Selon Christian Egenhofer, chercheur au Centre for European Policy Studies (CEPS) à Bruxelles, les exemptions que l’Allemagne compte accorder, durant la seconde phase du système européen d'échange de quotas d'émissions, vont provoquer la construction de nouvelles centrales au charbon plus propre. Mais M. Egenhofer a également prévenu que que cela pourrait aussi provoquer de fortes émissions de charbon pendant de nombreuses années.
Selon le projet de plan national d’allocation, qui a été présenté à la Commission le 28 juin 2006, toutes les nouvelles centrales électriques construites entre 2008 et 2012 seront exemptées des restrictions sur les émissions de CO2 pendant une période de 14 ans (EurActiv 30 June 2006).
Selon M. Egenhofer, l’exemption permettra des investissements dans des centrales au charbon plus propre, qui sont pour le moment trop chères mais qui deviendront alors viables économiquement, permettant ainsi au pays de faire face à la hausse de la demande d’électricité.
« Pour les allemands, c’est une mesure rationnelle visant à sécuriser les approvisionnements », a déclaré M.Egenhofer. « Le cocktail énergétique actuel est parfait: un tiers gaz, un tiers charbon, un tiers nucléaire. C’est donc un choix délibéré. »
Le système européen d'échange de quotas d'émissions a tendance à favoriser l’électricité produite à partir du gaz naturel car elle émet moins de dioxyde de carbone. Le charbon, d’un autre côté, produit plus de CO2, ce qui veut dire que les centrales devront acheter plus de droits d’émissions pour pouvoir fonctionner. Les prix de ceux-ci vont donc augmenter, poussant éventuellement vers la sortie le charbon comme source d’électricité.
Selon M. Egenhofer : « si vous laissez le marché agir sans entrave, il se dirigera vers le gaz. Tout ce gaz viendra de Russie et provoquera donc une dépendance importante. Encore une fois, le cocktail énergétique allemand pourrait, à terme, ne plus être le même».
L’Allemagne fait-elle donc le bon choix en demandant que les nouvelles centrales fonctionnant au charbon soient exclues de l’ETS ?
« C’est un choix à double tranchant » selon M. Egenhofer. « Dans le court terme, cela permet de mettre en place une technologie plus propre pour le même combustible. Si vous donnez une exemption de 14 ans, vous garantissez une viabilité économique aux investissements. Cependant, [les Allemands] prennent le risque de sortir de la course si l’on regarde au-delà du protocole de Kyoto ».
« D’un point de vue économique, c’est un non-sens » selon M. Egenhofer. « Si vous souhaitez réduire les émissions de CO2, il faut se diriger vers des énergies plus pauvres en carbone. Si l’on s’équipe de nouvelles installations fonctionnant au charbon, elles peuvent être très efficaces mais elles gardent un taux d’émission de CO2 important, ce qui peut conduire tout droit dans une impasse. C’est un risque. »



