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Ukraine : volonté de la Russie de participer avec l'UE à la réorganisation des gazoducs

Publié 07 avril 2010
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L'ambassadeur russe auprès de l'UE Vladimir Chizhov a affirmé à EurActiv hier (6 avril) que son pays saluait les propositions récentes du nouveau gouvernement de Kiev en faveur d'un "plan tripartite" pour moderniser le réseau de gazoduc de l'Ukraine, avec l'implication de la Russie.

Nous considérons une approche tripartite pour cette modernisation : la participation de la Russie, de l'UE et de l'Ukraine, a annoncé à Kiev le 2 avril le premier ministre ukrainien Mykola Azarov.

La Russie a été en faveur d'une telle coopération depuis toujours, a affirmé M. Chizhov, saluant le fait que cette nouvelle déclaration de Kiev semblait revenir sur l'accord signé en mars 2009 entre la Commission européenne et l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko, qui excluait Moscou (voir 'Contexte').

Déclaration bâclée

Cette déclaration bâclée, comme l'a appelée M. Chizhov, a vu le jour bien que l'idée de créer un consortium tripartite entre l'Ukraine, la Russie et l'Allemagne pour réorganiser le système de transit du gaz en Ukraine existait déjà depuis plusieurs années, a-t-il dit.

Si aujourd'hui il s'agit de l'Ukraine, de la Russie et de l'UE, c'est encore mieux, a confié M. Chizhov.

La planification de tout projet de grande échelle dans cette zone demande la coopération de toutes les parties impliquées, a ajouté le diplomate russe.

Lorsque, en mars dernier, cette déclaration a été signée entre la Commission européenne et le gouvernement ukrainien de l'époque pour la modernisation du système de transit du gaz en Ukraine, sans la participation de la Russie, cela a soulevé pas mal de questions. La volonté affichée était d'augmenter les capacités du réseau, mais personne n'a demandé à la Russie si elle avait le gaz pour cela. Personne n'a demandé aux consommateurs en Europe s'ils avaient besoin de ce gaz. Voilà un comportement bien artificiel, a déclaré M. Chizhov.

Interrogé pour savoir si les projets visant à éviter l'Ukraine, comme celui du gazoduc South Stream soutenu par Gazprom, perdait de l'importance dans le contexte de relations améliorées entre Moscou et Kiev, M. Chizhov a nié que la Russie ait poussé en faveur de projets destinés à contourner l'Ukraine.

Aucun projet n'a été élaboré pour contourner l'Ukraine. Personne en Russie ne dit que le système ukrainien de transport du gaz devrait être coupé ou démantelé. Au contraire, nous opérons dans le cadre d'un pronostic de long terme qui prévoit une augmentation de la consommation de gaz en Europe occidentale, a-t-il dit.

Pronostic de long terme

Le diplomate russe a admis qu'il y a eu une chute de la demande en gaz, conséquence temporaire de la crise économique mondiale, mais il a insisté pour dire que son pays travaillait sur l'hypothèse suivante : la consommation de gaz augmentera sur le long terme.

En Europe, rien ne peut faire concurrence aux gazoducs. Vous pouvez parler sans fin de GNL, mais en Europe, les gazoducs seront toujours moins chers, a dit l'ambassadeur russe.

M. Chizhov a semblé écarter le potentiel pour le gaz schisteux, qui est actuellement développé aux Etats-Unis, pour faire baisser les prix de cette énergie.

Il existe des spéculations sur la soit disante "découverte" de gaz schisteux, en particulier aux Etats-Unis. Mais il n'y a pas grand-chose à découvrir, parce que ce gaz était là depuis toujours, de même que la technologie. La vraie nouvelle, c'est qu'avec des prix du gaz plus élevés, le gaz schisteux est devenu une option économique viable, qui répond également à la volonté des Etats-Unis de limiter sa dépendance aux importations énergétiques, a commenté le diplomate.

Réactions : 

Interrogé par EurActiv pour commenter l'annonce du premier ministre ukrainien Mykola Azarov, la Commission européenne a déclaré :

La Commission est consciente du nouvel élan qui existe en faveur de cette idée – notamment en Ukraine. Il s'agit là très clairement d'une question qu'il revient à l'Ukraine de décider. Si cette idée se réalise, elle devra se traduire par un large accord politique au sein de l'Ukraine et avec les pays concernés, ainsi que par un accord technique entre entreprises.

Sans tenir compte de la solution retenue, la Commission comprend que la constitution ukrainienne, comme elle le dispose actuellement, requiert que le système de transit ukrainien reste la propriété de l'Ukraine.

Si toutes les parties sont désireuses d'avancer dans cette direction, notamment l'industrie gazière européenne, la Commission est prête à jouer un rôle proactif.

Contexte : 

Le premier ministre russe Vladimir Poutine a menacé en mars dernier de reconsidérer les liens de son pays avec l'UE, conséquence du fait que le projet de la Commission européenne visant à moderniser le système de gazoduc de l'Ukraine n'incluait pas Moscou (EurActiv 24/03/10).

M. Poutine a qualifié le projet UE-Ukraine de modernisation des gazoducs, annoncé le 23 mars et signé par la première ministre ukrainienne de l'époque Ioulia Timochenko, d'inconsidéré et de non professionnel.

Le ministre russe de l'énergie Sergei Shmatko a mis en avant une motivation politique de la Commission dans sa hâte de parvenir à un accord pour moderniser le système de transport du gaz en Ukraine. Il a aussi mis en garde contre le fait que le projet, qu'il a comparé à un aquarium de cristal, ne déboucherait sur rien.

Le 7 février, Viktor Ianoukovitch a remporté les élections présidentielles en Ukraine, forçant la première ministre et candidate à la présidentielle Ioulia Timochenko à reconnaître sa défaite. M. Ianoukovitch est rapidement parvenu à s'assurer une coalition majoritaire au Parlement, qui a voté en faveur d'un gouvernement dirigé par son allié Mykola Azarov, ancien ministre des Finances (EurActiv 11/03/10).

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