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Dans le contexte de l’augmentation de la demande mondiale en énergie, des pressions démographiques, des contraintes liées à l’approvisionnement en carburant fossile et de la dégradation de l’environnement, Shell apparaît favorable à une nouvelle coalition d’intérêts en faveur d’un développement consommant moins d’énergie.
Les grandes entreprises pétrolières s’abstiennent de tout commentaire sur l’avenir de l’approvisionnement en énergie. Mais certaines commencent maintenant à signaler que les réserves de pétrole diminuent rapidement. Dans une campagne de 2008, Chevron a rappelé qu’il avait fallu 125 ans pour utiliser les premiers billions de baril de pétrole, et que nous utiliserons les billions restants en 30 ans.
Un rapport publié par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) l’année dernière avertissait que le monde serait confronté à une « crise de l’approvisionnement » dans les cinq prochaines années (EurActiv 10/07/07).
Dans son dernier Scénario mondial, publié en 2005, Shell a souligné la méthodologie et la planification nécessaires pour faire face aux défis de la demande croissante en carburants fossiles et au renforcement du contrôle de l’Etat concernant les approvisionnements en hydrocarbures.
D’après les scénarios de Shell à l’horizon 2050, publiés en 2008 et présentés à Bruxelles le 7 avril lors d’une conférence organisée par Les Amis de l’Europe
« nous sommes maintenant confrontés à une ère de changement révolutionnaire » et à des turbulences considérables.
Alors que la demande énergétique devrait doubler en 2050, que les approvisionnements diminuent et que les pressions sur l’environnement augmentent, Shell a présenté deux scénarios alternatifs proposant une réponse mondiale à ces trois « dures vérités ».
« Scramble » versus « blueprint »
« Scarmble » (« ruée »), le premier scénario et le plus pessimiste, est caractérisé par un retour au charbon et la nationalisation des ressources énergétiques dans le contexte de l’augmentation de la concurrence mondiale concernant les approvisionnements énergétiques.
Dans ce scénario, la politique basée sur la demande n’est pas suivie judicieusement jusqu’à ce que les approvisionnements atteignent leur limite. Ainsi, la politique environnementale n’est pas sérieusement abordée jusqu’à ce que des événements climatiques importants stimulent les réponses politiques.
Une solution alternative et plus optimiste, le scénario « blueprint » (« plans directeurs »), privilégié par Shell, devrait être plus préventive et inclure une meilleure coopération internationale entre les gouvernements et le secteur privé.
Un mécanisme de tarification du CO2 accompagné d’un marché mondial du carbone opérationnel serait essentiel au scénario « blueprint », dans la mesure où il encouragerait le développement durable dans d’autres domaines, notamment les énergies renouvelables et les technologies de capture et de stockage du carbone (CSC), que Shell considère comme étant fondamentales pour fournir de l’énergie « propre » à partir des carburants fossiles.
Le bon climat
La décision de l’entreprise de privilégier un scénario sur un autre pour la première fois dans son histoire n’est pas « altruiste », selon Jeremy Bentham, vice président de Shell pour l’environnement économique international.
Shell affirme qu’elle cherche un climat d’investissement favorable et stable dans un contexte caractérisé par les craintes que « l’ensemble du système énergétique ne déraille » dans le cadre du scénario « scramble », a déclaré Jeroen van der Veer, responsable exécutif de l’entreprise.
Dans le scénario « blueprint », le niveau mondial des émissions de CO2 serait limité d’ici 2020 et puis commencerait à diminuer vers ses niveaux de 2020 d’ici 2050, selon M. Bentham. Il estime que ce calendrier est réaliste pour atteindre un consensus général sur une série significative d’accords afin d’harmoniser les systèmes énergétiques clés.
Si le scénario « blueprint » n’est pas réalisé, les investissements nécessaires dans le secteur de l’énergie seront bloqués, a-t-il averti.
Durant la conférence, Javier Solana, le Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, a averti que l’UE est confrontée à un problème financier très important pour apporter les fonds nécessaires afin de stimuler davantage les développements en matière d’énergie propre.
Il a ajouté que l’UE ne disposait pas du montant d’investissement nécessaire.
En commentant la question de la demande croissante en énergie, Fatih Birol, économiste à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a fait allusion à un nouveau scénario dans lequel la hausse des prix de l’énergie n’a plus d’effet négatif sur la demande.
Lors des perturbations passées de l’approvisionnement en pétrole (notamment au début des années 1970 et à la fin des années 1980) caractérisées par des hausses de 40 dollars le baril de pétrole brut, la demande mondiale en pétrole a chuté de 3 à 4%. Mais le pic actuel des prix du pétrole a été accompagné d’une augmentation de 4% de la demande, une situation sans précédent qui montre la fin de l’élasticité des prix, selon M. Birol. Il a critiqué la suggestion de la Commission selon laquelle la hausse des prix de l’énergie renforce les politiques de réduction de la demande énergétique.
Claude Turmes, eurodéputé vert, s’est montré généralement favorable au scénario « blueprint » de Shell, mais s’est demandé dans quelle mesure il était possible de se baser sur les technologies CSC pour apporter des solutions alternatives plus propres aux carburants fossiles.
Il estime que la technologie CSC est un joker et qu’il ne faudrait pas en devenir dépendant. Il a également cité les coûts élevés associés au développement de la technologie.
M. Birol, a soutenu le scepticisme de M. Turmes concernant la technologie CSC et a affirmé que la technologie est d’autant plus nécessaire dans les pays en développement comme l’Inde et la Chine qui, pour la plupart, dépendent principalement du charbon pour leurs besoins en énergie.
Si les politiques et les pratiques actuelles de la Chine et de l’Inde sont poursuivies, a ajouté M. Birol, leurs émissions de CO2 écraserait celles de nombreux pays développés, réduisant ainsi à néant les politiques ambitieuses de réduction des émissions de CO2 de l’UE et des Etats-Unis et entraînant une augmentation allant jusqu’à six degrés Celsius des températures moyennes au niveau mondial.