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Bruxelles revient sur sa décision concernant le moratoire sur les forages pétroliers

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Publié 14 octobre 2010, mis à jour 15 octobre 2010

La Commission européenne revient sur son appel pour un moratoire sur les forages pétroliers en eaux profondes en demandant plutôt aux Etats membres d'arrêter d'accorder des licences pour de nouvelles installations tant que les régimes de sécurité n'ont pas été évalués.

La décision du moratoire était une réponse à l'accident de BP survenu dans le Golf du Mexique, mais l'idée a été repoussée par le Parlement européen et la Grande-Bretagne, le pays d'origine de la plus grande société pétrolière de l'UE.  

"La sécurité est non négociable", a dit le commissaire à l'Energie, Günther Oettinger en présentant les plans ce mercredi (13 octobre).

"Nous devons nous assurer qu'un désastre similaire à celui du Golf du Mexique ne se produira jamais dans les eaux européennes. C'est la raison pour laquelle nous proposons que les meilleures pratiques européennes deviennent la norme en Union européenne."

La semaine dernière, un avant-projet appelait les gouvernements européens à mettre en place une interdiction sur les forages, mais la version finale du plan aujourd'hui est qu'il est préférable que les Etats prennent eux-mêmes cette décision.

"Les procédures nationales d'octroi de licence devraient être revues dans tous les Etats membres afin de refléter les  meilleures pratiques et d'inclure des impératifs européens pour la sécurité, la santé, l'environnement, la gestion des risque ainsi qu'un contrôle indépendant", peut-on lire dans le projet.  

Les exigences principales pour l'obtention d'une licence d'exploration et de production d'hydrocarbures devraient être définies au niveau de l'UE, ajoute la Commission en précisant que des propositions seront faites en 2011.

Dans le même temps, "une suspension temporaire des futures autorisations pourraient être appropriée" pour les opération en mer complexes, a déclaré la Commission, sans recommander un moratoire complet.

M. Oettinger a déclaré que les réglementations européennes actuelles ne pouvaient pas faire face à une industrie qui fore plus en mer en suivant différents régimes de sécurité.

"Un régime fragmenté ne peut pas fournir une réponse adéquate aux risques provoqués par l'évolution des activités industrielles dans le secteur du pétrole et du gaz en mer", précise le plan.

Toute proposition légale qui émergera de la révision devra passer devant le Parlement pour être débattue et devra être acceptée par les 27 Etats membres avant d'entrer en vigueur.

"Le régime d'octroi de licence doit être soutenu par un régime de responsabilité sans équivoque incluant des instruments adéquats en matière de sécurité financière pour couvrir les incidents majeurs", peut-on lire dans ce document.  

Durant leur licence, les sociétés devraient prouver le caractère "sécurisé" de chaque opération et leur habilité à prévenir et à gérer les crises.

Elles pourraient également avoir à prouver leur stabilité financière pour faire face aux conséquences d'évènements imprévus, peut-être via un système d'assurance ou des instruments servant à couvrir les risques potentiels.

(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv.)

Réactions : 

L’eurodéputée française Corinne Lepage (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe) a salué la Commission européenne pour son «évaluation réaliste de la situation en reconnaissant que la législation sur le forage marin est actuellement incomplète, hétérogène et trop fragmentée ».

Toutefois, Mme Lepage s’est déclarée « inquiète » au sujet de la position ambiguë de la Commission sur le moratoire. Le commissaire a explicitement mentionné un moratoire durant sa conférence de presse, cependant le mot n’apparaît plus dans la communication. Le texte déclare que la Commission fait appel aux Etats membres afin que ceux-ci suspendent l’octroi de licences pour de nouvelles installations jusqu’à ce que les régimes de sécurité aient été évalués, ce qui diffère de ce que le commissaire avait proposé jusqu’à présent. »

Ian Hudghton, un eurodéputé du Parti National écossaise, a favorablement accueilli ce qu’il a décrit comme un « recul » de la Commission européenne. « Je suis satisfait de voir que le sens commun semble avoir prédominé. Le Commissaire Oettinger fait preuve de sagesse en prêtant attention au vote de la semaine passée au Parlement européen, où nous avons clairement rejeté les appels pour un moratoire sur le forage en eaux profondes. »

« Nous rejetons toutes les suggestions selon lesquelles l’UE devrait gagner en pouvoir par le biais des ressources de pétrole et de gaz et nous continuerons de travailler pour nous assurer que l’Ecosse ait le contrôle total sur ses ressources naturelles. »

Bart Staes(Groen), un eurodéputé vert belge, a accueilli les propositions de la Commission comme "un premier pas pour combler les manquements manifestes des réglementations européennes" concernant l'exploration marine, mais il a déclaré que l'Europe n'était toujours pas prête à faire face aux conséquences d'un accident.

"Dans ces circonstances, la seule ligne de conduite responsable est de stopper les activités de forages en eaux profondes dangereuses et nous regrettons que la Commission soit revenue en arrière sur les propositions des avant-projets demandant clairement aux Etats membres de suspendre l'octroi de licence jusqu'à ce que les réglementations européennes aient été revues", a-t-il dit.

Bas Eickhout, eurodéputé vert néerlandais, a ajouté que la Directive européenne sur la responsabilité environnementale devrait être révisée rapidement. "Etant données les conséquences dévastatrices d'un déversement accidentel, une législation étanche de responsabilité est nécessaire pour s'assurer que les citoyens ne payeront pas la note de l'industrie du pétrole", dit-il.

"Dans la mesure où les conséquences de tout déversement accidentel dépasseraient clairement les frontières nationales, nous devons urgemment nous assurer que les règles de sécurité au niveau européen sont suffisamment strictes", a-t-il ajouté en qualifiant la législation actuelle de "décousue".

Demandant aux Etats membres de suspendre l'exploration en eaux profondes en attendant, M. Eickhout souhaite que l'UE "ne fasse pas l'erreur d'attendre un autre accident tel que le désastre du Deepwater Horizon avant d'agir".

Prochaines étapes : 
  • Eté 2011: La Commission européenne doit présenter les nouvelles mesures (législatives ou autres), après avoir tenus d’autres consultations sur la portée de l’initiative proposée.
Contexte : 

A la suite de la marée noire causée par BP dans le golfe du Mexique, la Commission européenne a organisé des discussions portant sur la sécurité du forage en eaux profondes avec plusieurs compagnies pétrolières – dont Shell et BP.

Une séries de rencontres ont eu lieu durant l’été afin de discuter des potentielles lacunes dans la législation européenne qui devraient être adressées de manière à empêcher de pareilles catastrophes en Europe.

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