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Lors d'une conférence organisée lundi 12 septembre, plusieurs députés européens ont appelé l’UE à entamer sans tarder sa transition vers « l'ère de l'hydrogène ». L'avenir de cette énergie très en vogue est pourtant remis en cause par certains scientifiques.
Le fonctionnement de l’économie mondiale repose actuellement sur le recours intensif à des énergies fossiles telles que le pétrole, le gaz et le charbon. Pour faire face à l'épuisement progressif de ces ressources, la planète devra trouver des solutions alternatives : l'hydrogène, l'élément le plus abondant de la planète, est ainsi considéré par certains spécialistes comme le substitut idéal à ces énergies "finies". Par rapport à la situation actuelle, une économie mondiale basée sur l'hydrogène et l'électricité serait beaucoup plus respectueuse de l'environnement, et nettement moins dépendante de certaines régions potentiellement instables (comme cela peut aujourd'hui être le cas avec le Moyen-Orient).
Pour imposer l'hydrogène comme la nouvelle énergie dominante de la planète, des efforts de R&D considérables - accompagnés d'investissments massifs - devront être consentis. Les chercheurs devront composer avec un certain nombre de contraintes liées aux caractéristiques fondamentales de l'hydrogène, notamment le fait qu'il s'agisse d'un vecteur d'énergie devant être produit à partir d'autres sources - en particulier le gaz naturel.
Pour une bonne introduction sur le sujet, voir Physics Today: The Hydrogen Economy
.
Des députés issus de la quasi-totalité des groupes politiques du Parlement européen ont présenté, lundi 12 septembre, une Charte sur l'hydrogène appelant l'Union européenne à amorcer sa transition vers "une économie de l'hydrogène totalement intégrée à l'horizon 2025". Citant notamment les travaux de Jeremy Rifkin (auteur de l'ouvrage "L'économie de l'hydrogène"), et mettant en avant un contexte marqué par la hausse des prix du pétrole et l'accélération du phénomène de réchauffement climatique, les eurodéputés ont notamment demandé l'émission d'un "Bon Hydrogène européen" devant permettre de lever les milliards d'euros nécessaires au financement des infrastructures d'une future "économie de l'hydrogène".
Chronologie des initiatives européennes
L'initiative des députés européens en faveur de l'hydrogène n'est pas la première de ce type prise au niveau européen. En 2002, la Commission Prodi Commission faisait du développement de l'hydrogène l'une de ses priorités stratégiques (Rifkin étant alors l'un des conseillers personnels du président Prodi). S'appuyant sur les conclusions du rapport d'un groupe de haut niveau
composé de différents experts (universitaires, chercheurs, etc.), la Commission a lancé en janvier 2004 une "Plateforme technologique sur l'hydrogène et la pile à combustible". En mars 2005, cette plateforme présentait son programme de recherche ainsi que sa stratégie globale pour les prochaines années (voir EurActiv, 17 mars 2005).
International
Aux Etats-Unis, l'administration Bush a alloué 1,8 milliard de dollars sur cinq ans à une "Initiative sur l'hydrogène" ainsi qu'à un projet complémentaire appelé "FreedomCAR". L'UE, les Etats-Unis et d'autres partenaires travaillent ensemble à la préparation d'un "Partenariat international pour l'économie de l'hydrogène
".
Défis
Le principal problème posé par l'hydrogène réside dans le fait qu'il s'agit non pas d'une source, mais d'un vecteur d'énergie - ce qui implique qu'elle doive être produite à partir de sources et de procédés spécifiques (par exemple l'électrolyse ou la vaporisation du méthane). L'impact environnemental d'une future économie de l'hydrogène dépendra donc de la source d'énergie primaire retenue (charbon, nucléaire, gaz naturel ou énergies renouvelables). Se démarquant des propositions de la Commission (qui privilégiaient le gaz naturel), les députés européens souhaitent que les énergies renouvelables soient la principale source primaire d'une future économie de l'hydrogène.
L'autre défi est d'ordre économique : la production d'hydrogène s'avère à l'heure actuelle extrêmement coûteuse. Selon le Départment américain de l'énergie, pour être compétitive par rapport aux sources d'énergie fossile, l'hydrogène devrait voir ses coût de production divisés par quatre.
L'émergence d'une économie de l'hydrogène requiert également la construction d'une infrastructure énergétique entièrement nouvelle, dont le coût se chiffrerait en plusieurs centaines de milliards d'euros.
Lors de la conférence organisée au Parlement européen, Jeremy Rifkin a estimé que l'Europe était en mesure d' "ouvrir la voie vers une nouvelle ère énergétique", confirmant ainsi son optimisme plus global sur l'avenir du "modèle européen".
L'ensemble des députés présents lors de la conférence ont souligné que l'UE devait réviser en profondeur sa politique énergétique, pour mieux se prémunir d'un contexte marqué par la hausse des prix, l'aggravation du réchauffement climatique et la montée de l'instabilité dans certaines régions pétrolières. Jo Leinen (PSE, Allemagne) a réclamé la tenue d'un Conseil extraordinaire sur l'avenir de la politique énergétique de l'UE.
Tous les experts du secteur énergétique ne sont pas convaincus que l'hydrogène soit le meilleur substitut aux sources d'énergie fossile. Dans un article intitulé 'L'économie de l'hydrogène economy make sense
', Ulf Bossel, membre du "European Fuel Cell Forum", estime ainsi que les promoteurs de l'hydrogène font peu de cas, dans leurs analyses, du principe de conservation de l'énergie - l'une des lois fondamentales de la physique.
Les propositions formulées par les eurodéputés pour faciliter l'avènement de l'hydrogène demeurent extrêmement vagues - par exemple, les conditions d'émission du "Bon Hydrogène" ne sont absolument pas évoquées. Un nouveau document, attendu pour le mois d'octobre, devrait contenir davantage d'informations sur les modalités concrètes de mise en oeuvre des mesures proposées.