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Pas besoin de nouvelles réglementations sur le gaz de schiste

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Publié 30 janvier 2012, mis à jour 02 février 2012

Il est inutile d'adopter davantage de lois environnementales sur l'exploration du gaz de schiste tant qu'il n'aura pas atteint l'étape de la production de masse, peut-on lire dans une récente étude publiée par la Commission européenne.

L'exploration des gisements de gaz de schiste est déjà soumise à des réglementations nationales et européennes, selon le rapport établi par le cabinet juridique belge Philippe & Partners pour la Commission européenne.

Les questions relatives à la protection de l'eau évoquées par les détracteurs du gaz de schiste, par exemple, sont déjà abordées au niveau de l'UE dans la directive-cadre sur l'eau, la directive sur les eaux souterraines et la directive sur les déchets miniers. L'utilisation des produits chimiques est quant à elle couverte par le règlement REACH, peut-on encore lire dans cette étude.

« C'est une nouvelle technologie et nous ne disposons pas encore de règles spécifiques concernant le gaz de schiste, car c'est tout nouveau », a déclaré Marlene Holzner, la porte-parole de la Commission européenne sur les questions énergétiques.

« Cette étude précise seulement que les réglementations actuelles peuvent être appliquées au gaz de schiste, nous avons des outils à notre disposition, il suffit de les utiliser », a-t-elle expliqué à EurActiv. Elle a précisé que cette étude n'avait été menée que dans quatre pays : la Pologne, la France, l'Allemagne et la Suède. Elle a été rendue publique le 27 janvier dernier.

Pas encore à l'échelle commerciale

Selon le cabinet juridique Philippe & Partners, les activités liées au gaz de schistes sont actuellement trop peu développées pour justifier l'élaboration d'une règlementation spécifique. « Au niveau européen comme au niveau national, nous n'avons pas relevé de lacunes importantes dans le cadre juridique actuel régissant les activités liées au gaz de schiste », peut-on lire dans cette étude.

Il ne s'agit toutefois pas de faire preuve de complaisance, dans la mesure où cette évaluation ne porte que sur l'échelle actuelle des opérations en Europe. L'exploitation du gaz de schiste à l'échelle commerciale impliquerait des règles plus strictes, précise encore ce rapport.

L'Europe dispose d'une expérience limitée en matière d'exploration de gisements de gaz de schiste en tant que nouvelle source de gaz naturel. Le gaz de schiste n'est pas encore exploité à l'échelle commerciale, mais cette étude prévoit que ce sera le cas « d'ici quelques années ».

Le gaz de schiste est une source de gaz naturel non conventionnelle et les études réalisées présentent des résultats différents quant à la sûreté des deux principales méthodes d'extraction des formations rocheuses.

La première méthode consiste à forer horizontalement dans différentes parties de la roche afin de capter le gaz. La seconde méthode, la fracturation hydraulique, est fondée sur l'injection à haute pression dans la roche de fluides généralement mélangés à des produits chimiques. Ces deux méthodes nécessitent des permis de forage et de prospection sismique ainsi que de grandes quantités de produits chimiques et d'eau.

L'élaboration d'un tel projet et l'acquisition de gazoducs n'interviennent qu'après une série de tests de forage et de fracturation. La décision d'envisager une extraction à échelle commerciale est la dernière étape.

Dans quelques années, les investisseurs pourraient devoir prendre des décisions concernant le développement commercial de leurs projets de gaz de schiste, une éventualité qui n'est pas évoquée dans le rapport de l'UE du 27 janvier.

Le pour et le contre

La Pologne, qui souhaite se débarrasser de sa dépendance vis-à-vis du gaz russe, prévoit de commencer à produire du gaz de schiste à l'échelle commerciale dès 2014, a déclaré l'année dernière le premier ministre, Donald Tusk. La plupart des projets actuels en sont à l'étape des sondages sismiques. Certains sont déjà passés à la phase de forage qui devrait s'intensifier en 2014.

En Pologne, le gaz naturel prisonnier du schiste pourrait fournir au pays assez de carburant pour 300 ans, a estimé l'année dernière le ministère américain de l'énergie.

Malgré ce potentiel économique, tous les pays ne sont pas disposés à autoriser les opérations de forage sur leurs territoires. Début janvier, des milliers de Bulgares se sont élevés contre l'exploration de gisements de gaz de schiste. Ils craignent qu'elle ne contamine les eaux souterraines, provoque des tremblements de terre et expose la santé publique à de graves dangers.

Réactions : 

L'ONG environnementale WWF a déclaré à EurActiv qu'il était trop tôt pour que les responsables de l'énergie décident que la réglementation sur le gaz de schiste ne sera pas modifiée. « M. Oetinger a précipité les choses. Il est encore trop tôt pour que les décideurs politiques dans ce domaine concluent que les règles de l'UE n'ont pas besoin d'être ajustées », a affirmé Mark Johnston du WWF.

Le rapport publié par la Commission européenne contredit une autre étude publiée par une institution européenne, a-t-il ajouté. La commission Environnement (ENVI) au Parlement européen a publié en juillet 2011 une étude présentant les lacunes de la réglementation actuelle sur le gaz de schiste.

Dans une lettre adressée au commissaire à l'environnement, Günther Oettinger, le groupe des Verts au Parlement européen a demandé à la Commission de présenter des propositions législatives sur l'exploration des gisements de gaz de schiste. Le président des Verts/ALE et porte-parole du secteur, Reinhard Bütikofer, a déclaré :

« En déformant les résultats des recherches de la Commission, le commissaire Oettinger fait preuve de négligence. Cette étude souligne clairement le besoin d'ajuster la réglementation européenne afin de prendre en compte les inquiétudes quant au gaz de schiste, notamment en matière de participation publique et d'évaluation de l'impact sur l'environnement. »

EurActiv.com — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

Le gaz de schiste est un carburant fossile non conventionnel qui se retrouve dans des fissures naturelles et des fractures du sol. Jusqu'à récemment, aucune méthode sûre pour l'acheminer vers la surface n'existait.

Toutefois, en injectant de l'eau, du sable et des produits chimiques dans des formations rocheuses sous haute pression grâce à une technique connue sous le nom de fracturation hydraulique, les entreprises énergétiques pensent avoir trouvé une partie de la réponse aux problèmes de sécurité énergétique de l'Europe.

Cette méthode reste très controversée en raison des ses risques potentiels pour l'environnement, comme la pollution des nappes phréatiques et des émissions de gaz à effet de serre plus importantes que pour le gaz traditionnel.

Les partisans de cette technique affirment que le gaz de schiste représente une alternative aux carburants fossiles traditionnels. Pour le moment, le vieux continent dépend de la Russie pour le gaz et les conflits entre Moscou et Kiev ont entraîné plusieurs interruptions de l'approvisionnement au cours des dernières années.

Aux États-Unis, le gaz de schiste représente 16 % de la production de gaz naturel et certains experts prévoient que cette part pourrait grimper à 50 % d'ici 20 ans.

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