L'Allemagne, qui dispose de 17 réacteurs nucléaires, ne souhaite pas remettre en activité les huit réacteurs les plus anciens. Sept d'entre eux avaient été fermés temporairement en mars, juste après le séisme et le tsunami qui ont frappé Fukushima. Le huitième ne fonctionne plus depuis des années.
Six autres réacteurs seront mis hors service d'ici 2021, a déclaré le ministre de l'environnement, Norbert Röttgen, tôt ce lundi après des discussions dans le bureau de la chancelière entre les dirigeants de la coalition de centre-droit qui se sont terminées tard dans la nuit.
Les trois réacteurs restants, ceux construits le plus récemment, resteront en activité pour une année supplémentaire jusqu'en 2022 afin d'éviter des perturbations dans l'approvisionnement énergétique, a-t-il précisé.
Mme Merkel est revenue en mars sur sa décision contestée de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires en Allemagne, un pays où la majorité des électeurs est opposée à l'énergie atomique (voir « Contexte »).
Son parti, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) et le partenaire minoritaire de la coalition, le Parti libéral-démocrate (FDP), se sont rencontrés dimanche après qu'une commission d'éthique a clos ses délibérations ce week-end.
« C'est décidé : les trois dernières centrales nucléaires seront fermées en 2022 », a affirmé M. Röttgen après la réunion. « Il n'y aura pas de clause de révision ».
Certains hommes politiques souhaitaient l'introduction d'une clause qui permettrait de revoir l'accord. Le FDP ne souhaitait pas de date précise, mais plutôt une certaine souplesse pour la sortie du nucléaire, ainsi que la possibilité de remettre en marche au moins un des sept réacteurs les plus vieux en cas d'urgence.
La coalition a accepté de garder l'un des réacteurs « en réserve » jusqu'en 2013, au cas où la transition vers les énergies renouvelables ne permettrait pas de satisfaire les demandes hivernales, si les carburants fossiles ne suffisaient pas à combler un éventuel manque d'énergie.
Impact de Fukushima
En mars, un séisme dévastateur et un tsunami ont frappé la centrale nucléaire de Fukushima au Japon, provoquant des fuites radioactives. Suite à cette catastrophe, la population a exigé des mesures de sécurité plus strictes et certains gouvernements ont dû revoir leur stratégie sur le nucléaire.
La décision de l'Allemagne doit encore passer par le parlement. Les partis de l'opposition, les sociaux-démocrates et les Verts, étaient présents lors de certains moments de la réunion pour permettre d'atteindre un large consensus.
La décision pourrait encore devoir affronter le mécontentement de RWE, E.ON, Vattenfall et EnBW, les fournisseurs d'énergie qui gèrent les 17 centrales, notamment à cause du projet de conserver une taxe controversée sur l'énergie nucléaire.
La coalition souhaite maintenir cette taxe qui devait rapporter 2,3 milliards d'euros par an à partir de cette année, mais qui n'a toujours pas été prélevée. Toutefois, avec la fermeture immédiate de huit centrales, elle rapportera moins d'argent que prévu.
Certaines sources ont rapporté que le gouvernement envisageait d'abandonner cette taxe en échange du soutien des quatre entreprises pour une sortie anticipée du nucléaire et de leur renonciation à des poursuites contre le gouvernement pour ce revirement politique.
Jürgen Großmann, le directeur exécutif du plus grand fournisseur d'énergie, RWE, fait pression pour que les centrales nucléaires continuent de fonctionner plus longtemps, arguant qu'une sortie rapide du nucléaire coûterait cher aux industries énergivores et pourrait menacer l'industrie allemande.
Avant que Mme Merkel ne ferme les plus anciennes centrales pendant trois mois, l'Allemagne puisait 23 % de son énergie dans le nucléaire.
Son revirement de politique ne lui a pas permis de regagner des points et lui a attiré les foudres de l'opposition et de certaines personnes au sein de son parti. Des dizaines de milliers de personnes ont d'ailleurs manifesté contre l'énergie nucléaire ce week-end partout en Allemagne.
La politique nucléaire est hautement controversée en Allemagne et a aidé les Verts à remonter dans les sondages. Ils ont par ailleurs pris le contrôle d'un des bastions du CDU, le Bade-Wurtemberg, lors des élections du mois de mars.
Mme Merkel a perdu la majorité à la chambre haute, le Bundesrat, depuis l'année passée, lorsque le CDU a perdu la Rhénanie du Nord-Westphalie, l'Etat le plus peuplé d'Allemagne. La perte du Bade-Wurtemberg, le vote de l'après-Fukushima et la bataille qui fait rage sur les questions énergétiques ont porté un coup supplémentaire à l'autorité de Mme Merkel.
EurActiv avec Reuters
Article traduit de l'anglais par EurActiv





