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Les retards sur le marché unique attirent les foudres

Publié 19 novembre 2010 - Mis à jour 23 décembre 2011
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Single Market Act
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Le message fut clair et universel : José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, doit assumer un rôle de dirigeant plus fort afin de faire passer l'Acte sur le marché unique, selon un débat public mené jeudi (18 novembre).

Les 50 propositions dans l’Acte sur le marché unique doivent être soutenues.

« Je ne pense pas que le marché unique a la priorité ou l’élan qu’il mérite. Le manque d’enthousiasme a fait de l’Acte sur le marché unique, de bien des manières, une affaire passée » a dit l’eurodéputé maltais Louis Grech (Socialistes et Démocrates), auteur d’un rapport du Parlement sur le marché unique.

« Qu’est ce que le marché unique ? Beaucoup de gens ne le savent pas, et de nombreux petits entrepreneurs pensent que celui-ci agit contre eux », a dit M. Grech, faisant le récit de conversations qu’il a eu avec des personnes dans son pays natal, Malte.

Présenté simplement, le marché unique est un cadre de règles qui facilite les mouvements de biens, de services, d’argent et de personnes à travers les frontières. Le marché unique entraîne moins de complications, de taxes et de paperasserie aux douanes et de franchissement des frontières par des immigrés. C’est la raison pour laquelle les factures de téléphones mobiles ont décliné de 70% et les tarifs d’avion de 40% depuis 1992, selon la Commission.

Cependant trop de citoyens européens et d’entreprises n’en voient pas les bénéfices, et Lord Leon Brittan, un conseiller commercial du gouvernement britannique, a dit que la raison en est que le marché n’a pas pleinement respecté ses promesses : « On ne peut pas acheter de biens en ligne dans d’autres Etats membres, et les petites et moyennes entreprises n’ont pas accès aux autres marchés en raison des conditions onéreuses ».

Le manque d'empressement

Le nouvel Acte sur le marché unique a été révélé il y a trois semaines avec l'objectif ambitieux de raviver la foi européenne dans le potentiel économique et social de l’Union commerciale forte de 27 nations. Celui-ci contient des propositions allant du combat contre le piratage à une aide pour les petites entreprises afin qu'elles trouvent des financements, en passant par la création d’un marché unique pour les hypothèques et de meilleures protections pour les droits des passagers dans tous les modes de transport.

Les propositions seront soumises à quatre mois de débat public, avec de nouvelles règles proposées dans le courant des deux prochaines années.

Mais pour certains partisans, le débat est un retard inutile dans un contexte de crise. La récession économique suivie de l’agitation entourant l’euro et les dettes gouvernementales ont déclenché une montée du nationalisme et du protectionnisme. Les pays luttent pour abriter ou soutenir les industries locales.

La semaine passée, l’Espagne et l’Italie ont bloqué une autre tentative visant à créer un brevet à l’échelle de l’UE afin de protéger la propriété intellectuelle et la conception des produits. Ceux-ci souhaitent que le brevet soit traduit dans leurs langues en plus de l’anglais, du français et de l’allemand.

Un brevet européen est la proposition N°1 de l’Acte sur le marché unique et les querelles intestines soulignent les défis auxquels fait face Michel Barnier, le commissaire français en charge du marché interne et des services.

Dans le contexte actuel, « il existe un risque de retourner en arrière sur certains aspects », a concédé M. Barnier.

Toutefois, il a défendu l’engagement du président Barroso dans le projet, disant : « il a été un soutien loyal pour moi […] Il m’a aidé plus que je ne pourrais l’exprimer ». Le service de presse de M. Barroso a déclaré que celui-ci est en voyage, et dans l’incapacité de faire un commentaire.

Cependant les sept participants ont tous déclaré que M. Barroso devait se mettre en position d’agir.

« Nous nécessitons plus d’implication de la part du président de la Commission », a dit Othmar Karas, le vice-président autrichien du Groupe Parti populaire européen au Parlement.

Ceci a rapidement été approuvé par Franco Bassanini, président de l’entreprise italienne d’investissement public Cassa Depositi e Prestiti. « L’engagement personnel est toujours l’une des conditions pour qu’une stratégie connaisse le succès », a-t-il dit.

Il a également critiqué l’Acte sur le marché unique, pour son échec à résoudre des questions liées au financement des projets à long terme comme les transports, spécialement depuis que la crise de l’euro a forcé beaucoup de gouvernements à réduire leurs dépenses.

« Quelles sont les propositions concrètes ? », a-t-il demandé.

En effet, sur les 50 propositions, beaucoup manquent de "punch", notamment :

  • N° 7: L’année prochaine, la Commission adoptera un livre blanc sur la politique des transports, qui va proposer une série de mesures visant en particulier à enlever les obstacles identifiés restants entre les systèmes de transports nationaux.
  • N° 10 : Avant 2012, la Commission va se pencher sur la faisabilité d’une initiative sur l’empreinte écologique de produits pour adresser la question de l’impact environnemental des produits, notamment les émissions de carbone. L’initiative va explorer les possibilités pour l’établissement d’une méthodologie commune pour les évaluer et les étiqueter.
  • N°32 : La Commission va lancer une consultation avec les partenaires sociaux (les représentants clés du travail et des entreprises) de manière à créer un cadre européen pour la planification anticipée des restructurations industrielles.

Et Pascal Canfin, un membre français du Parlement européen et du Parti Vert, a attiré l’attention sur le fait que la date butoir pour les services économiques d'intérêt général avait déjà été repoussée d’un an, menant à 2012.

Cependant, M. Barnier a défendu le plan et a promis d’agir rapidement. « D’ici février ou mars, nous serons prêts ».

Réactions : 

BusinessEurope, l’association européenne des industries et des employeurs, pense que l’Acte sur le marché unique représente une bonne base pour dynamiser le marché interne de l’UE, mais a fait appel pour un engagement politique fort afin de s’assurer que celui-ci soit correctement mis en application à travers les Etats membres.

Le directeur général de l’association, Philippe de Buck, a déclaré : « Les entreprises européennes sont pleinement dévouées au marché unique. L’Acte sur le marché unique relève les défis auxquels fait face le marché unique. C’est une solide fondation pour sa relance, mais il nécessitera une approche cohérente et complète de la part de la Commission. »

L’organisation européenne des consommateurs (BEUC)a souligné que dans les débats « la priorité doit être accordée aux mesures concrètes qui peuvent ajouter de la valeur à la vie quotidienne des consommateurs [incluant] un mécanisme de réparation collectif qui leur donne accès à une compensation lorsque les commerçants violent leurs droits ou lorsqu’ils sont victimes d’un comportement anti-concurrentiel ».

« Les utilisateurs en ligne bénéficient également des initiatives qui consacrent les droits numériques des consommateurs et facilitent le développement de nouveaux modèles commerciaux pour le contenu légal à travers l’Europe », a dit BEUC.

L’Union européenne de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises (UEAPME) était déçue, et a déclaré que « l’Acte sur le marché unique révélé par la Commission européenne manque de la vision, de l’ambition et de la cohérence nécessaires pour faire passer le marché interne européen au niveau suivant ».

 Poul Nyrup Rasmussen, président du Parti des Socialistes européens, a déclaré : « J’accueille favorablement le fait que la Commission européenne prenne finalement des mesures pour promouvoir l’achèvement du Marché Unique, mais je suis inquiet des failles entre les intérêts de l’économie et les intérêts des personnes », citant l’absence d’engagements pour la révision de la Posting of Workers Directive et un échec dans la soumission d’une proposition législative visant à assurer des services publics de qualité, accessibles et abordables.

Prochaines étapes : 
  • 30 nov.: Conférence sur l’Acte sur le marché unique au Comité des Régions.
  • 8 feb. 2011: Conférence sur l’Acte sur le marché unique organisée par la Commission européenne à Bruxelles.
Contexte : 

Le marché unique et ses quatre libertés pour la circulation des biens, des services, de la population et des capitaux est un des principaux avantages concurrentiels de l'Europe. Toutefois, les progrès sur le marché unique stagnent ces derniers temps et les dirigeants d'entreprises font pression pour qu'il soit achevé afin de profiter pleinement du potentiel de l'UE.

En octobre 2009, José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a chargé Mario Monti, ancien commissaire européen, de la préparation d'un rapport sur l'avenir du marché unique.

En donnant cette responsabilité à M. Monti, M. Barroso avait déclaré que la crise avait fait naître une forte tentation, surtout quand les temps sont durs, de revenir sur le marché unique et chercher refuge dans des formes de nationalismes économiques.

Le rapport sur le marché unique doit être envisagé dans le contexte de la nouvelle stratégie européenne pour une croissance et de l'emploi durables, nommée "Europe 2020" (EurActiv 24/02/10). Cette stratégie, présentée en février, met l'innovation et la croissance verte au cœur de son plan pour la compétitivité, mais devra également inclure un contrôle plus strict si elle veut réussir là où la stratégie de Lisbonne a échoué.

Le rapport de M. Monti a été publié en mai et pressait l'UE de remettre le marché unique "sur les rails" (EurActiv 11/05/10).

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