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Sécurité énergétique : les ministres donnent leur feu vert à l’agenda européen [FR]

Publié 20 février 2009
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Hier (19 février), les ministres européens de l’Energie ont largement approuvé le projet de feuille de route sur la sécurité énergétique élaboré par la Commission. Ils ont ainsi donné leur accord à six projets d’infrastructures prioritaires, à des mesures d’efficacité ainsi qu’à des sources indigènes d’énergie, telles que les renouvelables ou le nucléaire, afin d’assurer des approvisionnements plus fiables à l’avenir. Toutefois, des désaccords subsistent quant au financement des projets.

Le Conseil Energie a largement approuvé la seconde analyse stratégique de la politique énergétique, réaffirmant son soutien aux six projets d’infrastructure visant à améliorer les interconnexions gazières et électriques, et à promouvoir l’énergie éolienne offshore à grande échelle :

  • un corridor gazier sud-européen encore à définir, 
  • un approvisionnement diversifié en GNL,
  • des interconnexions électriques avec la région Baltique,
  • l’anneau électrique méditerranéen,
  • des interconnexions gazières et electriques Nord-Sud en Europe centrale et orientale,
  • et des réseaux offshore de la mer du Nord et du Nord-Ouest. 

Les ministres ont également réitéré le besoin de créer une politique extérieure de l’énergie, mettant l’accent sur le développement de la coopération avec la Russie, les pays longeant le corridor sud-européen et la région méditerranéenne. 

Les énergies renouvelables, le captage et le stockage de carbone (CSC) et l’électricité nucléaire ont également été mentionnés comme faisant partie de la solution qui conduira un avenir énergétique plus sûr. 

Gardant un œil sur la crise du crédit, les ministres ont demandé à la Commission de préparer, en coopération avec la Banque européenne d’investissement (BEI), une initiative de financement de l’énergie durable pour mobiliser à large échelle des fonds des marchés de capitaux vers les investissements dans les domaines des mesures d’efficacité énergétique et des énergies propres. 

Le budget européen a été réalloué mais des divisions demeurent

Lors du déjeuner, les ministres ont débattu de l’allocation des 3,75 milliards du budget européen non dépensé aux projets d’interconnexions électriques et gazières, de parcs éoliens offshore et de captage et stockage de carbone (CSC) (EurActiv 29/01/09). 

La Commission a modifié ses propositions avant la réunion ministérielle, en réaction aux critiques de certains Etats membres quant aux sommes qui leur étaient attribuées dans le projet. Dans la proposition révisée, les fonds attribués à la production énergétique à base de charbon sont diminués par le biais de la réduction du soutien prévu aux projets de CSC de 250 à 200 millions d’euros. Le projet de gazoduc Nabucco a également vu son financement réduit de 250 à 200 millions d’euros. 

L’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni semblent être les grands perdants de la modification des plans de la Commission, ont déclaré des sources gouvernementales à EurActiv. La France, l’Italie et la Belgique en ressortent en revanche gagnantes. 

Mauri Pekkarinen, ministre finlandais des Affaires économiques, a déclaré qu’il y avait un accord raisonnable sur les projets, mais de nombreux pays ont remis en question la décision d’exclure le financement de l’efficacité énergétique. L’absence de fonds pour la bioénergie a également été relevé par une minorité de pays, dont la France, la Finlande et le Portugal. 

De nombreux ministres, notamment Jean-Louis Borloo, se sont inquiétés du choix des projets, se demandant s’ils contribuaient réellement à la relance économique à court terme. La Commission a déclaré qu’un nombre substantiel de projets démarreront avant 2010 ; mais le ministre français M. Borloo ainsi d’autres responsables politiques ont rétorqué que ce n’était pas le cas pour la majorité d’entre eux. 

Le plan de relance économique sera de nouveau examiné lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères lundi. La liste des projets devrait susciter de nouveaux désaccords entre les Etats membres et la réduction à zéro du processus d’allocation laisse entendre que la liste pourrait être une nouvelle fois modifiée. 

Réactions : 

L’eurodéputée française Anne Laperrouze (ADLE), rapporteur du Parlement sur la seconde analyse stratégique de la politique énergétique, s’estime satisfaite que les conclusions du Conseil sur le paquet reconnaissent les objectifs à court, moyen et long terme de son rapport. J’espère que les ministres de l’Energie sauront convaincre leurs homologues des Finances, qui se plaignent de devoir financer le plan de relance européen, en particulier par rapport à la composante énergétique qui répond à la fois à l’objectif plus vaste de solidarité énergétique et au besoin de diversifier nos sources d’approvisionnement, a-t-elle ajouté. 

Le ministre tchèque de l'Industrie et du commerce, Martin Říman, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, a indiqué que l’analyse stratégique de la politique énergétique exposait clairement la manière dont les Etats membres devraient sécuriser leur approvisionnement énergétique à long terme. La crise gazière a montré qu’allouer une partie des ressources destinées au plan de relance européen au secteur énergétique était une décision très avisée, a-t-il indiqué. Il a ajouté que l’objectif de la rencontre n’était pas de sélectionner des projets concrets, mais de lancer un débat d’experts sur les critères techniques des projets, afin que ces derniers puissent correspondre aux objectifs du plan de relance européen.

L’European Wind Energy Association (EWEA) a salué le soutien du Conseil à l’énergie éolienne offshore et son engagement à publier un schéma directeur pour le réseau de la mer du Nord. Dans ses conclusions, le Conseil confirme le besoin de l’UE de se tourner vers un approvisionnement en énergie indigène, de promouvoir les énergies renouvelables et de supprimer les obstacles à la production énergétique à partir de sources renouvelables, a déclaré le directeur exécutif de l’EWEA, Christian Kjaer. Ces actions sont essentielles pour augmenter notre utilisation de renouvelables et stimuler de cette façon la sécurité énergétique européenne, selon M. Kjaer. En outre, cela permettrait d’investir localement plutôt que d’importer du combustible en provenance de régions instables, a-t-il conclu. 

Les réactions des groupes environnementaux étaient beaucoup moins positives. Greenpeace a indiqué que les conclusions des ministres de l’Energie étaient trop vagues. Pour Frauke Thies, militant de Greenpeace pour la politique énergétique européenne, la présumée analyse stratégique de la politique énergétique apporte son soutien à un désordre contradictoire de technologies énergétiques. Il a souligné le fait que le soutien des ministres à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables contrastait avec leur soutien constant aux technologies dépendantes du carbone et de l’énergie nucléaire pérennisant un modèle énergétique centralisé et non durable. 

 

Prochaines étapes : 
  • 23 fév. : les ministres des Affaires étrangères doivent discuter du plan relance économique. 
  • 19 et 20 mars : le sommet européen de printemps doit approuver la seconde analyse stratégique de la politique énergétique.
Contexte : 

En novembre 2008, la Commission européenne a présenté sa seconde analyse stratégique de la politique énergétique. Le document se penche sur la question de la sécurité de l’approvisionnement énergétique et fixe des priorités politiques dans le domaine de l’énergie pour la prochaine Commission.  

Le Parlement européen a adopté l’analyse en février et a appelé les responsables européens à adopter un nouveau plan de diversification ambitieux et s'inscrivant sur le long terme dans le domaine de l’énergie européenne. 

L’analyse a appelé à l’extension des sources et des routes européennes d’approvisionnement gazier à la région caspienne, lorsque les conditions politiques le permettront. En conséquence de la crise de l’approvisionnement gazier entre la Russie et l’Ukraine (voir le LinksDossier EurActiv sur la politique en matière de gazoducs), le document estime en outre que le projet Nabucco, ainsi que les gazoducs Turquie-Grèce-Italie et South Stream, pourraient être des solutions alternatives au gaz russe. 

Par ailleurs, dans le cadre du plan de relance économique, la Commission a proposé de réallouer 5 milliards d’euros de fonds européens non dépensés pour l’agriculture au soutien de l’énergie et de projets d’infrastructure pour l’Internet à large bande (EurActiv 11/12/08). 

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