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Jugement défavorable à la Russie dans l’affaire Ioukos [FR]

Publié 01 décembre 2009
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Russia
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Un tribunal international commercial spécial a décidé le 30 novembre que le Traité sur la Charte de l’énergie (TCE) était contraignant pour la Russie, ouvrant la voie à une victoire des actionnaires de l’ancienne entreprise Ioukos lors de la première phase d’une action en indemnité à hauteur de 100 milliards de dollars US, ont déclaré les demandeurs.

Le tribunal arbitral ad hoc, qui siège à La Haye sous l’égide de la Cour permanente d’arbitrage, a décidé que le Traité sur la Charte de l’énergie (TCE) était contraignant pour la Russie malgré le fait qu’il n’ait pas été ratifié par la Douma, ont affirmé à Bruxelles aujourd’hui (1er décembre) les gagnants du procès.

Le directeur de GML, ancienne filiale de Ioukos, Tim Osborne et son principal conseil Emmanuel Gaillard, directeur du groupe international d’arbitrage de Shearman & Sterling LLP, ont déclaré que la majorité des actionnaires de l’ancienne entreprise pétrolière Ioukos – Hulley Enterprises Ltd. et Ioukos Universal Ltd. – deux filiales de GML Ltd. et de Veteran Petroleum Ltd., le fonds de pension  des anciens employés de Ioukos, avait remporté la première phase de leur action en indemnité contre la Fédération russe.

Ils ont expliqué que les procédures étaient les plus importantes de l’histoire de l’arbitrage international, et qu’elles avaient été lancées par des plaignants à la suite de ce qu’ils considèrent comme une expropriation illégale de leurs investissements dans la compagnie pétrolière Ioukos par la Fédération russe.

Aucun jugement n’a été présenté devant les journalistes lors de la conférence de presse puisque le processus juridique est encore en cours, a expliqué M. Gaillard.

Cependant, il a souligné que les décisions ont une énorme valeur de précédent puisqu’elles vont bien au-delà de l’affaire Ioukos, impliquant que tous les investissements réalisés en Russie jusqu’au 19 octobre 2009 – au moment de la notification de la Russie de sa décision de laisser le TCE entrer en vigueur, bénéficieront de la protection du TCE pour encore 20 ans, jusqu’au 19 octobre 2029.

Interrogé par EurActiv sur le calendrier attendu pour les futures procédures devant la Cour, ils ont expliqué que des affaires similaires n’avaient pas été particulièrement rapides. Une « phase sur le fond » pendant laquelle la Russie peut contester le jugement pourrait prendre trois ans. Un jugement serait alors prononcé et la sentence déterminée. Si la Russie n’honore pas ses paiements de compensation, ils seront mis en œuvre selon la pratique internationale.

Toutefois, MM. Gaillard et Osborne ont dit que l’expérience montrait que les Etats respectaient ces décisions.

Répondant à une autre question d’EurActiv sur l’argumentation de la Russie pendant le procès, Tim Osborne a déclaré que l’un des arguments utilisés était que GML n’était pas le bon demandeur.

La Mission russe auprès de l’UE n’était pas disponible pour commentaires.

Contexte : 

En 2003, la compagnie pétrolière Ioukos était la plus importante de Russie. Ses avoirs ont été acquis au gouvernement russe dans des conditions controversées lors du processus de privatisation du début des années 1990, à la suite de la chute de l’Union soviétique. 

Mikhaïl Khodorkovski, homme d’affaires russe et propriétaire du géant pétrolier Ioukos, fut arrêté par le bureau du procureur général de Russie en 2003 pour des accusations de fraude. En 2005, il a été reconnu coupable et condamné à huit ans de prison.

Cette manœuvre a été largement condamnée par la communauté internationale. Une large gamme d’hommes politiques et d’entrepreneurs – à la fois en Russie et au niveau international – considère le procès comme politique, étant donné que M. Mikhaïl Khodorkovski a financé plusieurs partis politiques russes, y compris le Parti communiste de la Fédération russe, juste avant son arrestation.

En comparaison, le président d’alors Vladimir Poutine a démenti avoir joué un rôle actif dans les poursuites, affirmant que la décision du procureur montrait que personne n’était au dessus des lois.

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