclaré le commissaire à l'énergie, Günther Oettinger. « L'Europe a bien plus de chances d'atteindre son objectif de 20 % d'efficacité énergétique pour 2020. »

« Ces mesures réduiront nos factures d'énergie tout en générant de la croissance et des emplois. Elles encouragent les investissements et rendent plus efficaces nos produits consommateurs d'énergie », a-t-il ajouté.

Prochaines étapes : 
  • 14 juin 2012 : le groupe des ambassadeurs de l'EU (Coreper) vote sur l'accord relatif à l’efficacité énergétique.
  • 1er juillet 2012 : Chypre succèdera au Danemark à la présidence du Conseil de l'UE.
  • Juillet 2012 : la commission ITRE (industrie, recherche et énergie) votera sur la directive relative à l'efficacité énergétique.
  • Sept. 2012 : vote en plénière au Parlement.
  • 1er janv. 2013 : l'Irlande succèdera à Chypre à la présidence du Conseil de l'UE.
  • 2016 : la Commission européenne devrait réviser la directive sur l'efficacité énergétique.
Ana-Maria Tolbaru — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20 % d'ici 2020, un objectif qui n'est pas juridiquement contraignant.

La directive sur l'efficacité énergétique a été proposée par la Commission européenne en 2011 dans le but d'atteindre cet objectif.

Selon les estimations de la Commission, cet objectif ne sera pas atteint à moins que l'UE ne redouble d'efforts en faveur des économies d'énergie.

La Commission européenne proposait dans cette directive des mesures individuelles pour chacun des secteurs qui pourraient intervenir dans la réduction de la consommation d'énergie. L'obligation pour les entreprises énergétiques de réduire de 1,5 % par an leur approvisionnement d'énergie aux consommateurs était particulièrement controversée.

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