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Les États-Unis misent sur la cogénération, l’Europe est à la traîne

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Publié 07 septembre 2012, mis à jour 11 septembre 2012

Le président Barack Obama a récemment décidé de fixer des objectifs contraignants pour la prolifération des centrales de cogénération d’ici 2020. Cette initiative sème le doute sur le niveau d’ambition du calendrier vert de l’UE.

Le secteur de la cogénération a félicité M. Obama pour avoir promulgué un décret (une directive non législative) le 31 août dernier, afin de doubler le nombre de centrales de cogénération d'ici 2020. 

La cogénération (aussi appelée production combinée de chaleur et d'électricité, ou PCCE), est perçue comme une technologie prometteuse et efficace qui capte la chaleur générée lors de la production d'électricité et l'utilise pour produire de l'eau chaude ou de l'énergie thermique. Cette technique pourrait permettre d'économiser jusqu'à 90 % d'énergie pour une usine de fabrication.

Le décret de M. Obama visait à accélérer les investissements dans l'efficacité énergétique industrielle afin d'aider les fabricants. Il pourrait permettre aux États-Unis de réduire ses émissions de dioxyde de carbone de 150 millions de tonnes métriques par an tout en générant jusqu'à 40 GW (près du volume total d'électricité produit par les panneaux photovoltaïques en Europe) d'ici 2020, selon les chiffres du gouvernement.

« Ce qui est intéressant à propos de l'approche des États-Unis, c'est qu'elle vise surtout l'élimination des obstacles. C'est un élément clé pour le secteur », a expliqué Fiona Riddoch de COGEN Europe.

L'Europe est à la traîne

L'ACEEE (American Council for an Energy-Efficient Economy) classe l'Europe loin devant les États-Unis en termes de progrès vers l’efficacité énergétique. En matière de cogénération, cependant, l'Europe est à la traîne. Le niveau de pénétration de la PCCE sur les marchés européens est de 11 %.

Dans son analyse d'impact du Plan de 2011 pour l'efficacité énergétique, la Commission européenne a identifié le potentiel économique supplémentaire de la PCCE à environ 350 TWh d'électricité, soit des économies d'énergie de 15-20 Mtep par an.

L'initiative de M. Obama fera des États-Unis un marché encore plus attractif pour la PCCE, a expliqué Mme Riddoch avant d'ajouter que l'Europe disposait d'une expertise considérable en PCCE et devait conserver son avance en matière d'efficacité énergétique.

L'UE a eu l'occasion de renforcer les lois sur la PCCE cette année, lorsque les États membres ont décidé, à l'issue de négociations difficiles, d'adopter la directive sur l'efficacité énergétique. Mais le secteur de la PCCE a qualifié cette directive d'occasion manquée pour la production combinée de chaleur et d'électricité en Europe.

« La décision des États-Unis envoie un signal fort à l'industrie américaine : il faut poursuivre les efforts en faveur de l’efficacité énergétique », a affirmé Mme Riddoch. « Cet objectif et le message clair d'inquiétude du gouvernement fédéral sont un signal d'alarme. »

C'est le signe que l'Europe est plus faible. Les États membres de l'UE n'ont pas d'objectif contraignant à respecter, mais ils doivent mener des analyses coût-bénéfice de leurs installations de PCCE lorsqu'ils envisagent de construire des centrales électriques ou de chauffage urbain.

« Nombreux sont ceux qui considèrent que le décret de M. Obama [...] aura un impact plus important que la directive sur l'efficacité énergétique et parviendra réellement à augmenter de 50 % le nombre de centrales de cogénération aux États-Unis d'ici 2020 », a assuré Randall Bowie, expert en énergie chez Rockwool International consulting.

Mme Riddoch est du même avis. Elle a affirmé que le secteur de la PCCE « était moins bien servi par la nouvelle directive à un moment où l'Europe doit faire plus d'efforts pour soutenir et développer sa base industrielle ».

L'idée de s'inspirer de l'initiative de M. Obama en Europe ne fait toutefois pas l'unanimité.

Peter Botschek, le directeur de l'énergie au Conseil européen de l'industrie chimique (CEFIC), a déclaré que de nouvelles réglementations forceraient les acteurs du secteur à quitter l'Europe.

« Les centrales ne seront plus nécessairement construites ici, mais plutôt en dehors de l'Europe, et cela nous coûtera des emplois. Il pourrait s'agir des conséquences [de fixer] des objectifs ambitieux au-delà des possibilités locales », a-t-il expliqué. « Nous pourrions disposer d'un objectif contraignant, mais il faut bien faire la différence entre des objectifs trop ambitieux et des mesures concrètes équilibrées et encourageantes. »

Prochaines étapes : 
  • 10-13 sept. 2012 : adoption officielle de la directive sur l'efficacité énergétique au Parlement européen
Ana-Maria Tolbaru — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

La cogénération, aussi connue sous le nom de production combinée de chaleur et d'électricité (PCCE), consiste à produire de la chaleur et de l'électricité en même temps. Habituellement alimentées par du gaz naturel, des énergies renouvelables ou des déchets, les installations de cogénération peuvent varier en termes de taille. Il peut s'agir de petites unités dans les bâtiments résidentiels ou de grandes installations dans des systèmes de chauffage urbain qui fournissent de la chaleur et de l'électricité à tout un quartier.

Grâce à la production simultanée de chaleur et d'électricité, la cogénération est généralement considérée comme plus efficace et plus écologique que la production d'électricité traditionnelle dans des centrales nucléaires ou au charbon, par exemple, qui rejettent de la chaleur dans l'atmosphère comme un produit dérivé de la production d'électricité. 

En février 2004, l'UE a adopté la directive relative à la cogénération pour promouvoir cette technique dans l'Union en abordant plusieurs problèmes, notamment le contrôle inadéquat des monopoles de l'énergie, le soutien insuffisant des autorités locales et régionales, la libéralisation incomplète du marché, les obstacles réglementaires et l'absence de normes européennes pour la connexion des réseaux.

La PCCE est également évoquée dans la directive sur l'efficacité énergétique adoptée le 13 juin 2012, mais aucun objectif contraignant pour son déploiement n'a été fixé. Les États membres devront toutefois mener des analyses coût-bénéfice sur les nouveaux sites de production d'énergie et déployer la technologie PCCE lorsqu'elle représente une option viable sur le plan économique.

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