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Le conflit UE-Russie sur le gaz incite à un sommet de l’UE [FR][en][de

Publié: lundi 5 janvier 2009   

La Russie et l’Ukraine ont cherché le soutien de Bruxelles afin de résoudre une dispute sur l’approvisionnement gazier qui dure depuis des semaines et en raison de laquelle six pays européens commencent à manquer de gaz. Des envoyés nationaux de l’UE se rencontreront aujourd’hui à Prague sous les auspices de la présidence tchèque de l’UE pour développer une réponse commune.

Contexte:

L’UE produit seulement un quart du gaz qu’elle consomme. Elle en importe un autre quart de Russie, 16 % de Norvège et 15 % d’Algérie, le reste provenant de la Libye, du Nigeria et d’Asie centrale. 

Dans cette perspective, la dépendance de l’Union au gaz russe ne semble pas si spectaculaire, à moins de considérer les chiffres pour chaque Etat. Alors que l’Espagne n’importe pas du tout de gaz russe, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Finlande répondent à leurs besoins gaziers en important 100 % de leur gaz de la Russie.

La solidarité européenne doit prendre en compte de telles réalités, de même que la situation dans des pays tiers comme l’Ukraine, qui est aussi grandement dépendante de l’approvisionnement russe, tant comme consommateur que comme pays de transit.

Une querelle similaire à celle qui oppose actuellement Moscou et Kiev est à l’origine d’une crise énergétique en 2006 (pour plus d’information sur la politique en matière de gazoduc lire le Links Dossier). La prise de bec de 2006 a poussé l’UE à appeler à ce que des engagements soient tenus en toutes circonstances, dans la mesure où 80 % du gaz russe destiné à l’UE est transporté via l’Ukraine. 

A lire aussi:

Autres articles:

Le géant russe Gazprom a suspendu les approvisionnements vers l’Ukraine le 1er janvier après que les discussions sur la renégociation d’un nouveau contrat de distribution pour 2009 ont échoué en raison de féroces disputes sur la fixation des prix. 

Bien que l’approvisionnement vers les pays de l’UE ne devrait pas être affecté, quelques Etats membres ont signalé une réduction des livraisons russes. La Russie a déclaré que l’Ukraine continue de voler le gaz naturel destiné à l’Europe pour subvenir à ses propres besoins. L’Ukraine a nié de telles allégations, avançant des raisons techniques aux réductions de gaz naturel destiné à l’Europe. Kiev a également demandé une médiation de l’UE, option qui a été rejetée par Moscou.

Dans les cinq jours après la suspension de l’approvisionnement, la Pologne, qui a été la plus affectée par le conflit, a signalé une baisse de 11 % du gaz russe acheminé via l’Ukraine. Mais d’autres pays comme la Hongrie, la Roumanie, la Turquie, la Bulgarie et la République tchèque ont également ressenti les effets de la diminution de l’approvisionnement. 

L’UE rechignait tout d’abord à intervenir dans le conflit, qu’elle perçoit comme une querelle commerciale. Mais les ambassadeurs de l’Union se rencontrent aujourd’hui (5 janvier) à Bruxelles, afin de discuter du problème et de coordonner une réponse commune. L’UE pourrait envoyer une équipe d’investigation dans les deux pays dans les prochains jours, samedi prochain (3 janvier) selon les représentants de l’UE cités par la Deutsche Presse.

Selon les analystes, l’UE dispose de suffisamment de réserves pour pourvoir aux approvisionnements pendant quelques mois. Les entreprises publiques allemandes, dont 37 % de l’approvisionnement provient de Russie, ont déclaré que les livraisons se sont faites normalement et que les clients n’ont subi aucune interruption. 

Autres routes possibles

En raison de la dispute, l’Ukraine tout comme la Russie se sont vu forcées de rassurer les Européens que leur approvisionnement ne sera pas affecté. Gazprom, exportateur géant de gaz  appartenant à l’Etat russe, a indiqué qu’il encouragerait désormais les livraisons de gaz naturel vers l’Europe en utilisant deux routes différentes, l’une passant par la Biélorussie et l’autre par la Turquie. PGNiG, l’entreprise polonaise de gaz, a déclaré qu’elle comptait sur le gaz russe livré via la Biélorussie pour compenser le manque de gaz ukrainien. 

Depuis que l’acheminement du gaz vers l’Ukraine a été suspendu, les approvisionnements en gaz par le biais du gazoduc Yamal-Europe et du système Beltransgaz (qui passent tous les deux par la Biélorussie) ont augmenté, tout comme ceux utilisant le Blue Stream pour arriver en Turquie. 

Positions:

Le PDG de Gazprom Alexei Miller a accusé l’Ukraine comme étant à l’origine de la crise. Nos consommateurs européens en Hongrie, Slovaquie, Roumanie, Pologne et dans les Balkans nous ont fait part de détournements non autorisés de gaz russe sur le territoire ukrainien, a-t-il indiqué. Selon lui, dans une telle situation, Gazprom doit fournir des volumes supplémentaires de gaz par le biais d’autres voies d’acheminement du gaz. 

Le conseiller présidentiel ukrainien à l'énergie Bohdan Sokolovsky a prévenu que l’Europe pourrait faire face à une crise plus importante au cours des deux prochaines semaines si la Russie continue de suspendre les livraisons de gaz vers son pays. Selon lui, dans une dizaine de jours, des problèmes techniques très sérieux pourraient surgir. Le transport du gaz pourrait être interrompu à un moment donné, et cela ne sera pas de notre faute, a-t-il souligné. 

Le ministre estonien des Affaires étrangères Urmas Paet, dont le pays a été par le passé impliqué dans diverses disputes avec Russie, a indiqué que l’UE pourrait chercher des variantes pour réduire sa dépendance au géant gazier russe Gazprom. Il a toutefois reconnu qu’il n’y avait que peu de solutions pour le moment. A la place, il a appelé l’UE à réfléchir à comment influencer la Russie et l’Ukraine. 

Ronald Smith, analyste en chef de l’Alfa Bank, a indiqué que l’UE n’était pas disposée à intervenir dans la dispute entre Moscou et Kiev. Les Européens considèrent qu’en s’engageant dans les négociations, il se retrouverait dans une situation où ils seraient perdants, selon M. Smith qui s’est confié hier à Bloomberg. Il a ajouté que les Européens ne sentiront probablement pas le besoin d’intervenir avant que les volumes de gaz ne chutent. 

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