« Je ne peux pas exclure le gaz, particulièrement les projets de torchage », a déclaré M. Piebalgs hier (16 avril).
« Nous souhaitons promouvoir un bouquet énergétique très propre [et] cela pourrait inclure le gaz. Je ne l'exclurais pas pour l'instant. »
Mais ce n'est pas le cas du nucléaire, a-t-il affirmé. « C'est une certitude. Je refuserai également le charbon. Nous ne pensons pas inclure les biocarburants [non plus]. »
M. Piebalgs a ensuite précisé que les investissements alloués au gaz ne seraient sans doute pas très importants et que les fonds en question pourraient également financer des analyses d'impact sur l'environnement et l'utilisation de gaz naturel à présent brûlé en torchère.
Le gaz est aujourd'hui au cœur de la controverse, dans la mesure où le Royaume-Uni, la France, la Pologne et la République tchèque seraient en train de faire pression pour que les futurs objectifs climatiques de l'UE soient fondés sur la faible teneur en carbone du gaz et du nucléaire, par exemple, plutôt que sur les énergies renouvelables.
L'un des opposants les plus virulents à ce type d'objectifs, Claude Turmes, le vice-président des Verts au Parlement européen, a dit comprendre la position de M. Piebalgs.
« Les projets de torchage peuvent permettre d'émettre moins de CO2 et de gaz à effet de serre dans l'atmosphère », a-t-il déclaré à EurActiv. « Ces projets devraient être examiné de près et faire l'objet de contrôles minutieux avant d'être lancés. »
« Mais il ne devrait pas s'agir d'une priorité pour le commissaire au développement, dans la mesure où il ne s'agit pas de la réduction de la pauvreté énergétique », a-t-il expliqué.
Initiative pour le développement énergétique
M. Piebalgs s'est exprimé peu après le lancement d'une « initiative pour le développement énergétique » de 50 millions d'euros visant à aider les pays pauvres qui mettraient en œuvre une série de réformes européennes comprenant des programmes de renforcement de la capacité et de développement conçus pour attirer les investissements privés.
L'UE est le plus grand donateur au monde en matière d'aide au développement énergétique. Elle a versé 278,5 millions d'euros en 2010 et environ 1 milliard d'euros au cours des cinq dernières années. Il s'agissait surtout, selon l'Union, de capitaux de démarrage destinés à inciter le secteur privé à investir avec un ratio de 20/1.
Selon M. Piebalgs, « près de la moitié » de ce milliard d'euros a été alloué à des projets d'énergie renouvelable. L'autre moitié a surtout servi à financer des interconnecteurs « qui pouvaient également transporter de l'électricité issue des carburants fossiles » a déclaré M. Piebalgs. « Mais ce n'était pas la raison principale. »
« En connectant les pays (ou certaines régions), l'énergie peut être plus largement utilisée », a-t-il poursuivi. M. Piebalgs a toutefois été catégorique : l'objectif premier de l'UE portait sur les énergies renouvelables.
L'initiative « De l'énergie pour doper le développement » a été qualifiée de « révolutionnaire » par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon et devrait changer la donne, selon le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
« Une bagatelle »
Mais les organisations de développement remettent cette initiative en cause sur le long terme. Pour Marc Olivier Herman, un porte-parole d'Oxfam, les 50 millions d'euros annoncé hier ne sont qu'une bagatelle.
Cette initiative a été conçue comme un projet public-privé destiné à soutenir le paquet de l'ONU « Énergie durable pour tous » lancé en janvier dernier. Ses objectifs pour 2030 prévoient de :
- fournir un accès à l’énergie à 500 millions de personnes ;
- doubler la part des énergies renouvelables dans la palette énergétique mondiale ;
- doubler le taux global d'amélioration de l'efficacité énergétique.
La décarbonisation est parfaitement compatible avec ces objectifs, selon M. Piebalgs.
« Les projets éoliens ou solaires n'impliquent pas de grandes infrastructures de réseau, c'est pourquoi nous nous concentrons sur ces points », a-t-il déclaré. « Je pense que la [décarbonisation] est possible, car les pays en développement disposent d'un potentiel important en matière d'énergies renouvelables. »
Quelque 1,5 milliard de personnes au monde n'ont actuellement pas accès à des sources d'énergie fiables, révèlent les chiffres de l'ONU. Ce problème est particulièrement grave en Afrique subsaharienne, où seulement 31 % de la population a accès à l'électricité, ce chiffre chutant à moins de 10 % dans les zones rurales.
Étant donné l'ampleur de la crise énergétique dans les pays en développement, M. Barroso a déclaré qu'il était nécessaire d'augmenter de 30 % les financements de l'UE dans ce domaine d'ici 2030.
« À court terme, nous comptons verser 750 millions d'euros supplémentaires en deux ans pour des projets d'énergie renouvelable », a-t-il déclaré lors d'un discours à Bruxelles. « Ce financement génèrera plusieurs fois cette somme ».
Le programme de développement de l'ONU estime que d'ici 2030, la transition vers l'énergie propre coûtera entre 249 milliards de dollars (190 milliards d'euros) et 1370 milliards de dollars (1044 milliards d'euros).





