Les dépenses européennes visant à rendre l’économie plus « verte » paraissent faibles au regard des investissements chinois, certains pays de l’UE consacrant moins de 2 % de leurs plans de relance nationaux aux industries durables. Ces disparités soulèvent des inquiétudes quant aux possibles délocalisations des emplois « verts ».
L’Europe investit des milliards d’euros dans la réorientation de son économie vers un chemin plus durable. En faisant cela, elle espère se retrouver devant ses concurrents mondiaux en matière de technologie verte, considérée comme la source majeure de l’innovation et de la compétitivité dans le futur.
Cependant, le fait que les emplois verts promis par ce changement ne soient pas suffisants pour remplacer ceux perdus dans les industries dépassées éveille des inquiétudes. Le plan de relance économique européen se concentre de manière importante sur l’économie verte, mais des critiquent estiment que l’investissement n’est pas coordonné et verra l’UE se retrouver derrière des programmes plus importants et plus concentrés qui sont menés par la Chine et les Etats-Unis (EurActiv 27/11/09).
Le plan de relance présente trois partenariats public-privé (PPP), notamment l’Initiative voiture écologique et des mesures pour rendre les bâtiments plus écologiques (EurActiv 27/11/09).
Les chiffres du géant bancaire HSBC montrent que le pourcentage de dépenses de l’UE destinées aux mesures vertes est inférieur à 10 %. Cela semble dérisoire comparé, par exemple, à la Corée du Sud qui a alloué 80 % des ses dépenses de relance au verdissement de son économie. D’autres font également la course en tête, notamment l’Australie avec 40 %, la Chine avec 34 %, et le Japon avec 15 %.
Un document de position de l’European Trade Union Institute affirme que les dépenses vertes en Europe sont considérablement inférieures à ce que l’on considère généralement comme nécessaire. Le rapport montre que, outre le retard accumulé par l’Europe par rapport à l’Asie, de nombreuses mesures décrites comme vertes par les gouvernements européens ne vont pas réellement contribuer à une économie plus durable.
Un rapport séparé commandé par la Green Economy Initiative de l’ONU appelle les pays de l’OCDE à hauts revenus à dépenser au moins 1 % de leur PIB pour réduire la dépendance au carbone. La plupart des nations de l’UE sont loin de cet objectif.
Cependant, même dans des pays comme la France, où l’on a beaucoup insisté sur les programmes de stimulation fiscale écologique, des analyses indépendantes de ces programmes montrent que les éléments pertinents pour le climat contenus dans le plan de dépense ont été surestimés par le gouvernement français.
Au même niveau que les Etats-Unis, à la traîne par rapport à la Chine
L’Europe s’est montrée sur la défensive, soulignant ses efforts pour prioriser des projets écologiques coûteux dans des domaines comme les voitures et les bâtiments écologiques.
L’exécutif européen injecte 40 milliards d’euros dans des mesures vertes avec le double objectif de réduire les émissions de carbone et stimuler la création d’emplois verts. En plus de cela, 3,9 milliards d’euros supplémentaires ont été alloués pour des projets de R&D écologique et d’infrastructure dans le cadre du plan européen de relance économique.
Si l’on ajoute à cela les investissements des plans de relance mis en place par les gouvernements européens, le total investit par l’Europe s’approche d’un montant approximatif de 86 à 90 milliards d’euros.
Cependant, si ce montant est comparable aux dépenses américaines qui tournent autour de 80 milliards de dollars, il est très éloigné des 150 milliards de dollars investis par la Chine.
Karl Falkenberg, directeur général en charge de l’environnement au sein de l’exécutif européen, a déclaré que les investissements combinés de la Commission européenne et des budgets nationaux s’élevaient à un niveau suffisant pour démontrer l’engagement significatif de l’UE à rendre son économie plus écologique.
Comparé à nos amis et concurrents transatlantiques, nous sommes au niveau, mais la Corée et la Chine ont des montants de réserve bien plus élevés pour verdir leur économie, a-t-il dit lors d’une conférence de BusinessEurope à Bruxelles la semaine dernière (28 octobre).
Différence dans les niveaux d’investissement vert en Europe
M. Falkenberg a déclaré que les gouvernements européens ont été invités à se concentrer sur les initiatives vertes dans leurs paquets de relance, mais il a expliqué que Bruxelles n’était pas complètement satisfaite avec les réponses apportées par certains Etats membres.
Un abîme considérable existe entre les parts des dépenses engagées par les Etats membres de l’UE pour verdir l’économie. Il a expliqué que l’Italie dépensait seulement 1,3 % de son paquet de relance sur des projets écologiques, quand la France en dépense 21 %.
Les Etats membres ont le potentiel pour faire mieux, a déclaré M. Falkenberg.
Cependant, il a ajouté que le rôle de la Commission européenne était limité lorsqu’il s’agissait d’influencer les budgets nationaux et que Bruxelles se concentrait sur la coordination des investissements.
Soutien politique nécessaire pour de la R&D à haut risque
Thomas Weber de Daimler AG a déclaré que les industries manufacturières, y compris le secteur automobile, avaient besoin de soutien pour se diversifier dans de nouveaux domaines coûteux comme les technologies de batterie et la capture et le stockage de carbone (CSC).
Nous devons nous demander qui seront les leaders mondiaux dans ces domaines. Est-ce que ce sera les Etats-Unis, l’UE ou le plus dangereux concurrent – la Chine, s’est-il demandé.
Claude Turmes, un eurodéputé vert du Luxembourg, a déclaré que l’Europe allait devoir peser de son poids derrière ses industries afin de pouvoir concurrencer l’industrie chinoise.
Il a affirmé que l’Europe aurait besoin d’une solution type Airbus pour son secteur dédié aux technologies de batteries, si l’UE entend se confronter aux monopoles géants soutenus par l’Etat en Chine, notant que les efforts européens dans ce domaine étaient actuellement trop fragmentés.
M. Falkenberg de la Commission européenne a déclaré qu’il existait déjà une coopération importante entre les entreprises européennes et leurs homologues en Chine et Corée du Sud, en particulier dans le domaine des technologies de batteries et de la CSC, où des projets pilotes sont déjà en cours d’exécution.
C’est un défi mondial et nous allons devoir travailler avec nos partenaires internationaux, a déclaré ce fonctionnaire européen de premier plan.
Craintes de voir les nouveaux emplois verts se délocaliser
M. Faleknberg a ajouté qu’il était essentiel de garder les emplois verts en Europe pour des raisons sociales et environnementales. Il a affirmé que le paquet climat de l’UE était conçu pour être réalisable pour l’industrie car si les entreprises devaient quitter l’Europe, elles partiraient vers des régions avec des standards environnementaux plus faibles.
John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), a déclaré que l’Europe devait faire attention à ne pas mettre en place des standards trop élevés qui nuiraient à sa compétitivité et à la situation de l’emploi.
Il a affirmé que des industries ancrées étaient en danger et que certains doutaient du fait que la technologie soit la réponse. M. Monks a cité l’exemple de l’industrie de l’acier, en difficulté, comme celui d’un secteur qui souffre mais qui a peu à gagner de la promesse d’emplois verts high-tech.
Toutes nos expériences montrent que la transition vers de nouvelles technologies va être douloureuse. Des emplois vont disparaître et les travailleurs âgés seront les plus touchés. Nous devons gérer cela en faisant en sorte d’éviter les catastrophes sociales, a-t-il dit.
Aldo Fumagalli Romario, président du comité sur le développement durable chez Confindustria, a déclaré que l’Europe avait une industrie manufacturière forte qui pouvait tirer profit du défi de la durabilité.
Il a souligné que les industries de fabrication et de construction comptent pour un tiers du PIB de l’Europe et il a déclaré qu’il était important d’inciter les entreprises existantes à être plus durables.
Mariya Nikolova, chercheur à l’ European Trade Union Institute à Bruxelles, a déclaré qu’un consensus existait pour dire que la crise était une opportunité pour mettre en place les fondations d’une économie verte, mais que les nombreuses mesures proposées jusqu’ici n’étaient pas suffisantes.
Les dépenses vertes en Europe sont considérablement plus faibles que ce que l’on considère généralement comme nécessaire et les investissements verts de la Chine et des Amériques sont nettement plus importants, a-t-elle déclaré.