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La Commission prête à reculer dans le domaine de la "séparation de la propriété" [FR]

Publié 03 septembre 2007
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Dans un entretien à Euractiv, des fonctionnaires européens ont déclaré que la proposition consistant à libéraliser davantage le marché de l'énergie européen, prévue le 19 septembre, devrait présenter des options alternatives aux Etats membres pour parvenir à une séparation totale de la propriété. Cette approche permettrait d'écarter la menace d’un veto formulée par neuf pays, dont en premier lieu la France et l’Allemagne.

  • Mesurer les options

Selon des fonctionnaires qui souhaitent conserver l’anonymat, l’exécutif européen examine actuellement les deux principales options pour sa proposition à venir, prévue le 19 septembre.

La première option est de forcer les entreprises de l’énergie « intégrées », qui possèdent des infrastructures de production et de distribution, à revendre l’ensemble de leurs réseaux de transmission de gaz et d’électricité, soit la séparation de la propriété.

Mais les géants français et allemand de l’énergie, soutenus par leur gouvernement respectif, sont opposés à cette proposition. De plus, une clause de la constitution allemande interdit aux autorités publiques de forcer les entreprises à vendre leurs éléments d’actifs.

Comme compromis, la Commission pourrait autoriser les entreprises à maintenir la propriété tant que les parts de l’entreprise produisant de l’énergie sont « séparées » des parts de d’entreprise du réseau de transmission.

Ainsi, les actionnaires de l’entreprise de réseaux de transmission insisteraient pour investir davantage dans ces réseaux afin d’attirer plus d’entrants sur le marché. Ils encourageraient donc le type de concurrence qui, selon la Commission, est actuellement réprimé par les grandes entreprises énergétiques intégrées qui ont peu d’intérêt à voir augmenter le nombre de leurs concurrents.

L’autre option serait d’autoriser les entreprises à conserver la propriété de leurs éléments d’actifs, mais de transférer la gestion, y compris l’investissement ou d’autres décisions commerciales, à un Opérateur Indépendant du Système (ISO), qui payerait une contribution pour l’utilisation des réseaux.

Selon les documents révélés de la Commission, chaque ISO auraient besoin du soutien des autorités règlementaires nationales dotées de pouvoirs de surveillance accrus afin de garantir la transparence des prix, l’accès au réseau et les investissements. Les régulateurs nationaux seraient à leur tour gérés et/ou assistés par une nouvelle agence européenne, une instance d’arbitrage, notamment dans les cas de conflits transfrontaliers.

  • Séparation de la propriété : un projet mort-né ?

En juin dernier, une majorité de ministre européens de l’Energie ont exprimé leur opposition à l’idée d’une séparation complète de la propriété, à la suite de quoi Andris Piebalgs, commissaire à l’Energie avait déclaré « la majorité n’est pas de mon côté à ce stade » (EurActiv 07/06/07). 

La réticence des Etats membres a également été constatée au moment des conclusions du Conseil européen de mars 2007 qui appelaient « en temps opportun à la mise en œuvre intégrale, en respectant l’esprit et la lettre, de la législation existante sur le marché intérieur relative à l’ouverture des marchés du gaz et de l’électricité ». En d’autres termes, les Etats membres devront procéder à la mise en œuvre intégrale des directives existantes avant de prévoir une législation plus vaste.

Les conclusions de mars demandent, néanmoins, « une séparation effective des activités d’approvisionnement et de production de la gestion des réseau (découplage) », ainsi que l’augmentation des pouvoirs des régulateurs. Mais il s’agit là d’une référence à la dissociation juridique présentée dans le deuxième paquet de libéralisation de l’énergie et on ne constate aucune référence ou soutien explicite aux conclusions du Conseil concernant la séparation intégrale de la propriété.

  • Plus ça change?

L’absence de soutien des Etats membres pour la séparation de la propriété pourrait presser la Commission à se pencher davantage sur l’option ISO+.

Or, un fonctionnaire de la Commission, désirant conserver l’anonymat, a admit que certains fonctionnaires essentiels à l’industrie n’étaient pas plus enthousiastes à l’idée de voir la pression réglementaire augmenter comme conséquence d’un scénario de l’ISO qu’ils le sont pour la séparation de la propriété. Un fonctionnaire à l’industrie aurait comparé la situation avec le fait d’avoir à choisir entre du sel ou du poivre dans son café.

La Commission émet également des réserves concernant l’option ISO.  Dans son document « une politique énergétique pour l’Europe », publié en janvier 2007, elle constate qu’en l’absence de séparation complète de la propriété, les éléments dissuasifs destinés à investir de manière adéquate dans les réseaux où la propriété n’est pas séparée ne peuvent pas être traités en totalité par les régulateurs.  

Etant donné que la Commission examine le manque d’enthousiasme suscité par chacune des deux options, elle pourrait aussi opter pour le maintien du statu quo actuel tout en pressant pour une meilleure mise en oeuvre des directives existantes et le renforcement des pouvoirs des régulateurs énergétiques nationaux.

Cette option est le choix favori de Günter Verheugen, commissaire à l’entreprise, ainsi que celui de la Chancelière allemande Angela Merkel et du Président français Nicolas Sarkozy.

  • Investissements et prix signal   

Selon le document de la Commission sur la politique énergétique pour l’Europe, étant donné que les cadres politiques et législatifs adaptés sont en place, le marché énergétique intérieur pourrait stimuler des prix de l’énergie équitables et concurrentiels, les économies d’énergies et augmenter les investissements. 

La France est capable de proposer de faibles prix pour l’énergie grâce aux investissements massifs dans l’énergie nucléaire qui avait bénéficié du soutien de l’Etat il y a plusieurs années, et qui se sont désormais totalement amortis. Elle estime ainsi que le meilleur moyen pour garantir des prix bas et des investissements dans les réseaux est de règlementer les prix avec l’aide de garanties de l’Etat. 

Néanmoins, selon un fonctionnaire de la Commission se référant aux règles européennes actuelles en matière d’aide d’Etat, les investissements massifs « de type Pompidou » dans les sources d’énergies conventionnelles sont « hors de question » à l’avenir, en d’autres termes, le model français de prix bas et régulé cessera quand les réinvestissements massifs dans les infrastructures d’énergies seront nécessaires.

Réactions : 

Malgré les avertissements émis lors du Conseil sur l’Energie en juin, un certain nombre d’Etats membres, dont l’e Danemark, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni, soutiennent la séparation de la propriété, en partie parce qu’elle permettrait aux entreprises d’accéder aux marchés lucratifs de l’énergie en France et en Allemagne.

La France, pour sa part, conçoit que des parts du marché européen de l’énergie contiennent des anomalies, mais refuse de blâmer les grandes entreprises intégrées présentes, l’accès au réseau étant garanti par des régulateurs. Elle a également avancé que les grandes entreprises énergétiques sont mieux placées pour garantir le faible coût et les contrats d’approvisionnement à long terme avec les pays tiers, garantissant ainsi la sécurité énergétique dans l’UE.

Dans une lettre commune adressée à la Commission le 30 Juillet, l’Autriche, la Bulgarie, Chypre, la Grèce, la Lettonie, le Luxembourg et la Slovaquie ont exprimé leur soutien à la France et à l’Allemagne qui considèrent que la séparation de la propriété n’est pas la meilleure façon de construire le futur marché énergétique européen.

Néanmoins, le député européen vert, Calude Turmes, un fervent défenseur de la séparation, a confié à Euractiv que certains des signataires de la lettre commune étaient en négociations avec la Commission cet été et pourraient avoir modifié leur vote en faveur de la séparation. Selon lui, la France et l’Allemagne seront finalement mis en minorité au Conseil. 

Une majorité de membres du Parlement européen se sont également déclaré en faveur de la séparation.

Préoccupé par des complications juridiques, dues à la séparation de la propriété, qui risqueraient de s’éterniser, Eurelectric, une instance industrielle représentant les entreprises européennes produisant de l’électricité, estime que la pression excessive autour de la séparation de la propriété et ses prétendus effets sur les défauts du marché actuel est bien loin des exigences principales pour encourager l’intégration du marché. Selon le groupe, en tout dernier lieu, encourager la séparation des éléments d’actifs dans l’Europe des 27 sera inévitablement un processus long et complexe et ne résoudra pas la question essentielle de l’intégration du marché.

Prochaines étapes : 
  • 19 sept. 2007: la Commission présente un troisième paquet sur la libéralisation de l’énergie 
  • 03 déc. 2007: Conseil européen – possibilité de conclusions sur le paquet libéralisation 
  • 1ère moitié de 2008: éventuel accord politique au Conseil sous la Présidence slovène   
Contexte : 

La libéralisation des marchés de l’énergie est une des sagas les plus longues et les plus controversées de l’histoire législative européenne (lire notre LinksDossier). 

Depuis le début des années 90, la Commission a fait pression pour la création d’un marché de l’énergie européen unique sur la base qu’il augmenterait la compétitivité et le bien-être de l’Europe, en partie en stimulant l’emploi et en réduisant les prix de l’énergie pour les consommateurs.

Désormais, avec le changement climatique en première ligne de l’agenda politique européen, la Commission (notamment le commissaire à l’énergie Andris Piebalgs et la commissaire à la concurrence Nellie Kroes) considère que libéraliser davantage est une condition préalable pour garantir la sécurité énergétique de l’UE, promouvoir l’utilisation des énergies renouvelables et assurer le bon fonctionnement du régime européen d’échange des quotas d’émissions.

Certains Etats membres, en particulier la France et l’Allemagne, s’interrogent néanmoins sur l’approche de la Commission selon laquelle plus de libéralisation implique également le démantèlement des grands monopoles énergétiques régionaux et nationaux. Ils estiment en effet que cela puisse en fait nuire à la sécurité énergétique et conduire à l’augmentation des prix pour les consommateurs.

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