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L'entrepreneuriat peut-il être enseigné ?

Publié 27 mai 2010 - Mis à jour 10 avril 2012
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Inculquer un esprit d'entrepreneur chez les jeunes gens est devenu une idée populaire dans les cercles européens, mais certains entrepreneurs expliquent que l'esprit d'initiative est inné et qu'il ne peut pas être enseigné.

Les entrepreneurs et les responsables politiques ont évalué les mérites de l'insertion de l'entrepreneuriat dans le cursus scolaire lors d'un débat organisé le 25 mai par Generation Europe Foundation et la Confédération européenne pour marquer la Semaine des PME.

Par ailleurs, EurActiv a demandé aux membres du groupe officiel LinkedIn de la semaine européenne des PME de donner leur avis, et ont également rassemblé des opinions via une publication sur la plateforme Blogativ.

Il y a une forte division philosophique entre ceux qui perçoivent l'entrepreneuriat comme quelque chose d'inné que tout le monde n'a pas, et ceux qui pensent que des réformes de l'enseignement pourraient changer la façon de voir les choses.

De la même manière, certains hommes et femmes d'affaires pensent généralement que les gouvernements devraient arrêter de s'immiscer dans leurs activités, alors que d'autres demandent une intervention de l'Etat pour promouvoir les petites entreprises et protéger les start-ups de la crise.

Les échos du débat sur la créativité 

La question de savoir si un sujet spécifique appelé "entrepreneuriat" pourrait être introduit évoque le débat sut le façon d'enseigner la créativité, qui a dominé en partie l'Année européenne de la créativité et de l'innovation.

L'idée de consacrer un temps spécifique à l'entrepreneuriat, la créativité ou l'initiative est une option qui a été mise en avant. Une autre possibilité serait de retravailler profondément tous les sujets  et de les rendre plus pertinents, et d'encourager les étudiants à sortir des sentiers battus.

Le rôle des enseignants

L'un des défis principaux pour aider les gens à développer leur sens créatif dépend de la volonté des enseignants de s'impliquer. Les entrepreneurs ont rapidement fait remarquer que les enseignants sont des fonctionnaires qui ont choisit la sécurité de l'emploi plutôt que de rentrer dans un monde du risque dont le but est de monter une nouvelle entreprise.

Il y a un certain consensus selon lequel le rôle des enseignants devrait évoluer vers un rôle de coach ou de facilitateur de l'expérimentation des jeunes avec l'entrepreneuriat.

Par ailleurs, il existe un large soutien pour encourager les écoles et les universités à intégrer des jeux de rôle qui peuvent expliquer les bénéfices et les pièges de la gestion d'une entreprise. Il est communément reconnu que cela aiderait les étudiants à considérer l'entrepreneuriat comme une option de carrière.

Encore des barrières  

Il reste encore des défis majeurs, y compris les limites de la compétence de l'UE dans le domaine de l'éducation. Bruxelles peut aider à échanger les meilleures pratiques mais ce sont les gouvernements nationaux qui contrôlent ce que les enfants peuvent apprendre et de quelle manière.

Au final, le débat sur une Europe qui entreprend davantage grâce à l'éducation n'a pas eu lieu en vase clos. En parallèle, certains experts expliquent comment utiliser le système éducatif pour valoriser l'apprentissage de matière comme les mathématiques, les sciences, l'Union européenne, l'art et le design, l'éducation financière, les langues et de nombreux autres intérêts en concurrence.

Les ministres de l'éducation vont rapidement constater qu'ils doivent mettre en place des programmes scolaires pour les étudiants avec tous les intérêts et disposition possibles. De la même manière, les parents et enseignants devront se demander si ajouter l'entrepreneuriat impliquera de réduire le temps passé sur les mathématiques et les langues.

Votre opinion 

Réactions : 

Simone Baldassari, responsable de l'enseignement de l'entrepreneuriat à la DG Entreprises de la Commission européenne, a dit que l'Europe avait besoin de changer sa mentalité sur la façon d'encourager les gens à considérer l'entrepreneuriat comme une option de carrière.

Nous sommes d'accord pour dire que l'entrepreneuriat, c'est davantage que le simple fait de monter une entreprise. Nous devons complètement changer notre façon d'enseigner aux élèves de l'école primaire, a-t-il dit.

Cependant, il a affirmé que cela ne signifiait pas nécessairement d'avoir un cours appelé "entrepreneuriat". Nous pourrions avoir une nouvelle façon de considérer toutes les matières, a-t-il dit, ajoutant que les enseignants devaient évoluer vers des rôles de coach ou de facilitateurs.

M. Baldassari a sous-entendu que certaines écoles ou universités pourraient avoir le droit d'utiliser un "label entrepreneuriat" spécial si elles souhaitaient montrer qu'elles ont de bons antécédents dans l'entrepreneuriat.

Jeroen Meens, propriétaire de Cynex, une entreprise de consultance et de services financiers, a déclaré que le système scolaire n'aidait pas toujours à inciter les gens à utiliser leurs propres initiatives. Il a dit qu'il n'était pas allé à l'école pendant six mois lorsqu'il était adolescent et que pendant ce temps il avait construit des relations commerciales.

L'expérience l'a aidé à voir la valeur de l'apprentissage lorsqu'il est retourné à l'école, car certains sujets sont devenus beaucoup plus pertinent pour lui qu'ils ne l'étaient auparavant, a affirmé M. Meens.

A l'école vous avez des leçons, et ensuite un examen. Dans la vie, vous avez d'abord un examen, puis ensuite une leçon, a-t-il dit, ajoutant que les gens en dehors du système scolaire, comme les entrepreneurs, jouent un rôle clé dans la réforme du système.

Lorenzo Mule Stagno, entrepreneur maltais et ancien enseignant, a affirmé que les gens avaient besoin qu'on leur enseigne que faire de l'argent est une bonne chose. Il a dit que la richesse était l'une des motivations des entrepreneurs, et qu'on ne devait pas le nier.

M. Stagno, en tant qu'ancien éducateur, a déclaré que les professeurs subissaient énormément de pression et n'avaient pas toujours le temps de permettre à leurs élèves d'utiliser leurs initiatives ou d'être créatifs.

Madi Sharma du Comité économique et social européen a dit que l'enseignement devait devenir pertinent pour les jeunes. Une génération entière de gens quitte l'éducation formelle sans avoir un diplôme pertinent dans le monde du travail, a-t-elle affirmé.

Mme Sharma a également expliqué que les programmes scolaires étaient rédigés par des fonctionnaires qui n'avaient en général pas d'expériences dans l'entrepreneuriat. Elle a dit que l'Inde, la Chine, le Brésil et d'autres étaient devant l'Europe lorsqu'il s'agissait de puiser dans les potentiels jeunes entrepreneurs et que l'Occident traînerait derrières les économies émergeantes si elle ne changeait pas sa façon de faire.

Catie Thorburn, présidente de Generation Europe Foundation, a dit qu'il était possible d'enseigner l'entrepreneuriat. Elle a affirmé qu'un esprit d'entrepreneur pouvait être stimulé et que les gens peuvent se voir donner els moyens de réussir. Les professeurs, selon Mme Thorburn, peuvent jouer un rôle central si on leur en donne le soutien et les moyens.

Ana Bovan, présidente du Central European Development Forum, a dit que les médias avaient un rôle primordial à jouer pour communiquer avec le public sur l'entreprenaeuriat. Les médias de réseaux sociaux sont particulièrement importants pour les enfants. Ils sont en ligne tout le temps, bien plus que ce qu'ils ne lisent les journaux ou regardent la télévision. Nous devons réfléchir à comment influencer les enfants via Internet, a-t-elle dit.

Répondant à une publication sur Blogactiv, Piotr Pogorzelski d'Eureka Network a affirmé que la question était de savoir si l'on pouvait ou non enseigner d'un point de vue théorique quelque chose qui s'applique de manière très pratique.

Le mot français "entreprendre" contient l'idée de procéder, de prendre en charge, ou de commencer une tâche. De nombreuses initiatives ont été lancées au courant de l'année dernière avec le but d'enseigner des matières liées à l'entrepreneuriat, en particulier dans la sphère des parties prenantes européennes. Nombre de ces initiatives impliquent une action pratique à un moment donné, a-t-il dit.

Répondant à une question posée par les membres de l'équipe EurActiv sur le site officiel du groupe de la semaine des PME LinkedIn, Fernando Garcia Final du projet Smecytes a affirmé que l'entrepreneuriat pouvait être enseigné et a appelé à des fonds supplémentaires pour les entreprises qui produisent un contenu numérique.

Marco Benazzi de ZeroMobile à Rome a dit qu'il y avait un entrepreneur en chacun de nous.

Vous pouvez construire une entreprise, ou votre carrière, en utilisant exactement les mêmes moyens et techniques, si vous voulez réussir. L'enseignement est possible, et devrait être obligatoire, pour que les gens puissent mieux comprendre et mieux choisir. Les enseignants professionnels devraient enseigner cette matière en comparant les techniques et pratiques avec des cas réels ou des simulations, en faisait aussi intervenir des entrepreneurs et des gérants de haut niveau. Ce serait un moyen rapide et concret d'apprendre, a-t-il déclaré.

Erik Lauwers, un coach de collaboration, pense que l'entrepreneuriat est une série de modèles de comportements qui s'apprennent.

Une attitude complexe demande certaines compétences. Ces dernières peuvent aussi s'apprendre. Les croyances et le système de valeur qui soutiennent le réflexe d'entrepreneuriat peuvent être appris, bien plus que ce qu'ils peuvent être enseignés. Je veux dire que les croyances et valeurs de l'entrepreneuriat peuvent être développées grâce à l'entraînement et à l'éducation plutôt que l'enseignement, a-t-il dit dans le cadre de la discussion LinkedIn. M. Lauwers a dit qu'enseigner des compétences était un effort inutile à moins que l'attention soit portée sur la système de valeurs et croyances qui donne en effet à la personne l'envie de se comporter d'une manière donnée.

Cela ne vous viendrez pas à l'esprit de faire faire un sport à votre enfant s'il ne le trouve pas marrant et également gratifiant d'une certaine manière. Bien que l'on puisse changer les croyances en enseignant un certain comportement, il est plus efficace de travailler d'abord sur le système de valeurs et croyances, a-t-il dit. Il a affirmé qu'il était important d'identifier ce que signifie l'entrepreneuriat, et de mettre en avant les valeurs qui le soutiennent.

Le plus important dans la transmission de savoir, et également la transmission de ces valeurs et croyances – c'est de former les gens. Leur apprendre ces connaissances a seulement une valeur de "quiz télévisé" si ce n'est pas au final utilisé pour créer quelque chose de plus grand, a dit M. Lauwers.

L'entrepreneuriat devrait figurer sur l'agenda politique et les parents, professeurs, éducateurs, coaches, patrons, et dirigeants d'entreprises ont tous un rôle à jouer, a-t-il dit.

Aled Finniear, PDG de Park Place Research, a dit qu'on pouvait apprendre beaucoup mais que mettre en place ces pratiques demandait que beaucoup d'autres facteurs soient réunis. La manière de gérer le risque est également un élément clé, a-t-il fait remarquer.

Les circonstances de la vie, l'accès aux financements, la connaissance, les réseaux, le soutien, l'ambition, la perspective, la formation et les opportunités sont des éléments importants. Le risque est un élément primordial et tout le monde en a une perception différente. La confiance, les connaissances et l'ambition influencent fortement la perception individuelle du risque. L'acceptation ou l'aversion au risque peut varier tout au long de la vie, selon les circonstances et le risque ou l'opportunité des autres, a-t-il affirmé.

M. Finniear a affirmé qu'il était éventuellement possible de devenir entrepreneur sans prendre de risque mais que la plupart de ceux qui réussissent sont arrivés là où ils sont en prenant des risques, même si parfois ils peuvent mener à l'échec.

Il est important de ne pas encourager de façon excessive quelqu'un qui pourrait finalement échouer. Ce doit être en majeure partie une décision personnelle : connaître, accepter et prendre la responsabilité pour les risques potentiels, a—t-il affirmé.

Prochaines étapes : 
  • 25 mai-1er juin : Semaine européenne des PME.
Contexte : 

L'Europe est souvent considérée comme étant moins favorable aux entrepreneurs que les Etats-Unis, réputés pour avoir une population qui veut prendre des risques.

Les entrepreneurs peuvent puiser dans les fonds nationaux et européens pour les aider à faire décoller leur entreprise (EurActiv 25/02/10), bien que certains préfèrent que les gouvernements ne s'immiscent pas dans leurs affaires (EurActiv 27/08/10).

Cette semaine est la deuxième semaine européenne des PME, où l'attention est beaucoup portée sur l'entrepreneuriat – une question qui a grimpé dans l'agenda politique, notamment depuis la nomination du premier commissaire européen à l'industrie et l'entrepreneuriat, Antonio Tajani.

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