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La France fait résistance à la libéralisation des marchés énergétiques dans l'UE [FR]

Publié 15 décembre 2006
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La France, l'Allemagne et l'Espagne figurent parmi les 16 pays formellement avertis par la Commission, qui leur reproche de traîner des pieds dans le processus de libéralisation des marchés du gaz et de l'électricité. Le système de régulation des prix auquel tient tellement la France est dans la ligne de mire de la Commission. 

La Commission européenne perd patience devant la lenteur de la libéralisation des marchés énergétiques. Le 13 décembre, elle a envoyé des "avis motivés" à 16 pays, dont la France et l'Allemagne, dans le cadre de la seconde phase des procédures d'infraction initiées plus tôt dans l'année (lire EurActiv 5/04/06). 

Selon les termes de la Commission, "les prix du gaz et de l'électricité ne reflètent pas les coûts", menant ainsi à "un sous-investissement et de futures difficultés d'approvisionnement," ce qui empêche "une véritable concurrence" et bloque l'arrivée de nouveaux fournisseurs sur le marché.

En référence au black-out électrique du 4 novembre 2006, la Commission a résumé : "Les obstacles à la concurrence... nuisent aux citoyens européens".

Bruxelles s'inquiète notamment des contrôles des prix, ou tarifs réglementés, encore appliqués en France, en Espagne et dans une moindre mesure, en Italie. Elle souligne : "Dans ces Etats membres, les tarifs réglementés sont si bas par rapport à ceux du marché qu'ils empêchent complètement l'ouverture du marché".

"Au final, seuls les prix fixés librement par le marché peuvent garantir le meilleur prix pour les consommateurs et donner le bon signal pour encourager de sérieux investissements, nécessaires pour permettre la sécurité de notre approvisionnement".

D'autres points soulignés par la Commission dans ses procédures d'infraction incluent :

  • Accès discriminatoire des nouveaux compétiteurs au réseau de distribution, une situation qui continue de favoriser les opérateurs en exercice (Allemagne, Royaume-Uni, Italie...);
  • Manque d'information sur les obligations de service public que les opérateurs doivent remplir lorsqu'ils sont en contrat avec le gouvernement (France, Allemagne...);
  • Compétences insuffisantes des régulateurs nationaux pour empêcher les intérêts particuliers de dominer les marchés (Belgique, Suède...)
  • Séparation  insuffisante entre la distribution et la transmission des activités de fourniture et de production 
Réactions : 

En France, l'ouverture à la concurrence des marchés de l'énergie devient impopulaire, alors que la campagne pour les présidentielles gagne en intensité.

Le ministre délégué français à l'industrie, François Loos, a défendu les tarifs réglementés français, estimant que la libéralisation des marchés de l'énergie devait se faire de façon maîtrisée dans l'intérêt des consommateurs. Il a écrit dans le quotidien Les Echos : "Nous redirons notre attachement aux tarifs réglementés, pour la convaincre de leur pertinence et de leur intérêt pour les consommateurs".

Il précise que le contrôle des prix n'est pas incompatible avec les directives européennes de libéralisation : "Les tarifs (réglementés) ne constituent pas une distorsion, ils ne font que refléter les coûts maîtrisés du parc électrique français, présents et futurs".

Le 30 novembre 2006, le Conseil constitutionnel français a infirmé un article de loi du gouvernement qui aurait maintenu les tarifs réglementés pour l'approvisionnement des ménages en gaz dans certains cas, et ce même après la libéralisation complète des marchés de l'énergie en juillet 2007. 

Les principales associations de consommateurs ont été choquées par cette décision et prévoient que "le pire est encore à venir". L'association de consommateurs UFC-Que-Choisir a déclaré : "Si le scénario anglais se reproduit en France, il faut s'attendre à une flambée des prix intolérable". Elle fait référence à une enquête menée en Angleterre par Energywatch, qui estime que "la facture annuelle des foyers anglais a gonflé ces trois dernières années de 91 % pour le gaz et de 58 % pour l'électricité" en raison de la politique de libéralisation des prix.

Selon UFC-Que-Choisir, les consommateurs doivent pouvoir revenir aux tarifs réglementés en cas de trop forte hausse des prix, une option exclue par le gouvernement français dans son projet de loi sur l'énergie.

Dans le cadre d'un contrat de service public signé avec le gouvernement français, la compagnie d'électricité EDF (Electricité de France) a accepté de garder des tarifs stables jusqu'à fin 2010. EDF est à 87% détenue par l'Etat et représente la plus grande entreprise en Europe par capitalisation de marché.

Selon le président d'EDF, Pierre Gadonneix, le passage à la libéralisation complète doit se faire plus en douceur grâce à une période de transition : "Nous devons rendre les tarifs réglementés compatibles avec l'ouverture des marchés, en affichant que cela n'est qu'une transition".

En juin dernier, le MEDEF (Mouvement des entreprises de France) a critiqué le processus de libéralisation de l'UE, estimant que cela ne ferait qu'entraîner une hausse des prix pour les consommateurs. L'expert en énergie de l'association, Philippe Rosier, a vivement critiqué la vision à "court terme" de la Commission, et ce processus en cours "sans coordination à l'échelle européenne".

Prochaines étapes : 
  • 10 janvier 2007 : la Commission doit présenter un paquet Energie qui comprendra des propositions visant à achever la libéralisation des marchés du gaz et de l'énergie "dans la lettre et dans l'esprit".
  • 1er juillet 2007 : date limite pour l'ouverture des marchés intérieurs à la concurrence
  • Comme la Commission, estimez-vous que les tarifs réglementés agissent finalement contre les intérêts des consommateurs et freinent les investissements? Ou soutenez-vous le point de vue français arguant que les consommateurs devraient avoir le choix entre des tarifs de libre marché et des tarifs réglementés? Envoyez-nous vos commentaires:  letters@euractiv.com
Contexte : 

Des directives européennes visant à libéraliser les marchés européens de l'électricité et du gaz ont été adoptées en 2003 et, en théorie du moins, les consommateurs industriels sont désormais libres de choisir leur fournisseur depuis juillet 2004. La date d'ouverture des marchés intérieurs des Etats membres est fixée au 1er juillet 2007.

En mars 2006, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE ont adopté une nouvelle "politique énergétique pour l'Europe", la libéralisation des marchés figurant parmi ses objectifs prioritaires (lire EurActiv 24/03/06).

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