EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

L’accord gazier russo-azéri porte un coup à Nabucco [FR]

Publié 01 avril 2009
Version imprimableSend by email

Gazprom et la compagnie pétrolière nationale d’Azerbaïdjan ont signé la semaine dernière un mémorandum d’accord sur l’approvisionnement à long terme de gaz d’Asie centrale à la Russie aux prix du marché, ébranlant encore le projet de gazoduc Nabucco, selon les analystes.

Selon un communiqué de presse de Gazprom, les parties se sont engagées à une coopération massive et à long terme à la suite de la conclusion d’un accord, le 27 mars, sur les conditions de vente de gaz azéri à la Russie. 

Les premières livraisons sont attendues en janvier 2010, rendu à la frontière, selon les termes du mémorandum d’accord. 

Pavel K. Baev, chercheur de haut niveau à l’Oslo International Peace Research Institute, a laissé entendre que le projet pourrait rendre Nabucco hors sujet, dans la mesure où l’Azerbaïdjan est considéré comme le fournisseur principal de Nabucco. 

Derrière cet accord, il y a un projet de gazoduc, qui pourrait, à l’instar de Nabucco, être nommé d’après un opéra, par exemple « Prince Igor », d’Alexandre Borodine, a déclaré M. Baev. Le gazoduc transporterait du gaz russe et azéri vers l’Europe du Sud-Est, via le projet de gazoduc South Stream et sous la mer Noire, de Novorossiisk à Varna, en Bulgarie. 

Agata Loskot-Stratocha, analyste politique spécialisée dans le domaine de l’énergie à Varsovie, a déclaré à EurActiv que les ventes de gaz azéri vers ou à la Russie diminueraient le volume disponible pour d’autres gazoducs, tels que Nabucco, ainsi que la motivation à s’y investir.

Elle a rappelé que le mémorandum du 27 mars n’est qu’un élément d’un processus qui a commencé quelques mois plus tôt. Mais bien que Bakou ait d’abord semblé hésitant, la situation a désormais changé, a-t-elle expliqué. 

« La situation azérie a beaucoup changé au cours des neuf derniers mois. La guerre entre la Russie et la Géorgie a renforcé la position de Moscou dans le Sud Caucase et a montré la relative faiblesse de l’Occident. Il y a également eu d’importants développements dans la politique de la Turquie, alliée stratégique de l’Azerbaïdjan dans la région. L’intensification visible des relations entre Ankara et Moscou, la proposition de coopération renforcée entre ces deux pays dans la région du Caucase, le changement dans les relations entre la Turquie et l’Arménie, enfin, les rumeurs d’une possible solution au conflit du Haut-Karabakh, ont conduit à un redéploiement de la situation géopolitique dans le Sud Caucase, diminuant l’intensité des relations entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, et plaçant dans une situation difficile les pro-Azerbaïdjan de l’Ouest », a expliqué Mme Loskot-Strachota.

« L’Azerbaïdjan oblige l’UE et la Russie à faire des offres plus concrètes et plus commerciales. Cela signifie que le temps est compté pour les consommateurs et les entreprises européennes qui veulent obtenir du gaz azéri transporté en Europe indépendamment de la Russie », a conclu la chercheuse polonaise. 

Un revers russe au Turkménistan ?

En parallèle, la presse russe a regretté qu’une récente visite du président turkmène, Gurbanguly Berdymukhammedov, à Moscou ne se soit pas révélée concluante. Le président russe, Dmitri Medvedev, avait espéré signer un accord intergouvernemental sur la construction d’un gazoduc ouest-est à travers le Turkménistan, qui aurait pu faire avancer le projet défendu par la Russie. 

Dans le cadre de ce projet, le gazoduc relierait les dépôts du Nord-Est du Turkménistan à la mer Caspienne. Toutefois, les parties n’ont pas pu signer d’accord, relève la RIA Novosti. 

Réactions : 

Alexander Jackson, de la Caucasian Review of International Affairs, s’est dit pessimiste à l’égard de Nabucco. Il attache également de l’importance au récent accord signé par Gazprom avec Bakou. 

L’Azerbaïdjan est de plus en plus frustré par les tergiversations européennes et cherche de plus en plus à conclure des accords bilatéraux, avec la Grèce, l’Italie, mais aussi, et de manière inquiétante pour l’UE, avec la Russie et l’Iran, a-t-il écrit. En février, Téhéran a offert d’investir 1,7 milliards de dollars dans le développement de la seconde phase d’exploitation du champ de gaz de Shah Deniz, en Azerbaïdjan, et le 27 mars, l’Azerbaïdjan a entamé des négociations officielles sur la vente de gaz au géant russe de l’énergie, a indiqué M. Jackson.  C’est un développement inquiétant pour l’Occident, qui laisse à penser que l’exaspération de l’Azerbaïdjan  a atteint un point tel qu’il courtise activement d’autres acheteurs, a-t-il conclu.

Contexte : 

Le projet de gazoduc Nabucco vise à diminuer la dépendance de l’UE au gaz russe en important du gaz de la région caspienne vers une station centrale en Autriche via les Balkans.

L’Azerbaïdjan est considéré comme le probable principal fournisseur de gaz du projet.  A l’avenir, il pourrait également transporter l’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient. Le gaz serait expédié en Europe via la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie. 

Le gazoduc devrait commencer son activité en 2014. Toutefois, sa construction n’est pas encore sûre. En effet, en raison des hésitations continuelles dont fait preuve le secteur privé pour financer le projet, sans oublier la brève guerre entre la Géorgie et la Russie en août 2008, Nabucco est confronté à un futur incertain (EurActiv 25/08/08). 

Officiellement, la Commission européenne refuse d’admettre que le projet est compromis. Mais il rencontre de nombreux obstacles, notamment le projet rival soutenu par le géant russe Gazprom, South Stream. Récemment, des experts majeurs du domaine de l’énergie ont averti qu’une série de difficultés dans la mise en œuvre de Nabucco pourraient se faire jour, à la suite du différend gazier entre la Russie et l’Ukraine (EurActiv 20/01/09). 

Le consortium Nabucco comprend de grandes entreprises européennes du secteur de l’énergie : OMV (Autriche), MOL (Hongrie), RWE (Allemagne), Bulgargaz (Bulgarie), Transgaz (Roumanie) et Botas (Turquie). Mais trois membres du consortium, OMV, MOL et Bulgargaz, se sont déjà engagés auprès du gazoduc South Stream, prévu par Gazprom, suscitant des interrogations sur la question des conflits d’intérêts ainsi que sur leur engagement vis-à-vis de Nabucco.

Un certain nombre de gouvernements, notamment l’Allemagne, la France et l’Italie, qui entretiennent des liens étroits avec le Kremlin et détiennent des contrats à long terme avec Gazprom, ne sont pas convaincus du besoin d’un nouveau gazoduc.

More in this section

Publicité

Sponsors

Publicité

Théâtre National - Brussels

30 Mai 2012:
Théâtre National - Brussels

Maastricht

04 Juin 2012 - 05 Juin 2012:
Maastricht
06 Juin 2012 - 07 Juin 2012:

Lyon

Publicité