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La Commission européenne a réagi prudemment par rapport à l’accord conclu entre le Premier ministre russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainienne Yulia Timoschenko samedi soir (17 janvier), indiquant que la crise ne sera pas résolue tant que les approvisionnements destinés à l’Europe n’auront pas repris.
La Russie a interrompu le 1er janvier les approvisionnements gaziers vers l’Ukraine en raison d’une dispute sur les paiements. Après que la Russie a accusé de voler du gaz, l’Europe s’est retrouvé sans approvisionnement de gaz le jour de Noël orthodoxe (7 janvier) (EurActiv 07/01/09).
Le jour précédent, la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce et la Macédoine, la Serbie et la Croatie n’ont plus du tout reçu de gaz. Quant aux pays d’Europe centrale et occidentale, ils ont rapporté des réductions importantes de leurs approvisionnements (EurActiv 06/01/09).
Un conflit similaire à celui qui se déroule actuellement entre Moscou et Kiev était à l’origine de la crise énergétique en 2006 (pour plus d’informations, lire le LinksDossier d’EurActiv sur la politique en matière de gazoducs).
Après que les deux parties ont finalement conclu un accord sur la surveillance des flots à travers l’Ukraine, la Russie a déclaré le 12 janvier qu’elle reprendrait ses livraisons de gaz vers l’UE (EurActiv 13/01/09).
Mais les livraisons de gaz n’ont pas repris étant donné que les principaux problèmes entravant les relations entre Moscou et Kiev demeurent. Les deux parties n’ont pas trouvé d’accord sur la tarification du gaz importé par l’Ukraine de Russie, encore moins sur les droits de transit que Moscou doit à Kiev. La question des amendes dues au retard des paiements doit également être négociée. Le problème du « gaz technique », qui doit être fourni pour maintenir la pression dans les gazoducs, demeure également irrésolu.
Martin Riman, ministre tchèque du Commerce et de l’industrie a déclaré à Moscou ce matin qu’il saluait les progrès effectués par les représentants de la Fédération de Russie et de l’Ukraine dans leurs négociations, mais qu’il demeurait réaliste.
Il a ajouté que la seule chose qui compte pour l’UE est la reprise des approvisionnements en gaz et qu’actuellement, on ne sait pas clairement quand elle aura lieu.
En tant que tenant de la présidence tournante de l’UE, M. Riman a représenté les nations européennes au sommet gazier de Moscou ce week-end, auquel n’a participé aucun chef d’Etat de l’UE (EurActiv 16/01/09). Le sommet a été en effet boycotté par tous les pays européens, sauf la Slovaquie. La Commission européenne était représentée par son commissaire à l’Energie Andris Pielbags, bien que Moscou ait également invité le président de la Commission José Manuel Barroso.
Au cours de ce sommet, l’Union européenne a parlé d’une seule voix, a déclaré M. Riman, qui estime que ce message d’unité a également contribué à ce que les deux parties reprennent rapidement les négociations.
A la suite d’une réunion en tête à tête, M. Poutine et Mme Timoshenko ont annoncé que le transit de gaz russe via l’Ukraine pourrait reprendre rapidement.
Peu détails de l’accord sont connus, mais la presse russe rapporte que l’Ukraine a accepté de payer au prix du marché le gaz russe qu’elle importe, avec un rabais de 20 % pour 2009 si Kiev conserve ses droits préférentiels de transit gazier. Les deux parties se sont apparemment accordées à éliminer les compagnies intermédiaires telles que RosUkrEnergo.
Si elles sont confirmées, ces conditions semblent pires pour Kiev que celles négociées un an auparavant, qui avaient été par la suite rejetées par le président ukrainien Viktor Yuschenko. L’année dernière, Kiev a offert 250 dollars pour 1000 mètres cubes de gaz, niveau qui augmenterait jusqu’à 360 dollars conformément à l’accord de ce week-end. M. Yuschenko pourrait néanmoins opposer son veto à l’accord.
Reuters : la Russie a gagné
Selon une analyse de Reuters, la Russie semble avoir gagné sur tous les plans le différend gazier qui l’oppose à son voisin. Comme résultat de la crise, la Russie a montré qu’elle ne redoutait pas de fâcher l’Ouest afin d’avancer dans son propre agenda.
Si l’accord tient, Gazprom gagnera des milliards de dollars en recettes supplémentaires au cours des prochaines années, plus que la compensation pour ce que le géant a perdu au début de cette année. La réalisation des projets de Gazprom tels que le South Stream ou le North Stream semble désormais plus sûre (cf. le LinksDossier sur la politique en matière de gazoducs)
M. Poutine est un vainqueur en Russie, où il est porté aux nues comme le dirigeant fort dont le pays a besoin. Quant à l’Ukraine et l’UE, leur réputation a subi un large revers, a indiqué Reuters
La Bulgarie signale la réouverture de ses unités nucléaires
Parallèlement, la crise gazière a encouragé des pays européens à chercher d’autres sources énergétiques.
La Bulgarie a indiqué qu’elle allait commencé des préparations techniques en vue de la réouverture d’un de ses réacteurs nucléaires de Kozloduy si le différend gazier se poursuit. Mais elle ne le fera que si l’UE donne son consentement, a révélé vendredi le Premier ministre bulgare Sergey Stanishev. Il y a une dizaine de jours, le président bulgare Georgi Parvanov a laissé entendre que le pays pourrait rouvrir l’une des unités, fermée en décembre 2006 comme condition à l’adhésion du pays à l’UE (EurActiv 07/01/09).
Le gouvernement a décidé de commencer des préparations techniques pour rouvrir les réacteurs de ces centrales nucléaires qui ont été fermés si la crise gazière se poursuit pendant une durée imprévisible, a indiqué M. Stanishev aux journalistes. Les préparations prendront environ 45 jours, a-t-il ajouté.
Il y a une semaine environ, la Slovaquie a indiqué qu’elle rouvrirait un réacteur nucléaire fermé récemment, conformément au traité d’adhésion à l’UE (EurActiv 12/01/09), mais elle depuis a fait marche arrière.