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Shell insiste pour que l’argent des contribuables européens serve à financer des technologies propres dans l’utilisation du charbon dans le cadre d’efforts menés pour éviter le déplacement des émissions de CO2 en raison de la demande mondiale en énergie qui monte en flèche. Jeremy Bentham, l'un des vice-présidents de l'entreprise, et l'économiste en chef de Shell Steven Fries s'expliquent dans un entretien à EurActiv, suite à la présentation des scénarios énergétiques de Shell à l'horizon 2008.
Le 7 avril dernier, Shell présentait ses scénarios pour l’énergie à l’horizon 2008 à Bruxelles (EurActiv 08/04/08).
Les scénarios proposent deux solutions – « Scramble » et « Blueprints » - qui insistent sur une réponse globale aux « dures vérités » de l’augmentation de la demande croissante en énergie, de la diminution des approvisionnements et des pressions croissantes sur l’environnement.
Alors que le scénario « Scramble » est caractérisé par une « lutte pour le charbon », l’absence de politiques environnementales tournées vers l’avenir et une baisse de la concurrence entre Etats concernant l’amenuisement des ressources, le scénario « Blueprint » prévoit une stabilisation des émissions de CO2 d’ici 2020, puis une baisse importante aux niveaux de 2000 d’ici 2050.
Du charbon plus propre
La consommation mondiale en énergie devant augmenter d’au moins 60% d’ici 2050, d’après les scénarios « Blueprint » de Shell, les autorités publiques devraient être plus ambitieuses et financer le développement des technologies de capture et de stockage du carbone (CSC
), estiment le vice-président de Shell Jeremy Bentham et Steven Fries, l’économiste en chef de l’entreprise.
« Actuellement, la politique de l’UE est dans une situation où elle reconnaît ‘Nous avons besoin de projets de démonstration de CSC, nous voulons obtenir ces projets, nous n’avons pas les mécanisme de financement’. Ça ne fonctionne pas. Il faut ces mécanismes qui utilisent à la fois les fonds privés et publics pour pouvoir concrétiser cette démonstration », a déclaré Bentham.
D’ici la fin de l’année, la Commission devrait publier ses recommandations sur le financement des technologies CSC dans le cadre d’une communication plus vaste relative au financement de sa proposition de plan stratégique européen pour les technologies énergétiques (Plan SET).
Mais le budget de l’UE est « bouclé » jusqu’en 2013 et les autorités publiques sont réticentes à investir les montants considérables nécessaires au développement de la CSC. Au regard de la situation, certains craignent que la technologie ne soit pas prête à temps pour empêcher les émissions de CO2 de rapprocher la moyenne mondiale des températures des niveaux dangereux, en particulier étant donné la forte dépendance aux centrales à charbon en Inde et en Chine.
Dans le contexte européen, M. Fries affirme qu’il existe plusieurs options de financement. « Soit vous pouvez trouver des fonds dans le budget, ce qui semble être exclu ; soit vous pouvez constituer des budgets futurs comme l’ont fait les Britanniques ; réattribuer le budget (…) ou la solution alternative est d’augmenter les coûts pour les consommateurs et donc de permettre l’utilisation de la CSC pour remplir vos obligations en matière de renouvelables, considérés davantage comme une obligation à faible intensité de carbone que comme une obligation en matière de renouvelables.
Attribuer une valeur de marché supérieure au CO2 stocké (ou séquestré) en utilisant la technologie de CSC est l’une des options « hors budget » privilégiées par Shell. Si, dans le cadre du système européen d’échange de quotas d’émissions de CO2 (système européen ETS), les entreprises énergétiques se voient attribuer de multiples crédits pour le CO2 qui n’est pas émis en utilisant la CSC, le secteur privé devrait être incité à financer les installations de leurs propres poches, affirme Shell.
Mais l’UE a jusqu’ici rejeté cette option.
Au revoir Shell ?
En plus de faire pression pour financer la technologie de CSC, Shell a averti qu’elle pourrait repousser les futurs investissements européens si l’UE n’adopte pas suffisamment de mesures de sauvegarde pour protéger les industries à forte intensité énergétique de la concurrence extérieure une fois que le système européen ETS entrera en vigueur en 2013.
L’entreprise craint que si les permis d’émissions doivent être achetés par des entreprises énergétiques aux enchères, sans garantie d’obtenir des permis gratuits, l’entreprise verra tous ses bénéfices européens supprimés, l’obligeant à déplacer ses activités ailleurs.
« C’est impossible. Il n’y aura donc plus d’investissements de Shell en Europe », a déclaré Christian Balme, directeur de Shell France au Parlement le 8 avril.
La Commission a promis de fournir suffisamment de mesures de sauvegarde pour protéger les industries européennes si les négociations internationales en matière de changement climatique n’aboutissent pas à un régime mondial pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais de nombreuses industries estiment que ces promesses sont insuffisantes et l’incertitude actuelle concernant l’ampleur des lois liées au changement climatique nuisent à la certitude des investisseurs et aux décisions d’investissement à long terme.
Pour lire l’entretien de MM. Bentham et Fries dans son intégralité, cliquez ici.