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L'UE revoit ses ambitions à la baisse pour la rénovation des bâtiments

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Publié 13 janvier 2012, mis à jour 09 mai 2012

La proposition de directive sur l’efficacité énergétique, annoncée comme la plus importante loi européenne sur les économies d’énergie jusqu’à présent, a été fustigée pour avoir « considérablement » revu à la baisse les mesures prévues pour la rénovation des bâtiments.

Une coalition d'États membres au Conseil des ministres de l'UE a adopté la dernière version d'un texte qui « réduit considérablement » la portée initiale des exigences de rénovation, selon ses détracteurs.

La proposition de rénover 3 % des bâtiments publics chaque année, considérée comme « l'un des points les plus épineux » de cette directive, devrait être supprimée lors des négociations entre la Commission européenne, le Conseil et le Parlement européen et ce en raison des différends qui opposent les États membres.

« Plusieurs États membres s'opposent à différents degrés à l'idée d'imposer des objectifs en matière de rénovation, étant données les contraintes financières actuelles », a déclaré Fiona Hall, une eurodéputée britannique qui suit les négociations pour le compte de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe.

La France, par exemple, préfèrerait évaluer la quantité totale d'énergie économisée plutôt que de se plier à un taux de rénovation spécifique. L'Autriche n'est quant à elle pas favorable à l'introduction d'un pourcentage fixe, dans la mesure où elle s'est longtemps concentrée sur la rénovation d'habitations, un aspect qui ne serait pas pris en compte si le pourcentage prévu de 3% était adopté.

« C'est un problème bien réel », a déclaré Claude Turme (Verts, Luxembourg), l'eurodéputé chargé de la directive au Parlement.

« Le plus grand potentiel d’économies d’énergie »

Les bâtiments publics et privés sont responsables d'environ 30 % de la quantité d'énergie consommée au sein de l'UE. En outre, 75 % de cette énergie est consommée par les habitations, selon une étude du Buildings Performance Institute Europe (BPIE) à Bruxelles.

La Commission européenne le reconnaît et a affirmé dans son plan pour l'efficacité énergétique de 2011 : « Ce sont les bâtiments qui présentent le plus grand potentiel d’économies d’énergie. » Selon l'exécutif européen, la rénovation des bâtiments pourrait générer des économies annuelles allant jusqu'à 1000 euros par foyer et créer jusqu'à 2 millions d'emplois.

Ces emplois ne seraient pas temporaires, car même si la rénovation d'un bâtiment est un projet ponctuel, « il y a un très grand nombre de bâtiments en Europe et ils auront toujours besoin d'être améliorés », a déclaré Arianna Vitali du WWF.

Des ambitions revues à la baisse

Les ambitions de la Commission ont été largement revues à la baisse dans la dernière version du texte de la directive, suite aux amendements proposés par le Conseil.

« Les différences sont énormes », a déclaré une source de l'UE.

Selon d'autres sources, en se concentrant sur les bâtiments publics disposant d'une superficie utile de plus de 250 mètres carrés, la Commission ne prend en compte que 12 % des économies potentielles au lieu des 30 % prévus.

L'objectif initial excluait déjà les petits bâtiments et faisait l'objet de critiques quant à son manque d'ambition pour atteindre les objectifs d'économie d'énergie fixés pour 2020.

La dernière ébauche de la directive sur l'efficacité énergétique, publiée en décembre par le Conseil sous la présidence polonaise, a encore réduit la portée de ces mesures. Ce texte se concentrait uniquement sur les bâtiments des autorités centrales dotés d'une superficie utile de plus de 500 m2, puis de plus de 250 m2 à partir du 9 juillet 2015.

« La modification dernier texte du Conseil est très décevante, dans la mesure où elle affaiblit considérablement la proposition initiale de la Commission. La rénovation portera sur un nombre très restreint de bâtiments si elle ne concerne que ceux qui appartiennent aux autorités du gouvernement central », a déclaré Mme Hall.

La France, les Pays-Bas et la Suède possèdent de nombreux bâtiments appartenant au gouvernement central, alors qu'en l'Allemagne, la plupart des bâtiments publics appartiennent aux autorités régionales. Au Royaume-Uni, de nombreux bâtiments du gouvernement central présentent un caractère historique et ne seront donc pas concernés par cette obligation.

Les négociations se poursuivent toutefois et les pays trouveront peut-être un moyen d'encourager les pouvoirs publics à rénover leurs bâtiments avant la fin de la présidence danoise. Tous s'accordent sur le fait que les gouvernements devraient montrer l'exemple, mais il est clair que les débats entre le Conseil et le Parlement à ce sujet seront animés, ont affirmé certaines sources de l'industrie.

Des mesures « très impopulaires »

La disposition sur l'efficacité énergétique des bâtiments a également été étiolée par les États membres de l'UE car la transformation des bâtiments est très mal perçue par les citoyens », a déclaré à EurActiv un fonctionnaire de l'UE.

« Au final, ce sont les consommateurs qui devront payer pour ces mesures par le biais de leurs factures énergétiques », a expliqué cette source. « Il s'agit d'un choix politique, ces mesures sont très impopulaires parmi les décideurs. »

Contactée par EurActiv, la porte-parole de l'UE pour l'énergie, Monica Holzner, a répété ce que le commissaire à l'énergie, Günther Oettinger, avait déjà expliqué : « Je ne fais pas référence à des chiffres précis, mais de manière générale, nous devrons atteindre le niveau d'économies prévu par cette directive ».

Le débat se concentre à présent sur l'introduction d'un objectif contraignant de 20 % d'économie d'énergie qui devrait encourager l'investissement.

Cet objectif pourrait notamment être atteint grâce à une autre disposition imposant aux entreprises de réaliser des économies d'énergie de l'ordre de 1,5 % par an. « Nous en retirons d'un côté, et nous en rajoutons de l'autre », a déclaré à EurActiv un fonctionnaire de l'UE. Cette nouvelle loi offrirait aux entreprises énergétiques la possibilité de passer outre cette exigence de 1,5 %, notamment en améliorant l'efficacité énergétique de leurs bâtiments pour atteindre le même niveau d'économies.

Malgré des ambitions moindres, la proposition de directive sur l'efficacité énergétique devrait renforcer la réglementation actuelle pour l'efficacité énergétique des bâtiments, considérée par certains comme trop faible.

«  La directive sur la performance énergétique des bâtiments n'encourage pas du tout la rénovation, elle concerne surtout les nouveaux bâtiments. La directive sur l'efficacité énergétique devrait combler cette lacune », a déclaré Arianna Vitali du WWF.

Réactions : 

Le secrétaire général d'EuroACE (European Alliance of Companies for Energy Efficiency in Buildings), Adrian Joyce, a déclaré : « Si la directive reste si peu ambitieuse quant au nombre de bâtiments concerné, il sera crucial d'y introduire certaines clauses pour s'assurer que toutes les rénovations soient significatives, conformément à la définition fournie par le rapport de Claude Turmes. Nous pourrons ainsi au moins éviter l'effet de verrouillage. »

« La directive devrait enjoindre les États membres à préparer des feuilles de route nationales pour 2050 expliquant comment ils parviendront à réduire de 80 % la demande énergétique de leurs bâtiments en 2050, par rapport au niveau de 2005 », a ajouté M. Joyce.

Oliver Rapf, le directeur exécutif  du Buildings Performance Institute Europe, a proposé d'obliger les États membres à élaborer des plans de rénovation nationaux pour les bâtiments. Les amendements de la loi sur l'efficacité énergétique de la commission de l'industrie au Parlement européen demandent déjà que ces feuilles de route soient établies, a-t-il déclaré.

« Le taux de rénovation ne définit pas à lui seul les économies potentielles, l'ampleur des rénovations est également un facteur important. Définir les « rénovations profondes » incluses dans la directive s'avère donc tout aussi important que les objectifs de rénovation », a affirmé M. Rapf.

« Même avec le meilleur texte possible sur les bâtiments publics, l'Europe aura des difficulté à atteindre son objectif de 20 % », a déclaré Arianna Vitali du WWF.  « Pour lancer une stratégie de rénovation des vieux bâtiments, il faut établir une stratégie sur le long terme de façon progressive, avec des objectifs intermédiaires pour 2030 et 2040. »

« Les États membres devraient garder à l'esprit que la réduction de la consommation d'énergie des bâtiments permettra aux autorités publiques d'économiser de l'argent sur leurs factures et que de nouveaux modèles de financement par des tiers, comme les contrats de performance énergétique, pourront éliminer les besoins en coûts initiaux », a déclaré Fiona Hall (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe). 

« Je suis favorable aux modifications visant à donner aux États membres davantage de flexibilité pour atteindre leurs objectifs, en calculant par exemple le niveau de réduction de la consommation des bâtiments de manière générale, plutôt que de se concentrer uniquement sur la rénovation de la superficie utile », a affirmé Mme Hall.

Prochaines étapes : 
  • Jan.-fév. 2012 : premières discussions des États membres sur la directive.
  • 7 fév. 2012 : conférence des parties prenantes concernant la feuille de route sur l'énergie pour 2050.
  • 28 fév. 2012 : vote de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie du Parlement sur la directive relative à l'efficacité énergétique.
  • 28 mars 2012 : vote prévu en plénière sur la directive relative à l'efficacité énergétique.
EurActiv.com — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

L'Europe cherche à réduire sa consommation d'énergie primaire de 20 % d'ici 2020 « en appliquant simplement des mesures rentables d'économie d'énergie ».

La proposition de directive sur l'efficacité énergétique a été présentée par la Commission l'été dernier afin de mettre à jour le précédent plan d'action pour l'efficacité énergétique, qui ne prenait pas complètement en compte les économies d'énergie. L'objectif de 20 % ne sera pas atteint, à moins que l'UE ne redouble d'efforts pour économiser de l'énergie, les projections actuelles étant de 9 %.

La Commission européenne propose des mesures individuelles pour chacun des secteurs qui pourraient intervenir dans la réduction de la consommation d'énergie. Les débats sur la directive s'annoncent toutefois très compliqués.

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