Le rapport de l'EPIA, publié mercredi (17 octobre), a estimé que l’industrie photovoltaïque représenterait 15 % de la production d'électricité en Europe d'ici 2030 ou 25 % « en cas de changement de paradigme ».
L’industrie a toutefois du détourner les plaintes selon lesquelles elle ne peut pas soutenir les fluctuations de la demande et de la production d'électricité et elle est trop dépendante des quelque 600 milliards d'euros de subventions annuelles.
Philippe Vermeulen, directeur général d'EnerVest Belgium, a déclaré à EurActiv que la multitude de systèmes de subvention dans différents pays constituaient l'obstacle principal à un marché photovoltaïque concurrentiel.
Il a expliqué que ces différents systèmes « étaient un désastre pour la stratégie d'investissement et la confiance du marché ».
Les marchés de l'énergie solaire ont rencontré des difficultés notoires. Plusieurs entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables faisaient en effet faillite à cause d'une surcapacité et d'une chute des prix et des subventions gouvernementales qui s’ensuivit.
L’endroit où le soleil brille et où le vent souffle
Toms Howes, chef d'unité adjoint pour les énergies renouvelables à la Commission européenne, a déclaré que certains acteurs de l’industrie avaient demandé que l'approche des énergies renouvelables s'appuie sur le principe de « l’endroit où le soleil brille et où le vent souffle ». Ils ont proposé de placer des panneaux photovoltaïques seulement dans le sud de l'Europe et des parcs éoliens dans le nord.
Frauke Thies, directrice des politiques de l'EPIA, a toutefois indiqué que cette approche n’était pas la plus efficace.
« Si nous adoptons une approche plus distribuée dans l'ensemble, nous aurons besoin d’une capacité supplémentaire de panneaux photovoltaïques de 10 %, mais la congestion du réseau serait réduite de 75 %. Parfois, la solution la plus évidente n'est pas la plus rentable », a-t-elle déclaré.
Mme Thies a ajouté que cette étude démontrait qu'il était important de placer les panneaux photovoltaïques près des consommateurs, plutôt qu’à l’endroit où il a le plus de lumière, en raison des changements météorologiques.
L'énergie solaire a un taux de dissipation rapide et tout le monde sait qu’elle est difficile à emmagasiner. Une distribution mieux répartie des panneaux solaires fournirait aux villes une source d'énergie directement utilisable, selon des analystes.
« Lorsque vous réfléchissez à l'endroit où placer des panneaux photovoltaïques, regardez où des services liés à l'énergie sont nécessaires parce que les panneaux sont très flexibles à cet égard », a déclaré Simon Müller, un analyste du département des énergies renouvelables à l'Agence internationale de l'énergie.
M. Müller a également expliqué que des évolutions dans la technologie supposaient que le différentiel des coûts avait chuté considérablement entre les secteurs où les ressources solaires sont élevées et ceux où elles sont limitées.
« Le coût moyen constitue de moins en moins un facteur déterminant », a-t-il ajouté.
Un marché plus concurrentiel
L'analyste de l'AIE a fait remarquer que la définition du terme « compétitivité » des énergies renouvelables était en train de changer.
Avant, a-t-il expliqué, ce mot était défini en termes de kilowatts produits par heure de production, ce qui n'était pas avantageux en raison des fluctuations.
Maintenant, les améliorations en matière d'efficacité impliquent que les coûts des panneaux photovoltaïques baissent progressivement et se situent actuellement à 2,31 euros par watt. L'EPIA estime que les coûts descendront encore, jusqu'à 1,30 euro par watt en 2022.
Selon M. Müller, l'industrie photovoltaïque est en train de résister aux périodes noires et d'utiliser le surplus d'énergie de manière plus efficace. Il indique cependant que des mécanismes sont nécessaires pour bénéficier de cette efficacité accrue.
M. Vermeulen, directeur général d'EnerVest Belgium, a déclaré à EurActiv que de tels mécanismes existaient déjà en Belgique et en Scandinavie.
Des entreprises comme ETRIM et Dansk Commodities achètent des surplus d'énergie sur le marché international et le vendent à l'échelle locale avec un certificat écologique si ce surplus provient d’énergies renouvelables.
Mais, selon M. Vermeulen, une plus grande interconnexion est nécessaire pour ouvrir un marché paneuropéen. Les prix seraient alors plus prévisibles et il serait plus facile de créer une valeur de l'électricité, empêchant ainsi les prix du marché photovoltaïque de chuter.
Selon le rapport de l'EPIA, les frais de stockage devraient également être réduits, avec des coûts inférieurs à 0,10 euro par kilowatt pour atteindre la compétitivité avant 2020 en France et au Royaume-Uni. Le rapport indique que ce serait déjà le cas pour l'Allemagne en 2014.





