Dans son nouveau plan d’action sur la sécurité et la solidarité énergétiques publié hier 13 novembre à Bruxelles, la Commission indique qu’en 2020 les importations nettes de combustibles fossiles devraient conserver à peu près le même niveau qu’aujourd’hui, même si les politiques climatiques et énergétiques de l’UE sont mises en œuvre dans leur totalité.
Le plan d’action, qui constitue le pièce maîtresse d’un paquet massif de plus de 45 communications à ce sujet, contient une myriade de mesures, de données et de recommandations distillées dans un plan en cinq points qui trace les priorités politiques de la prochaine Commission, qui doit entrer en fonction en septembre 2009.
Le regard tourné vers l’Est
Les infrastructures énergétiques, notamment les gazoducs, ainsi que les relations étrangères dans le domaine de l’énergie figurent au sommet de la liste. Au nombre des priorités de l’analyse, on compte l’oléoduc Nabucco, celui de la Mer baltique ainsi que quatre autres projets.
Le commissaire à l’Energie Andris Piebalgs s’est rendu dernièrement dans la région caspienne afin de s’assurer d’un engagement de l’Azerbaïdjan pour l’approvisionnement en gaz de Nabucco (EurActiv 04/11/08). Moscou, qui entretient déjà des relations énergétiques importantes avec Bakou, est en concurrence avec l’UE pour un accès privilégié au gaz azéri.
Toutefois, l’analyse ne comporte aucune action concrète pour répondre à la sécurité d’approvisionnement en pétrole. Cela s’explique par la nature « liquide » du marché pétrolier, selon le texte. En revanche, l’approvisionnement en gaz dépend principalement d’infrastructures de pipelines spécifiques.
Les contraintes en matière d’approvisionnement en pétrole sont également abordées par le biais des règles européennes pour les émissions de CO2 des véhicules et de la législation sur les transports écologiques, a déclaré M. Piebalgs lors de la présentation de l’analyse. Le président de la Commission José Manuel Barroso a ajouté que la Commission envisageait sérieusement d’intégrer des incitations spéciales pour le développement de véhicules propres dans le cadre d’un futur paquet de 40 milliards d’euros destiné à aider l’industrie automobile européenne (EurActiv 30/10/08).
L’analyse se concentre essentiellement sur le gaz plutôt que sur le pétrole, ce qui a suscité la colère de quelques eurodéputés verts (voir positions). Le texte pourrait également provoqué des froncements de sourcils à propos du monopole d’Etat russe Gazprom, qui s’est efforcé d’apaiser les préoccupations de l’UE quant à d'éventuelles perturbations de l’approvisionnement en gaz en raison de l’intérêt stratégique que revêtirait pour la Russie un marché énergétique européen en pleine santé.
M. Barroso, qui se rend aujourd’hui 14 novembre à Nice pour un sommet UE-Russie, a en outre appelé les Etats membres à émettre un message unique dans leurs relations énergétiques extérieures. Minimisant les inquiétudes par rapport à l’éventuel agacement que le document pourrait éveiller à Moscou, il a estimé que le paquet ne visait pas la Russie. Selon lui, l’UE se trouve dans une position d’interdépendance positive avec Moscou. Il a toutefois mis en garde les consommateurs européens contre le risque que les pays fournisseurs ne puissent pas honorer leurs engagements.
Les réserves
Les nouvelles règles sur les stocks d’urgence de pétrole et de gaz apparaissent au point 3 du plan d’action, suivies par la révision des lois européennes existantes en matière d’efficacité énergétique des appareils électroménagers, des pneus et des bâtiments. « L'Union européenne doit mieux utiliser ses propres ressources énergétiques », indique le dernier point du plan d’action, qui considère les énergies renouvelables comme la plus grande source potentielle d’énergie indigène. Une communication sur le développement d’un réseau d’énergie éolienne offshore dans la mer du Nord figure parmi les six projets d’infrastructures prioritaires.
Le charbon est qualifié de composant essentiel de l’approvisionnement européen en énergie, suivi par le nucléaire, qui, en tant que principale source électrique de base, contribue selon le texte à la sécurité de l’approvisionnement énergétique européen.
L’écologisation viendra plus tard
Un changement structurel profond (par exemple la génération d’électricité sans émissions de carbone) ou une révolution technologique radicale (notamment la fin de la dépendance des transports au pétrole) prendront beaucoup plus de temps, selon le plan d’action. Celui-ci comprend une vision pour 2050 caractérisée par une production énergétique sans carbone, par la fin de la dépendance au pétrole dans les transports, par des bâtiments peu consommateurs d’énergie et par des réseaux d’électricité « intelligents » interconnectés.
Cependant, il appartiendra à la prochaine Commission de régler en détail les modalités de ce changement structurel. L’exécutif européen devrait d’ailleurs proposer sa nouvelle vision politique sur l’énergie en 2010.
20 = 12 ?
Le plan d’action a nourri une certaine confusion à propos des économies que l’UE réalisera éventuellement d’ici 2012 par le biais de l’amélioration de l’efficacité énergétique.
Dans son paquet énergie et climat, la Commission vise à un accroissement de 20 % de l’efficacité énergétique d’ici 2020. Bruxelles reconnaît que même si cet objectif est non contraignant – au contraire des objectifs de 20 % d’émissions de CO2 en moins et de 20 % d’énergie renouvelable en plus –, il sera atteint de toute manière étant donné que les Etats membres devront réaliser des améliorations considérables en matière d’efficacité énergétique dans le cadre de leurs efforts de réduction du CO2. Mais les chiffres contenus dans l’annexe 1 de la deuxième analyse stratégique de la politique énergétique visent à seulement 12 % de réduction de la demande énergie finale d’ici 2020.
M. Piebalgs a expliqué ces divergences par la pondération différente de l’efficacité énergétique et des chiffres de réduction de la demande en énergie. Il a indiqué que l’objectif de 20 % signifie qu’il ne faut pas laisser la consommation énergétique augmenter, mais qu’il faut en revanche la réduire. C’est à son avis la raison pour laquelle une réduction de 20 % impliquerait en fait une efficacité énergétique de quelque 30 %. Par conséquent, M. Piebalgs a affirmé qu’avec un objectif de 30 % d’efficacité énergétique, on obtiendrait une réduction de 20 % de la consommation d’énergie en 2020.



