Beijing a fait part de ses « profonds regrets » suite à l'annonce de cette décision et prévenu que toute restriction sur ses exportations de panneaux solaires pourrait mettre en danger le secteur mondial de l'énergie propre.
« Les restrictions contre les panneaux solaires chinois porteront non seulement atteinte aux intérêts des industries chinoises et européennes, mais elles entraveront également le développement du secteur mondial de l'énergie solaire », a déclaré Shen Danyang, un porte-parole du ministère chinois du commerce.
Il a ajouté que les tensions entre l'UE et la Chine devraient être résolues par le biais de « la consultation et la coopération ».
Cette enquête sur l'un des plus importants secteurs d'importation jamais visés par la Commission découle d'une plainte déposée par un groupe d'entreprises européennes du secteur mené par l'Allemande SolarWorld.
Ce groupe, qui compte des membres en Allemagne, en Italie, en Espagne et dans d'autres pays membres de l'UE, affirme que les entreprises chinoises du secteur solaire vendent des panneaux en dessous de leur valeur sur le marché européen.
Les représentants de SolarWorld ont prévenu qu'une enquête européenne aurait lieu lors d'un entretien avec EurActiv en octobre 2011. Au printemps suivant, l'entreprise a commencé à former une coalition européenne sur le même modèle que son groupe de pression aux États-Unis.
En mars, Marc Vanheukelen, le directeur du cabinet du commissaire au commerce, Karel De Gucht, a donné de l'espoir à cette alliance lors d'un discours retentissant à Bruxelles.
« Nous devrions utiliser tous les outils qui sont à notre disposition pour lutter contre les obstacles qui créent des distorsions sur le marché », a-t-il déclaré en référence aux exportations de panneaux solaires chinois. « Nous pourrions lancer des procédures contre les pays qui selon nous ne respectent pas les règles équitables », a-t-il ajouté.
Quelques semaines plus tard, les États-Unis imposaient des droits de douane aux importations de panneaux solaires chinois.
Une guerre commerciale à l'horizon ?
En juillet, les entreprises chinoises du secteur solaire ont mis en garde contre les risques de guerre commerciale et appelé leur gouvernement à prendre des mesures contre l'enquête imminente.
Parmi les producteurs en Chine se trouvent Yingli Green Energy, Suntech Power Holdings Co Ltd, Trina Solar Ltd et Canadian Solar Inc.
Le secteur solaire chinois s'est rapidement développé grâce à des exportations rentables vers l'Europe mais est aujourd'hui en difficulté face à une surcapacité importante, alors que les marchés de l'exportation se sont contractés et que la demande intérieure reste insuffisante.
Près de 60 % des exportations chinoises de panneaux et de composants solaires (d'une valeur de 21 milliards d'euros) étaient destinées à l'Europe en 2011.
En tout, l'UE a importé 292 milliards d'euros de biens en provenance de Chine l'année dernière, dont moins de 1 % étaient sujets à des taxes de défense commerciale.
Enquête de Bruxelles
Bruxelles doit à présent déterminer s'il s'agit d'un cas de dumping, si ces pratiques portent atteinte au secteur européen et si l'imposition de droits de douane irait à l'encontre des intérêts économiques de l'UE.
Certaines entreprises occidentales de l'industrie solaire sont en contradiction avec leurs homologues chinoises depuis des années. Elles assurent que les Chinois reçoivent des lignes de crédit généreuses qui leur permettent de vendre à des prix bas.
En Europe, l'entreprise allemande Q-Cells a été la grande victime de ce marché de plus en plus concurrentiel et a mis la clé sous la porte en avril dernier.
L'industrie européenne de l'énergie solaire reste toutefois divisée quant à l'utilité de mesure antidumping contre la Chine. L'EPIA (European Photovoltaic Industry Association) chante les louanges des importations chinoises qui selon elle font baisser le prix de l’énergie solaire et aident l'UE à atteindre ses objectifs pour 2020 en matière d’énergies renouvelables.
« Sans la concurrence mondiale et les panneaux solaires chinois bon marché, nous ne serions pas aussi proches d'atteindre la parité réseau que nous le sommes aujourd'hui », a déclaré à EurActiv lors d'un entretien en avril le secrétaire général de l'EPIA, Reinhold Buttgereit, en référence au moment critique où les énergies renouvelables deviennent plus concurrentielles face aux carburants fossiles.
La Commission devrait à présent envoyer des questionnaires aux exportateurs chinois et aux producteurs et importateurs européens, puis émettre des recommandations à l'attention des États membres de l'UE. Elle a 15 mois à partir de l'ouverture de l'enquête pour imposer des taxes, qui durent généralement cinq ans.





