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Perspectives énergétiques [FR][en][de

Publié: mercredi 18 août 2004    | Mis à jour: mercredi 24 janvier 2007   

Les perspectives énergétiques proposent des prévisions sur la future situation énergétique dans le monde, notamment en termes de demande d'énergie, de bouquet énergétique et de sécurité de l'approvisionnement. Cet article compare certains scénarios possibles tels qu'ils sont développés dans les perspectives, en s'attachant aux effets attendus des politiques de lutte contre le changement climatique sur l'évolution de la situation énergétique mondiale et les émissions de CO2 au cours des 30 prochaines années.

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Les perspectives prévoient la future situation énergétique dans le monde, notamment en termes de demande d'énergie, de bouquet énergétique et de sécurité de l'approvisionnement. Plusieurs organisations publient régulièrement des projections qui servent différents buts politiques et économiques, en mettant l'accent sur divers aspects de la question et différentes méthodologies. Cette diversité montre combien il est difficile de comparer les perspectives entre elles. Cependant, en utilisant des paramètres clairs, il est possible de faire une comparaison significative.

Dans cette introduction, nous avons choisi de comparer trois points de vue différents: l'approche "européenne" de la Commission, l'approche de l'Agence internationale de l'énergie et l'approche "industrielle" représentée par Shell et Exxon Mobil. En dépit des approches divergentes de leurs études, toutes font des projections sur la situation énergétique mondiale au cours des 30 à 50 années à venir.

Ce dossier compare les divers scénarios envisagés par les perspectives et s'attache aux conséquences attendues des politiques de lutte contre le changement climatique sur l'évolution de la situation énergétique mondiale et des émissions de CO2 dans le premier tiers de ce siècle. 

Enjeux:

La Commission a publié son rapport "Energie, Technologie et politique climatique : les perspectives mondiales" (World energy, technology and climate policy Outlook, WETO) en 2003. Ce rapport compare deux scénarios différents : un scénario de référence ("à paramètres constants") et un scénario de réduction du carbone, évaluant l'impact que pourraient avoir les politiques de lutte contre le changement climatique. Cette évaluation vise à permettre de définir quelles politiques mettre en place en priorité pour améliorer la mise en œuvre de la réduction des émissions de CO2.

I. Scénario de référence : hypothèses

  • Les tendances économiques actuelles et les changements technologiques et structurels de l'économie mondiale ne subissent ni changement notable, ni interférence majeure des décideurs politiques.
  • Les objectifs politiques spécifiques de la politique énergétique et environnementale et les mesures mises en œuvre après 2000 ne sont pas pris en compte (par ex. les objectifs de réduction de CO2 du Protocole de Kyoto, l'élimination progressive prévue de l'énergie nucléaire dans certains pays et les objectifs d'augmentation de la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique).
  • L'état du système énergétique mondial en 2030 résultant du scénario de référence est utilisé comme repère pour l'évaluation de solutions alternatives, notamment au sujet des ressources, des technologies et de la politique environnementales.

Scénario de référence : résultats

  • Le rapport prévoit que la demande énergétique mondiale augmentera d'environ 1,9% par an entre 2000 et 2030. Ce chiffre est fondé sur des hypothèses liées à la croissance économique et démographique ainsi qu'à des avancées en matière d'intensité énergétique.
  • Les pays industriels observeront un ralentissement de leur demande énergétique, mais la demande des pays en voie de développement augmentera rapidement : d'ici 2030, il est prévu que plus que la moitié de la demande énergétique mondiale émane des pays en voie de développement (contre 40% aujourd'hui).
  • Le rapport prévoit également que les combustibles fossiles domineront toujours le système énergétique mondial pour représenter presque 90% de l'approvisionnement énergétique total en 2030. Le pétrole devrait rester la source principale d'énergie (34%), suivi par le charbon (28%) et le gaz naturel (25%).
  • Dans l'UE, le gaz sera la deuxième source d'énergie après le pétrole alors que les énergies nucléaires et renouvelables représenteront moins de 20% de l'approvisionnement.  

II. Scénario de réduction du carbone : hypothèses

  • Prise en compte des engagements pris par différentes régions pour réduire les émissions de CO2 à moyen terme (ceci n'attribue aucune valeur spécifique au carbone de la Communauté des Etats indépendants, CEI) et du renforcement prévu des politiques de lutte contre le changement climatique après 2010 (date-butoir pour les objectifs de Kyoto).
  • Mise en œuvre des politiques de développement durable dans un grand nombre de secteurs économiques.
  • Avance de l'UE élargie sur les autres pays en termes de politique de lutte contre le changement climatique : dans l'UE, la valeur du carbone (équivalent à une taxe), appliquée à l'utilisation de combustibles fossiles en tenant compte des émissions de gaz à effet de serre, serait deux fois plus grande que celle des autres régions. 

Objectif : Evaluer l'impact des politiques de réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre dans le secteur de l'énergie.

 

Scénario de réduction du carbone : résultats

  • 11% de diminution de la consommation mondiale d'énergie par rapport à celle prévue dans le scénario de référence; la croissance moyenne de la demande serait ainsi de 1,3% par an (contre 1,9% dans le scénario de référence).
  • Impact sur l'intensité de carbone, c.-à-d. sur la combinaison globale des différentes sources d'énergie : la valeur du carbone affecterait principalement les carburants les plus riches en carbone, à savoir le charbon (-42%) et le pétrole (-8%), alors que le gaz demeurerait pour ainsi dire inchangé.
  • A l'échelle mondiale, cette part de marché serait conquise par l'énergie nucléaire (+36%) et les énergies renouvelables (+35%).
  • Dans le domaine des énergies renouvelables, les capacités éoliennes, solaires et hydrauliques "à petite échelle" devraient être multipliées par vingt.
  • Les émissions globales de CO2 diminueraient de 21% par rapport au scénario de référence. Cependant, elles resteraient plus élevées en 2030 qu'en 1990.
  • Le niveau des émissions en Europe serait de près de 15% inférieur au niveau de 1990, et 26% plus bas que dans le scénario de référence d'ici 2030.
  • Les changements dans le bouquet énergétique  réalisés par l'UE reflèteraient les tendances mondiales mais la consommation de charbon (-61%) et de pétrole (-13%) serait considérablement inférieure.
  • Au sein de l'UE, cette diminution serait compensée par le recours à l'énergie nucléaire (+35%) et aux énergies renouvelables (+56%).  

 

  

 Scénario de ré férence

Scénario de réduction du carbone

Différence

Demande mondiale d'énergie (Gtep)

17.1 (+1.8 %  par an)

15.2

-11%

Demande d'énergie dans l'UE (Gtep)

2.0 (+0.4 % par an)

1.7

-12 %

           

Energie fossile, total mondial (Gtep)

14.9

12.4

-17%

 - Pétrole (Gtep)

5.9

5.4

-8%

 - Charbon (Gtep)

4.7

2.7

-42%

 - Gaz (Gtep)

4.3

4.3

0%

Nucléaire (Gtep)

0.9

1.2

+36%

Energies renouvelables (Gtoe)

1.4

1.8

+35%

           

Energies fossiles, total UE (Gtep)

1.66

1.31

-24%

 -  Oil (Gtep)

0.73

0.64

-13%

 -  Coal (Gtep)

0.39

0.15

-61%

 -  Gas (Gtep)

0.55

0.53

-3%

Nucléaire (Gtep)

0.24

0.32

+35%

Energies renouvelables(Gtep)

0.12

0.19

+56%

           

Emissions de CO2 dans le monde (GtCO2)

44.5

35.3

-21%

Emissions de CO2 dans l'UE (GtCO2)

4.7

3.5

-26%



Gtep : gigatonne équivalent pétrole (= 42.7 Gigajoules)
GtCO2: gigatonne de CO2 
Source: Commission européenne, rapport de l'OMC

Positions:

La perspective internationale 

L'Agence internationale de l'énergie, organe de l'OCDE, livre ses dernières prévisions énergétiques pour 2030 dans son rapport intitulé  World Energy Outlok (Perspectives énergétiques mondiales) et publié en 2002. De nouveau, un scénario de référence est comparé à un scénario alternatif. L'accent est fortement mis sur les préoccupations relatives à la sécurité de l'approvisionnement énergétique, sur l'investissement dans les infrastructures, sur les dommages écologiques provoqués par la production et l'utilisation de l'énergie et sur l'accès inégal de la population mondiale à l'énergie moderne.

Le scénario de référence 

  • Il tient compte des décisions politiques adoptées mi-2002, y compris les efforts récents concernant le protocole de Kyoto et les objectifs relatifs aux énergies renouvelables.
  • Résultats : l'utilisation d'énergie continuera à se développer rapidement, les combustibles fossiles domineront le bouquet énergétique et la consommation d'énergie des pays en voie de développement se rapprochera des pays de l'OCDE.
  • Les émissions de CO2 devraient augmenter légèrement plus rapidement que la consommation d'énergie en dépit des mesures prises jusqu'ici.
  • Les projections en matière d'émissions diffèrent de manière significative des perspectives de la Commission : tandis que la Commission prévoit que les émissions doubleront entre 1990 et 2030 (113% d'augmentation de 20,8 à 44,5 milliards de tonnes de CO2), le rapport de l'OCDE prévoit une croissance de 70% "seulement", pour atteindre 38 milliards de tonnes en 2030. Cette différence pourrait être attribuée aux différences de méthodologie, la Commission n'ayant pas pris en compte les décisions politiques prises après 2000, contrairement à l'OCDE.  

Le scénario alternatif

  • Il évalue l'impact de toute une gamme de nouvelles politiques environnementales et énergétiques envisagées par les pays de l'OCDE ainsi que celui d'un déploiement plus rapide des nouvelles technologies.
  • Il montre un fort impact de ces nouvelles politiques sur le ralentissement de la croissance de la demande énergétique et sur le bouquet énergétique. Ces nouvelles politiques, notamment la diversification des sources d'énergie, auront des conséquences positives sur la dépendance de l'OCDE en matière d'importations.  

Les perspectives de la Commission ainsi que celles de l'AIE parviennent à des conclusions identiques : les nouvelles politiques et le recours à des technologies plus propres permettraient d'économiser de l'énergie et d'encourager les carburants moins intensifs en carbone. Le rapport de l'OCDE prévoit que ce scénario aboutirait à stabiliser les émissions de gaz à effet de serre dans les pays de l'OCDE d'ici 2030.

 

La perspective de l'industrie pétrolière

L'étude de Shell intitulée "Besoins énergétiques, choix et possibilités : les scénarios pour 2050", publiée en 2001, présente également deux scénarios différents qui dépendent de préférences sociétales plutôt que de choix politiques spécifiques. Le premier scénario intitulé "Dynamics as usual" se fonde sur un monde façonné par des priorités sociales en faveur d'une énergie propre, sûre et durable. Dans le deuxième scénario, "The Spirit of the Coming Age", des méthodes supérieures permettant de satisfaire les besoins en énergie sont développées pour répondre aux préférences du consommateur en matière de mobilité, de flexibilité et de praticité.

Dans les deux scénarios, Shell prévoit que le gaz naturel jouera un rôle important, au moins au cours des deux décennies à venir. L'étude envisage également une croissance rapide des énergies renouvelables, avec la possibilité que ces énergies deviennent la source primaire d'énergie.

Les scénarios de Shell explorent "les chemins possibles vers un système énergétique abordable et durable qui résoud les problèmes environnementaux", mais ils n'évaluent pas concrètement l'impact des décisions politiques sur le chemin menant à ce but. Cependant, l'étude suggère que pour les deux scénarios, la stabilisation des concentrations atmosphériques en anhydride carbonique inférieure à 550 ppmv serait clairement visible. Aucune référence n'est faite aux émissions de CO2.

Exxon Mobil a également publié une étude intitulée "2003 : Perspectives économiques et énergétiques". Les principales conclusions de cette analyse de la situation énergétique mondiale à l'horizon 2050 sont :

  • D'ici 2020, la demande énergétique mondiale augmentera de 50% (au rythme de 1,7% par an), principalement dans les pays les moins développés.
  • Le pétrole et le gaz seront toujours les premières sources d'énergie, répondant à environ 60% de la demande totale.
  • Le recours au pétrole sera croissant dans les régions d'Asie pacifique, suite à l'augmentation des ventes de véhicules particuliers; toutefois, en Amérique du Nord et en Europe, la croissance de la demande devrait être compensée par une plus grande efficacité des véhicules.
  • Le recours au gaz sera de plus en plus important par rapport aux autres formes d'énergie, répondant à environ 25% de la demande mondiale d'ici 2030.
  • Les émissions de carbone augmenteront, suite au recours croissant aux énergies fossiles; cette tendance sera plus marquée dans la région Asie pacifique.
  • Les énergies renouvelables se développeront rapidement, soutenues par des subventions gouvernementales, mais ne contribueront qu'à une petite partie de l'approvisionnement en énergie.
  • Le nucléaire se développera également, mais à un rythme de 1,8% par an; toutefois, de nouvelles centrales seront construites dans les pays développés après 2020, en raison de préoccupations croissantes en matière d'environnement et de sécurité d'approvisionnement.

Pour satisfaire une demande plus élevée, Exxon maintient que l'application des nouvelles technologies est le meilleur moyen de relever le défi énergétique, ce qui signifie faire progresser les recherches, améliorer l'efficacité énergétique et réduire les émissions. En outre, la société envisage des perspectives croissantes pour le charbon propre, le nucléaire et les biocarburants.

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Lettres à l'éditeur
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André Sautou, France
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Patrick Clerens, Secretary General, EPPSA
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