Le Commissaire en charge du portefeuille de l'énergie, Andris Piebalgs, a participé à la cérémonie d'inauguration d'un nouvel oléoduc reliant la mer Caspienne à la Méditerranée - marquant ainsi officiellement l'ouverture d'un nouvel axe stratégique pour l'approvisionnement de l'Europe en pétrole.
Après l'implosion de l'Union soviétique, en 1991, les investisseurs occidentaux ont tourné leurs regards vers la région de la mer Caspienne, censée être le nouvel eldorado mondial en matière de ressources pétrolières. Très rapidement, entreprises européennes et américaines ont commencé à financer le développement des infrastructures nécessaires à l'acheminement vers les marchés occidentaux des ressources pétrolières et gazières de cette région.
Ces efforts ont été concrétisés de façon spectaculaire par l'inauguration, mercredi 25 mai, du mégaoléoduc "Bakou-Tbilissi-Ceyhan" (BTC), en présence des dirigeants azéri, géorgien, kazakh et turc, ainsi que de plusieurs représentants de pays occidentaux.
Long de 1768 kilomètres, l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) relie la mer Caspienne à la Méditerranée. Une fois pleinement opérationnel, il doit permettre l'acheminement de plus d'un million de barils de pétrole par jour (soit environ 1% de la production pétrolière mondiale).
L'entrée en service de l'oléoduc devrait avoir un impact géopolitique considérable. Cette "route de la soie du XXIe siècle" (pour reprendre l'expression utilisée par le président turc Ahmet Necdet Sezer) va transformer certains pays de l'aire caspienne en véritables pétro-Etats dotés d'importantes ressources financières, et contribuera donc à modifier les rapports de force actuellement en vigueur dans cette région troublée. La Russie, qui n'a jamais été invitée à prendre part au projet, apparaît comme la grande perdante d'un tel bouleversement de la donne géopolitique dans cette partie de l'ex-URSS.
L'oléoduc de la Caspienne a été construit pour réduire la dépendance énergétique de l'Occident à l'égard de la région du Moyen-Orient, jugée par trop instable sur le plan géopolitique. Pourtant, les réserves pétrolières de la Caspienne apparaissent aujourd'hui moins prometteuses qu'il y a une dizaine d'années. Les experts de l'Administration américaine d'information sur l'énergie (AEIA) évaluent désormais le niveau des réserves pétrolières de la région à un volume total compris entre 17 et 33 milliards de barils (un chiffre comparable à celui des réserves de la Mer du Nord), et plusieurs majors ont déjà abandonné certains projets d'exploration dans la région. Certains analystes vont jusqu'à remettre en cause la viabilité économique du projet BTC.
La construction de l'oléoduc a fait l'objet d'une forte opposition de la part de différentes ONG locales et internationales (notamment Friends of the Earth et Amnesty International), qui s'inquiètent de l'impact du projet en termes d'environnement et de droits de l'Homme.
La major britannique BP (principal investisseur dans le projet) souligne néanmoins qu'elle a mené des consultations en profondeur auprès d'ONG et de groupes représentant la société civile locale, afin de pouvoir mieux prendre en compte de telles préoccupations.