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Gazoducs : Poutine met en garde l’UE sur l’accord avec l’Ukraine [FR]

Publié 24 mars 2009
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Hier (23 mars), le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a menacé de reconsidérer les liens de la Russie avec l’UE après qu’un plan de la Commission européenne, prévoyant de moderniser le système ukrainien de gazoducs, n’a pas inclus Moscou. 

A Moscou, M. Poutine a indiqué que le plan de modernisation du gazoduc entre l’UE et l’Ukraine, annoncé hier (23 mars), était mal conçu et qu’il n’était pas professionnel. 

Quelques heures auparavant, à Bruxelles, le ministre russe de l’Energie, Sergei Shmatko, a également descendu en flammes l’accord signé dans la journée entre l’Ukraine et les représentants de l’UE.

Il a même averti que le plan pourrait se retourner contre ceux-ci, avec de sérieuses conséquences pour les consommateurs européens. 

La déclaration de l’UE et de l’Ukraine, signée par la Première ministre ukrainienne, Yulia Timoshenko, à Bruxelles, prévoit une assistance à la modernisation des 13 500 kilomètres de gazoducs du pays. Mettant pour l’occasion son conflit personnel avec Mme Timoshenko entre parenthèses, le président Viktor Yuschenko a également participé à la conférence, au cours de laquelle un plan directeur ukrainien visant à moderniser le système gazier du pays a été présenté et salué par la Commission européenne. 

Lors de son discours, le président de la Commission, José Manuel Barroso, aurait agacé la Russie en qualifiant l’Ukraine d’étendard qui fait avancer l’initiative orientale. Au cours du week-end, le ministre russe aux Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a invectivé cette nouvelle initiative orientale, qui devrait être officiellement lancée le 7 mai. Le pacte est selon le ministre russe une tentative de l’UE d’étendre sa sphère d’influence, critique souvent destinée à son propre pays, a-t-il souligné.  

Ainsi, l’initiative orientale, et en particulier sa dimension énergétique, semble irriter particulièrement la Russie car Moscou a été exclue de l’initiative. En effet, dans l’éventualité d’un nouveau différend gazier avec l’Ukraine, il sera beaucoup plus difficile pour la Russie d’accuser l’Ukraine, à condition que cette dernière améliore la transparence. 

Après que la délégation russe a quitté la conférence en signe de contestation, la mission russe auprès de l’UE à Bruxelles a organisé une conférence de presse à la hâte. 

Malheureusement, nous nous sommes rendus compte que le document préparé ne faisait aucune référence à la Russie en tant que principale source d’approvisionnement ou partenaire stratégique de l’Ukraine, ou comme fournisseur de gaz de l’UE, a déclaré M. Shmatko. Nous sommes d’avis que le succès de ce projet n’est possible qu’avec une participation active de toutes les parties intéressées, a-t-il ajouté. 

Selon M. Shmatko, le fait que la Commission s’empresse de faire pression pour un accord de modernisation du système de gazoduc ukrainien a une raison éminemment politique. Il a également déclaré au commissaire à l’Energie, Andris Piebalgs, que le projet, qu’il a comparé à un aquarium en cristal, ne mènerait à rien. 

Selon notre compréhension de l’évolution de la situation politique en Ukraine, l’idée de la Commission n’est pas réalisable, a souligné le ministre russe. De plus, nous pensons vraiment que quelqu’un devait être très pressé, lors de cette conférence, pour choisir ce moment afin de faire signer une déclaration sur ces principes, a déclaré M. Shmatko. 

Valeri Golubev, vice-président de la commission de gestion de Gazprom, a fait écho à M. Shmatko. Il est également d’avis que les plans de la Commission qui prévoient de moderniser le système gazier ukrainien en isolant la Russie conduiront à doubler les dépenses, et ce, aux frais des consommateurs. M. Golubev a en outre appelé à ce que tout effort de ce type soit effectué par le biais du consortium entre le géant Gazprom et Naftogaz, monopole gazier ukrainien, dans lequel les deux parties détiennent 50 % des parts. D’autres actionnaires pourraient s’associer, a-t-il révélé. Le consortium a été mis en place dans le cadre de l’accord qui a mis fin à la crise gazier de janvier. 

Mais M. Shmatko, tout comme M. Golubev, ont exprimé des réserves par rapport à l’idée de créer une seule entité chargée du transit gazier via l’Ukraine. Ils ont également qualifié d’irréalistes les coûts estimés pour la modernisation du système ukrainien de gazoducs, que l’UE et l’Ukraine ont évalué à 2,5-3 milliards d’euros. 

Réactions : 

Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne aux Relations extérieures, a indiqué que la signature de la déclaration UE-Ukraine n’était qu’un début. 

Cette conférence marque, selon elle, une étape cruciale dans la restauration de la confiance et confirme le statut de l’Ukraine en tant que partenaire énergétique fiable. Vous n’êtes pas les seuls à relever les défis difficiles desquels nous débattons, a-t-elle déclaré aux représentants ukrainiens. Si vous tenez votre part du marché, nous tiendront la nôtre, a-t-elle ajouté. 

Notre soutien à l’Ukraine aujourd’hui doit être considéré dans le contexte plus vaste de nos relations dans le cadre du partenariat oriental, adopté par nos Etats membres vendredi dernier, a poursuivi la commissaire. Nous souhaitons offrir à l’Ukraine et à d’autres pays proches de nos frontières orientales de nouveaux types d’aide, notamment dans le domaine de l’énergie, a-t-elle souligné. Elle espère en particulier que l’Ukraine sera un acteur majeur dans le volet multilatéral du partenariat, dans lequel l’énergie sera un sujet principal. 

Selon Mme Ferrero-Waldner, l’énergie est la pierre angulaire non seulement du partenariat oriental, mais également de l’accord d’association que l’UE négocie actuellement avec l’Ukraine. Outre la coopération spécifique dans le secteur énergétique, il s’agit également d’une composante importante du vaste domaine du libre-échange, a conclu la commissaire. 

L’agence russe ITAR TASS a cité Andrei Nesterenko, porte-parole du ministre russe des Affaires étrangères, qui aurait déclaré que toute action non coordonnée avec la Russie visant à moderniser le système de transport du gaz  pourrait conduire à l’interruption des approvisionnements gaziers vers l’Ukraine et l’Europe. M. Nesterenko a également critiqué le fait que la conférence de Bruxelles ne s’est pas fondée sur l’accord entre la Russie et l’Urkaine qui a mis un terme, en janvier, au différend gazier entre les deux pays. 

En janvier 2009, la Russie et l’Ukraine ont conclu des accords à long terme qui fixent clairement le prix du gaz naturel et les tarifs pour son transit par l’Ukraine, a indiqué le porte parole. Ces documents visent à garantir que les approvisionnements de gaz naturel vers l’Ukraine, ainsi que ceux qui transitent par l’Ukraine et qui sont destinés aux consommateurs européens, soient acheminés de manière ininterrompue, a indiqué M. Nesterenko. 

Toutefois, certaines dispositions dans la déclaration conjointe adoptée lors de la conférence vont à l’encontre de ces accords à long terme et pourraient faire monter les prix du gaz pour les consommateurs ukrainiens et européens, a indiqué le porte-parole. Selon lui, de telles actions peuvent être difficilement considérées comme visant à renforcer la coopération entre l’Union européenne et la Russie. 

La Russie appelle à une stricte conformité aux contrats à long terme, sur une base transparente et justifiée économiquement, a-t-il conclu. 

Contexte : 

Le récent différend gazier entre Moscou et Kiev, qui a laissé des millions d’Européens dans le froid en janvier, a mis en évidence le manque de transparence et le fonctionnement obscur du transit gazier via l’Ukraine. 

Hérité de l’ex-Union soviétique, le système de gazoducs ukrainien date d’une quarantaine d’années et a désespérément besoin d’être modernisé. Des experts ont estimé que l’Ukraine, qui dispose de 13 500 kilomètres de gazoducs, a besoin de 2,5 milliards d’euros au cours des prochaines années pour que son système puisse continuer de fonctionner correctement. L’UE a un grand intérêt à ce que le système ukrainien fonctionne convenablement, dans la mesure où 20 % de son approvisionnement en gaz provient de la Russie et transite par l’Ukraine. 

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