Anders Åslund, maître de recherche à l’Institut Peterson pour les Sciences économiques internationales à Washington, a appelé l’UE à conclure un accord d’association avec l’Ukraine.
Il s’exprimait à une conférence organisée hier (28 mai) par le Fonds Marshall allemand à Bruxelles.
Toutefois, de tels accords ont été conclus jusqu’ici avec des pays qui sont aujourd’hui membres de l’UE, et les candidats qui espèrent actuellement rejoindre le club des 27 se sont vus proposer à la place des « accords de stabilisation et d’association ».
Après l’élargissement « big bang » de l’UE de dix pays en 2004 et l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie trois ans après, l’humeur dans les capitales européennes n’est pas à une expansion supplémentaire à l’Est. On considère largement que la Croatie, qui pourrait adhérer bientôt, et les Balkans occidentaux, à qui on a promis l’adhésion dans un futur lointain, vont donner à l’Union de quoi s’occuper pour le moment.
S’exprimant sous couvert d’anonymat, des officiels de la Commission ont appris à EurActiv qu’ils devaient ralentir les tentatives de développer une approche plus visionnaire envers l’Ukraine en raison de la position de certains Etats membres clefs, notamment l’Allemagne.
La Commission a récemment refusé d’autoriser l’addition du mot « européen » à son initiative Partenariat oriental, afin d’éviter de convoyer le message selon lequel le partenariat était une route vers l’adhésion à l’UE (EurActiv 07/11/08).
Mais le professeur Åslund a déclaré que l’Union devrait être audacieuse avec l’Ukraine et il a appelé à un jumelage bilatéral d’agences gouvernementales, à une augmentation du nombre de bourses pour les jeunes ukrainiens, et à plus de soutien financier offert à Kiev.
Un non-paiement hautement improbable
M. Åslund, qui a été conseiller auprès du gouvernement ukrainien de 1994 à 1997 et dont le livre – Comment l’Ukraine est devenue une économie de marché et une démocratie – est sur le point d’être publié, a dressé un portrait optimiste de la manière dont le pays a géré la crise économique. Il a affirmé catégoriquement qu’un défaut de paiement est extrêmement improbable et a affirmé que les réserves du pays valaient 25 milliards de dollars, une somme équivalente à huit mois d’importations du pays, ce qui lui procure une substantielle poire pour la soif lors de cette difficile période.
L’expert a aussi loué la gestion des affaires du pays par la Première ministre, Ioulia Tymochenko, la décrivant comme une gestionnaire de crise idéale. Mais il a conseillé à l’UE de fournir davantage de soutien financier, à ajouter aux 16,4 milliards de dollars négociés au FMI à l’automne dernier.
M. Åslund a mis en avant les futurs risques de sécurité, tels que l’expiration en 2017 du bail de la base navale russe de Sébastopol en Crimée, sur la mer Noire.
L’expert a aussi recommandé à l’UE de surveiller étroitement les élections présidentielles anticipées le 17 janvier 2010, puisqu’on s’attend à ce que la Russie, selon ses mots, achète les gens dans tous les camps pour y assurer sa mainmise.
Il a affirmé que le nom du gagnant n’avait pas d’importance, puisque tous les acteurs majeurs ont des programmes similaires, qui appellent à des changements dans la constitution du pays pour moderniser l’ « horrible » système judiciaire.
L’Ukraine, gagnante de la guerre du gaz
M. Åslund considère l’Ukraine comme la gagnante de la guerre du gaz de janvier avec la Russie, depuis que Gazprom a assisté à une diminution des commandes consécutivement au conflit, en plus des problèmes financiers de la société. Il a ajouté que l’Ukraine avait tiré profit de l’élimination de l’intermédiaire RosUkrEnergo, tandis que la réputation de Gazprom en avait pâti, selon lui.
Les experts ont déclaré que la Russie s’était trompée en supposant qu’après l’arrêt des livraisons, Kiev ne serait pas capable de livrer du gaz à la partie orientale du pays, ouvrant la voie à une déstabilisation politique. Or, l’Ukraine avait construit un petit gazoduc vers sa partie orientale et les livraisons n’ont pas été compromises. L’Ukraine avait aussi suffisamment de réserves de gaz pour que ses livraisons puissent durer trois mois, ont expliqué les experts.



