Lors d’une conférence à Bruxelles hier (14 janvier), les analystes ont prédit une nouvelle année difficile, ajoutant que le risque d’une croissance en W ou à double creux ne pouvait pas être écarté.
Cet évènement, organisé par l’European Policy Centre (EPC), s’est concentré sur la croissance et les emplois mais les économistes ont bien dit que faire croître le PIB ne garantirait pas de meilleurs chiffres sur le marché de l’emploi.
Jørgen Elmeskov, économiste en chef adjoint à l’OCDE, a prédit une reprise continue mais très lente dans la zone OCDE. Il a affirmé que la situation en Europe était moins encourageante qu’aux Etats-Unis, où le chômage est sur le point d’atteindre son plus haut sommet.
Cependant, il a expliqué qu’il y avait quelques signes timides montrant une restauration de la confiance sur les marchés, étayés par la situation plus saine sur les marchés boursiers et les marchés des obligations d’entreprise, ce qui rend plus facile pour les grandes entreprises de lever des capitaux.
Le commerce mondial rebondit également, tiré par les bonnes performances des pays « BRIC » - Brésil, Russie, Inde et Chine – tous ayant mis en œuvre des politiques efficaces pour s’occuper de la crise. En particulier, la reprise chinoise, impulsée par les politiques publiques, a été très importante et nous nous attendons à une croissance au dessus de 10 % dans ce pays, a expliqué M. Almeskov.
Il a précisé que les prix de l’immobilier pourraient atteindre un plancher dans un certain nombre de pays, mais il a ajouté qu’il y avait un doute tenace sur le fait que les prix des propriétés aient bien atteint un plancher, avertissant qu’il pourrait y avoir une seconde phase de baisse des prix.
Le temps est venu de rembourser alors que la récession se termine
Les institutions financières bancales et les dettes publiques en hausse se révèlent être les principales menaces pour la reprise, selon les économistes. Les gouvernements doivent marcher sur un fil d’équilibriste en matière fiscale, essayant de réduire leurs dépenses puisque cela peut avoir des effets de substitution dans l’économie réelle – décourageant les dépenses des consommateurs et touchant la confiance des entreprises.
Fabian Zuleeg, économiste en chef à l’EPC, a déclaré qu’il y avait peu de place pour l’optimisme sur le front de la création d’emploi. Le chômage, a-t-il noté, tend à être en retard par rapport à la croissance économique.
Il a également souligné les disparités à travers l’Europe concernant l’ampleur des atteintes aux marchés de l’emploi à cause de la baisse du PIB. L’Espagne, a-t-il dit, a vu son PIB fondre au même niveau que la moyenne de l’UE alors que son chômage a explosé et se dirigeait vers 20 % - le double de la moyenne européenne.
S’attardant sur les perspectives à long terme pour le marché de l’emploi de l’UE, il a affirmé que le chômage pourrait ne pas atteindre son pic si la croissance léthargique tourne autour de 1,5 %.
Nous sommes en train de sortir de la crise, pas vers la reprise mais vers la stagnation. Retournerons nous un jour là où les économies européennes étaient avant la crise ? C’est très incertain. Les marchés du travail seront affectés sur le long terme, a-t-il affirmé.
La démographie et le besoin de combattre le changement climatique seront également des facteurs d’exacerbation du problème, a-t-il ajouté.
L’exécutif de l’UE se montre légèrement optimiste
S’il y avait un optimiste parmi les rangs assemblés de scientifiques lugubres, ce fut István Székely, directeur des études économiques et de la recherche au sein de la direction des affaires économiques et financières de l’exécutif européen (ECFIN).
Il a affirmé que le marché semblait considérablement plus optimiste que certaines analyses extérieures, alors que la production mondiale retourne au point où elle se trouvait avant le déclenchement de la crise.
M. Székely a comparé les expériences du Japon et de la Finlande, tous deux ayant été très durement frappés par des crises financières dans le passé. Dans le cas du Japon, l’échec de la réforme du système financier et du traitement de ses problèmes de front a conduit à une décennie perdue de croissance stagnante.
La Finlande, de son côté, est un exemple positif, a-t-il dit. Elle s’est sortie d’une récession sérieuse et s’est rattrapée. Cela a pris 15 ans pour retrouver les niveaux de croissance d’avant la crise mais, grâce à des rendements tirés par la technologie et une société qui s’est plongée dans l’innovation, la Finlande s’est remise, a-t-il expliqué.
Il a admis que les perspectives de court terme pour la création d’emplois en Europe n’avaient rien de très intéressant à débattre. Le chômage va continuer à s’élever jusqu’en 2011, et même alors le retournement de situation sera faible.




