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Une offre hostile pour Nabucco par une société russe [FR]

Publié 18 mai 2009
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Une société pétrolière et gazière russe que l’on estime proche du Premier ministre Vladimir Poutine, s’est arrogé une participation dans le groupe pétrochimique hongrois MOL, dans le but de prendre le contrôle de ce membre clé du consortium du gazoduc Nabucco, ont affirmé certains experts à EurActiv.

Se confiant à EurActiv sous couvert d’anonymat, des experts internationaux du domaine de l’énergie ont regretté « l’aveuglement » de l’Ouest face à ce qu’il ont décrit comme une tentative du Kremlin d’interférer dans les projets européens de construire une politique étrangère énergétique.

L’Autriche, l’Allemagne et l’Italie ont été pointés du doigt comme des pays dont les leaders qui « pensaient faire des affaires en or » avec la Russie, avaient en réalité été manipulés par le Kremlin.

Ces avertissements coïncident avec les préparations par l’UE et la Russie d’un sommet bilatéral les 21 et 22 mai, pendant lequel les questions de sécurité énergétique domineront les débats. 

L’offre de MOL a des « motifs politiques » 

Selon les experts, les motivations politiques du Kremlin ont été mises à nu quand la société pétrolière russe Surgutneftgas a récemment pris le contrôle de 21,2 % du géant pétrochimique hongrois MOL. 

Surgutneftgas, une mystérieuse compagnie pétrolière connue pour ses liens étroits avec le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a consacré 1,4 milliard d’euros à la conclusion du marché, plus de deux fois sa valeur sur le marché, ont fait remarquer les experts tout en minimisant l’importance stratégique de l’opération. 

L’accord a eu lieu les 29 et 30 mars, au centre d’une crise politiques ayant vu la démission de l’ex-Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsány (EurActiv 23/03/09). Mais Gordon Bajnaj, le remplaçant de M. Gyurcsány, a ultérieurement dénoncé l’accord. Selon le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Balázs, le problème dans l’affaire est de savoir qui est exactement tire les ficelles. Les méthodes russes se basent sur des traditions byzantines et non sur une éthique protestante : il est très difficile de négocier avec cette culture, a-t-il déclaré à EurActiv Hongrie dans un entretien récent (EurActiv 24/04/09). 

Braquage à l’autrichienne 

D’autres officiels hongrois ont suggéré que la Russie procédait par le biais d’OMV, un groupe gazier et pétrolier autrichien qui avait tenté sans succès d’acquérir MOL en 2007.

En juin 2007, OMV a lancé une offre non sollicitée sur MOL, qu’a rejeté la société hongroise. La Commission européenne a aussi fait part de son opposition à l’acquisition hostile, mentionnant des inquiétudes en matière de concurrence. 

La tentative d’acquisition avortée a ultérieurement poussé OMV à vendre la part restante de 21 % de MOL à la société russe Surgutneftgas. L’accord, signé en mars de cette année, a été qualifié par MOL de peu amical. 

La société autrichienne rejette les accusations de manipulations par Moscou. Le porte-parole d’OMV, Thomas Huemer, a rappelé une déclaration faite en 2007 par Zsolt Hernadi, le directeur exécutif de MOL, qui avait déclaré préférer une reprise par une société russe que de céder le contrôle à PMV. Ce rêve est maintenant devenu réalité, conclut M. Huemer. 

Surgutneft est maintenant le quatrième plus gros actionnaire de MOL, sans avoir encore obtenu l’approbation formelle des autorités hongroises d’être enregistrée, en tant qu’actionnaire. Une réunion des actionnaires qui s’est tenue directement après la prise de contrôle a pris des mesures pour préserver leur indépendance. 

Selon les experts, Surgutneftgas devrait maintenant faire monter la pression pour déloger la direction hongroise de MOL et la remplacer par une équipe pro-russe. 

La stratégie, selon eux, est clairement de faire obstacle à la construction du projet de gazoduc Nabucco.

Lors d’une déclaration à la presse russe, le ministre russe de l’Energie, Sergei Shmatko, a démenti que Surgutneftgas veuille bloquer Nabucco. Les parts de Surgutneftgas dans MOL ne peuvent pas constituer une minorité de blocage, a-t-il déclaré. L’intérêt de Surgutneftgas est, en achetant les parts hongroises, d’améliorer ses capacités de travail, qui sont insufisantes en Russie, selon ses mots.

Réactions : 

L’eurodéputé hongrois András Gyürk (PPE-DE) a récemment soumis une question écrite à la Commission européenne, demandant si celle-ci considérait la vente des actions de MOL à Surgutneftgaz comme étant en accord avec les principes européens de transparence.

Il y notait que la législation européenne sur le marché unique de l’électricité et du gaz comprenait des dispositions qui permettaient à la Commission d’examiner des offres de prise de contrôle étrangères sur des entreprises énergétiques européennes. Selon la législation, qui doit encore être adoptée, les autorités nationales peuvent refuser d’approuver la transaction si la Commission soulève également une objection. Cette provision sera-t-elle applicable à la vente susmentionnée d’actions de MOL ?, a demandé M. Gyürk.

La Commission a-t-elle des instruments avec lesquels surveiller les tentatives d’achat d’avoirs  par les acheteurs de pays tiers? Quelle action la Commission va-t-elle prendre pour empêcher de futures tentatives d’achat ?, se demande-t-il. 

Un éminent expert croate en matière de pétrole, parlant sous couvert d’anonymat, a été cité par le quotidien Javno en ces termes :

L’entrée du russe Surgutneftgaz dans la structure de propriété de la compagnie pétrolière hongroise MOL représente le point culminant de dix ans d’efforts des compagnies pétrolières russes pour conquérir les marchés de l’Europe du sud-est. Elles ont déjà un rôle de dominant dans nombre de ces marchés, mais elles n’avaient encore jamais réussi à prendre contrôle sur ceux de Hongrie et de Croatie.

Cependant, maintenant que Surgut est entré dans le capital de MOL, et par là même dans le capital de INA (une compagnie pétrolière croate), la compagnie russe a ouvert la voie à son contrôle sur les marchés énergétiques de l’Europe du sud-est, de Slovénie jusqu’en Bulgarie.

Une telle domination est l’un des objectifs stratégiques à long terme de la politique russe, on peut donc s’attendre dans la période à venir à une pression plus importante de la politique russe sur les gouvernements de Hongrie et de Croatie. Les Russes sont conscients que leur position dominante sur ces marchés leur permet d’augmenter la dépendance de l’Europe à leur source d’énergie et ils vont sans aucun doute faire tout ce qui est en leur pouvoir pour y parvenir.

Contexte : 

Surgutneftgas est la cinquième plus grande entreprise russe et la deuxième compagnie pétrolière du pays, elle a produit 35,2 millions de tonnes de pétrole l’an dernier. Elle produit également 10 milliards de mètres cubes de gaz par an. L’entreprise possède cinq unités de production qui exploitent des licences de grande importance stratégique dans l’ouest et l’est de la Sibérie, ainsi que quatre raffineries.

L’an dernier, Stanislav Belkovski, un analyste politique russe, a affirmé dans un entretien avec le journal Die Welt que Vladimir Poutine détenait 37 % des actions de Surgutneftgaz, une participation que l’on estime valoir 20 milliards de dollars.

Sur son site internet, MOL se décrit comme étant aujourd’hui plus que simplement la compagnie pétrolière hongroise, étant devenue l’une des plus importantes sociétés d’Europe centrale. Née en 1991 de la fusion d’anciennes entreprises d’Etat avant de devenir privée, MOL Group comprend l’une des entreprises de produits chimiques leaders en Hongrie, TVK, la compagnie pétrolière slovaque Slovnaft, l’entreprise autrichienne de vente au détail et en gros Roth et un partenariat stratégique avec la société croate INA. MOL détient une chaîne de stations-services à travers l’Europe centrale et de l’est.

Fondée en 1956, OMV est, selon son site internet, l’une des entreprises les plus importantes cotées en bourse en Autriche ainsi que le groupe énergétique leader dans la « ceinture de croissance » européenne, avec des ventes de 25,54 milliards d’euros en 2006 et 41 282 employés. En 1968, OMV est devenue la première entreprise d’Europe de l’ouest à conclure un contrat gazier avec l’ancienne Union soviétique.

Dans la dernière décennie, OMV a réalisé plusieurs acquisitions d’importance, particulièrement en Roumanie, dont certaines se sont révélées être controversées. En 2008, OMV et Gazprom ont convenu de développer le terminal gazier central européen à Baumgarten (Autriche). Baumgarten est considéré comme étant stratégique pour le développement de deux pipelines gaziers concurrents : le favori de l’Europe Nabucco et le favori de la Russie South Stream. Certains analystes ont interprété cet accord comme étant le dernier pas de l’effort russe pour diviser et dicter leurs comportements à ses consommateurs européens.

OMV et MOL sont membres du consortium Nabucco, qui comprend aussi la société allemande RWE, la bulgare Bulgargaz, la roumaine Transgaz et la turque Botas. 

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