A Moscou, M. Poutine a indiqué que le plan de modernisation du gazoduc entre l’UE et l’Ukraine, annoncé hier (23 mars), était mal conçu et qu’il n’était pas professionnel.
Quelques heures auparavant, à Bruxelles, le ministre russe de l’Energie, Sergei Shmatko, a également descendu en flammes l’accord signé dans la journée entre l’Ukraine et les représentants de l’UE.
Il a même averti que le plan pourrait se retourner contre ceux-ci, avec de sérieuses conséquences pour les consommateurs européens.
La déclaration de l’UE et de l’Ukraine, signée par la Première ministre ukrainienne, Yulia Timoshenko, à Bruxelles, prévoit une assistance à la modernisation des 13 500 kilomètres de gazoducs du pays. Mettant pour l’occasion son conflit personnel avec Mme Timoshenko entre parenthèses, le président Viktor Yuschenko a également participé à la conférence, au cours de laquelle un plan directeur ukrainien visant à moderniser le système gazier du pays a été présenté et salué par la Commission européenne.
Lors de son discours, le président de la Commission, José Manuel Barroso, aurait agacé la Russie en qualifiant l’Ukraine d’étendard qui fait avancer l’initiative orientale. Au cours du week-end, le ministre russe aux Affaires étrangères, Sergei Lavrov, a invectivé cette nouvelle initiative orientale, qui devrait être officiellement lancée le 7 mai. Le pacte est selon le ministre russe une tentative de l’UE d’étendre sa sphère d’influence, critique souvent destinée à son propre pays, a-t-il souligné.
Ainsi, l’initiative orientale, et en particulier sa dimension énergétique, semble irriter particulièrement la Russie car Moscou a été exclue de l’initiative. En effet, dans l’éventualité d’un nouveau différend gazier avec l’Ukraine, il sera beaucoup plus difficile pour la Russie d’accuser l’Ukraine, à condition que cette dernière améliore la transparence.
Après que la délégation russe a quitté la conférence en signe de contestation, la mission russe auprès de l’UE à Bruxelles a organisé une conférence de presse à la hâte.
Malheureusement, nous nous sommes rendus compte que le document préparé ne faisait aucune référence à la Russie en tant que principale source d’approvisionnement ou partenaire stratégique de l’Ukraine, ou comme fournisseur de gaz de l’UE, a déclaré M. Shmatko. Nous sommes d’avis que le succès de ce projet n’est possible qu’avec une participation active de toutes les parties intéressées, a-t-il ajouté.
Selon M. Shmatko, le fait que la Commission s’empresse de faire pression pour un accord de modernisation du système de gazoduc ukrainien a une raison éminemment politique. Il a également déclaré au commissaire à l’Energie, Andris Piebalgs, que le projet, qu’il a comparé à un aquarium en cristal, ne mènerait à rien.
Selon notre compréhension de l’évolution de la situation politique en Ukraine, l’idée de la Commission n’est pas réalisable, a souligné le ministre russe. De plus, nous pensons vraiment que quelqu’un devait être très pressé, lors de cette conférence, pour choisir ce moment afin de faire signer une déclaration sur ces principes, a déclaré M. Shmatko.
Valeri Golubev, vice-président de la commission de gestion de Gazprom, a fait écho à M. Shmatko. Il est également d’avis que les plans de la Commission qui prévoient de moderniser le système gazier ukrainien en isolant la Russie conduiront à doubler les dépenses, et ce, aux frais des consommateurs. M. Golubev a en outre appelé à ce que tout effort de ce type soit effectué par le biais du consortium entre le géant Gazprom et Naftogaz, monopole gazier ukrainien, dans lequel les deux parties détiennent 50 % des parts. D’autres actionnaires pourraient s’associer, a-t-il révélé. Le consortium a été mis en place dans le cadre de l’accord qui a mis fin à la crise gazier de janvier.
Mais M. Shmatko, tout comme M. Golubev, ont exprimé des réserves par rapport à l’idée de créer une seule entité chargée du transit gazier via l’Ukraine. Ils ont également qualifié d’irréalistes les coûts estimés pour la modernisation du système ukrainien de gazoducs, que l’UE et l’Ukraine ont évalué à 2,5-3 milliards d’euros.



