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La présidence autrichienne souhaite accélérer la construction de nouveaux pipelines et quintupler la part de gaz naturel liquéfié (GNL) afin de diversifier l'approvisionnement de l'UE et les itinéraires de transit.
Le conflit sur le gaz entre la Russie et l'Ukraine a souligné la dépendance de l'UE envers les importations de gaz russe, certains pays européens n'ayant reçu que la moitié de leur approvisionnement les 1er et 2 janvier. L'Autriche a été l'un des pays les plus touchés.
En 2001, l'UE des 15 a importé 40% de ses besoins en gaz de Russie, ce chiffre devant dépasser 60% d'ici 2030 (Livre vert sur la sécurité de l'approvisionnement énergétique
de la Commission, 2001). L'UE des 25 dépend de la Russie pour plus de 25% de ses besoins en gaz et 80% de son approvisionnement transite par l'Ukraine.
Le ministre autrichien de l'économie, Martin Bartenstein, a indiqué lors d'un débat au Parlement le 17 janvier que l'UE cherchait à diversifier son approvisionnement en gaz en dehors de la Russie et réfléchissait à de nouveaux itinéraires de transit après le conflit sur le différend russo-ukrainien. L'Autriche, qui assure actuellement la présidence tournante de l'UE, a placé l'approvisionnement en énergie parmi les priorités de l'ordre du jour du sommet européen du 23 mars 2006.
Selon M. Bartenstein, trois séries de mesures pourraient être accélérées pour diversifier l'approvisionnement sur le long terme:
un lancement rapide du pipeline Nabucco, qui donnera à l'Europe accès aux grands champs de gaz de la région caspienne et du Moyen-Orient. "Ces projets doivent être rapidement introduits," a-t-il indiqué aux députés européens. Le pipeline doit être achevé en 2020 et reliera l'Iran à l'Autriche en passant par la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie.
un quintuplement de l'utilisation du gaz naturel liquéfie (GNL) qui peut être transporté par navire vers des régions où une connexion entre les pipelines est impossible. Selon M. Bartenstein, "il existe des projets établissant de nouveaux terminaux ou prolongeant ceux qui existent dans certains pays." Selon lui, ces derniers devraient permettre d'accroître la capacité de l'UE pour atteindre 160 milliards de m3 par an d'ici 2010, par rapport à sa capacité actuelle de 60 milliards de m3.
Sur le court terme, M. Bartenstein a indiqué que l'UE envisageait de constituer suffisamment de stocks de gaz pour compenser deux mois d'éventuelle interruption de l'approvisionnement.
De plus, M. Bartenstein a déclaré que l'Autriche cherchait à "renforcer la diversification de l'approvisionnement en énergie [de l'UE] par l'utilisation accrue de sources d'énergie renouvelables" et avait pour objectif de "tripler l'utilisation de la biomasse d'ici 2010" comme source d'énergie alternative. Il a cependant précisé que l'utilisation de l'énergie nucléaire n'était "pas une option" et était "définitivement exclue en Autriche".
S'exprimant devant les députés européens en plénière, le commissaire à l'énergie Andris Piebalgs a déclaré qu'un certain nombre d'instruments européens étaient déjà disponibles pour diversifier les sources d'approvisionnement en énergie. "Sur l'efficacité énergétique, nous disposons d'une directive entrant en vigueur qui doit être appliquée avec fermeté. Cela vaut également pour l'association chauffage et énergie, et pour les énergies renouvelables : nous disposons d'instruments juridiques et nous devons les appliquer," a-t-il indiqué.
Au cours du débat au Parlement le vice-président du PE et le député européen Jacek Saryusz-Wolski (PPE-DE, Pologne) a déclaré que la sécurité de l'approvisionnement européen en énergie était "une question d'ordre politique" qui "doit être envisagée dans le contexte de la politique étrangère et de sécurité". "Il est donc absolument indispensable que l'UE prolonge son action commune au domaine de l'énergie et prenne des initiatives visant à créer une politique énergétique proactive". "Toutes les pistes pour accroître l'autosuffisance de l'Union européenne en terme d'approvisionnement en énergie doivent être explorées," a-t-il précisé.
Certains experts en énergie soulignent qu'une utilisation accrue du GNL soulèverait des problèmes de sécurité en raison de la haute inflammabilité du gaz liquide. Selon eux, les grands navires et les terminaux spéciaux pour le GNL dans les ports pourraient devenir la cible privilégiée des terroristes.
Dans une tribune publiée dans Le Figaro du 17 janvier, la ministre française des affaires européennes, Catherine Colonna, a annoncé que la France présenterait "dans quelques jours" un mémorandum sur la politique énergétique européenne. Selon Mme Colonna, la politique énergétique européenne "prend toute son importance alors que les ressources en énergies fossiles se raréfient" et étant donnée la dépendance croissante de l'Europe à l'égard des sources extérieures d'approvisionnement, comme l'a souligné le récent différend russo-ukrainien. " Faisons donc pour l’énergie ce que nous avions su faire pour le charbon et l’acier," suggère Mme Colonna. Le mémorandum sera inscrit dans un débat européen sur l'énergie prévu pour le sommet européen de mars 2006.