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Biocarburants : le plan de l'UE s'est heurté au scepticisme [FR][en][de

Publié: vendredi 12 janvier 2007   

Des ONG écologistes se sont montrées critiques envers le projet d'augmenter la part des biocarburants dans le bouquet énergétique européen de 10% d'ici 2020, estimant que cette promotion pourrait faire plus de mal que de bien.

Contexte:

Le paquet énergie, proposé par la Commission, fixe à 20% la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique européen d'ici 2020. Cet objectif sera complété par l'objectif minimal de 10% concernant l'utilisation des biocarburants dans les transports, afin de réduire la dépendance pétrolière européenne. A ce jour, les transports représentent un tiers des émissions de CO2 (à hauteur de 98% par le pétrole).

L'approche européenne actuelle est dessinée par la directive de 2003 sur les biocarburants qui fixe comme objectif non-contraignant de remplacer 5,75% des volumes de carburants essence et diesel par des biocarburants d'ici 2010. Toutefois, la Commission a reconnu que cet objectif ne serait pas atteint et espère qu'un nouveau règlement viendra en appui de ladite directive.

Les biocarburants sont considérés comme la source d'énergie générant le moins de carbone car théoriquement leur utilisation n'émet pas plus de CO2 que la quantité absorbée pendant la croissance de la plante. De plus, les biocarburants peuvent aider à réduire la pollution de l'air et les déchets.

Selon la Commission, ces biocarburants permettront de créer des emplois et d'ouvrir de nouvelles sources de revenus pour les agriculteurs. Ils contribueront également à respecter les objectifs de Kyoto et à diversifier le bouquet énergétique européen.

De nombreuses ONG, toutefois, soutiennent que la production de biocarburants pourrait en définitive avoir des effets néfastes, pour plusieurs raisons :

  • Des terres, sources principales d'alimentation dans de nombreux pays pauvres du Sud, pourraient être remplacées par des plantations servant à fabriquer des biocarburants, les Européens comptant sur la "culture automobile" et conduisant au remplacement de la forêt amazonienne par des plantations de soja.
  • Certains ont argumenté que la production de ces biocarburants consommait plus d'énergie qu'ils n'en fournissaient eux-mêmes.
  • La construction d'infrastructures d'accès à ces plantations dédraderait davantage l'environnement.
  • L'usage sur ces plantations de certains produits chimiques est également critiqué pour son impact nuisible sur la santé humaine.
  • Enfin, le recours à des récoltes génétiquement modifiées pour produire des biocarburants est également très controversé.

Pour résoudre certains de ces problèmes, la Commission envisage de promouvoir le développement de biocarburants qualifiés de "deuxième génération", qui sont produits à partir de lignocellulose, de résidus de bois, de pailles de céréales, de sciure, d'écorces de bois et de fumier.

Elle estime qu'ils sont plus adaptés que les biocarburants actuels de "première génération", principalement issus de récoltes, comme le sucre de betterave et les grains de raisin, car ils sont perçus comme moins couteûx, plus favorables en matière d'équilibre de gaz à effet de serre, donnant un meilleur rendement energétique et un carburant de meilleure qualité.

De plus, la possibilité d'utiliser une plus grande palette de ressources naturelles signifie qu'ils feront moins concurrence aux productions alimentaires (voir la consultation publique sur les biocarburants de la Commissionexternal ). Toutefois, les technologies de "deuxième génération" n'en sont encore qu'au stade du développement.

Positions:

Le secteur européen des biotechnologies a apporté son soutien aux initiatives de l'UE visant à encouragerle recours aux biocarburants, le groupe industriel EuropaBio ajoutant : "Cet encouragement jouera un rôle important dans le développement de nouveaux biocarburants de "deuxième génération"". Selon un document de travail d'EuropaBio concernant les technologies blanches : "Utiliser la biomasse pour produire du bioéthanol est déjà une réalité. On recourt à des enzymes pour les travaux de décapage, ce qui permet ensuite d'utiliser les déchets agricoles et forestiers sous-exploités et offre des "sources de revenus alternatives aux agriculteurs".

Toutefois le Conseil de l'industrie chimique européenne (CEFIC) se montre plus prudent : "La CEFIC salue la reconnaissance des biocarburants car ils peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre le changement climatique". Toutefois, il "met en doute la pertinence de nouveaux objectifs ambitieux avant même d'avoir atteint les objectifs actuels". Dans le même temps, "le CEFIC recommande d'étudier les raisons pour lesquelles ces objectifs ne seront pas atteints d'ici 2010".

Dans une lettre ouverte à l'UE, une ONG d'Amérique du Sud a critiqué le recours abusif aux biocarburants, l'accusant d'aggraver le réchauffement climatique et estimant que le Sud en ferait les frais.

Selon l'organisation : "Il est très improbable que l'Europe parvienne un jour à l'auto-suffisance dans la production de biocarburants à partir de productions issues de cultures énergétiques nationales et par conséquent très probable qu'elle la recherche au détriment des terres dont dépend la souveraineté alimentaire de nos pays".

Greenpeace s'est également montrée très sceptique : "Contrairement à beaucoup d'autres technologies sur les énergies renouvelables, la production de biocarburants est très souvent associée à de graves problèmes écologiques. Greaanpeace s'inquiète du fait que la Commission n'ait encore proposé aucun système convaincant pour garantir une production écologiquement responsable".

Jos DingsFédération européenne pour le Transport et l'Environnement (T&E), réseau rassemblant des groupes de transport durable, a critiqué l'absence d'étude d'impact du plan de la Commission : "Ce système européen décide arbitrairement que 10% des carburants utilisés dans les transports doivent être des biocarburants, sans regarder s'ils ont été produits de manière durable, inattentif aux émissions de CO2 générées pendant leur production et sans vérifier si d'autres sources d'énergie renouvelable ne seraient pas plus appropriées".

La Commission européenne, admettant que dans certains cas, les biocarburants ne réduisaient pas les émissions de gaz à effet de serre, a déclaré qu'elle proposerait "l'introduction d'un système d'incitation ou d'aide pour éviter cet écueil et promouvoir le développement de biocarburants de "deuxième génération"".

Ebio, l'organisation qui regroupe les producteurs de bioéthanol européens, a salué les objectifs minimums sur le recours aux biocarburants d'ici 2020, estimant que "la Commission avait clairement compris que rendre leur usage obligatoire était le meilleur moyen de faire progresser la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports et d'alléger notre dépendance envers les importations d'énergie fossile".

Prochaines étapes:

Fin mars 2007 : la Commission devrait proposer un projet de règlement, qui aura besoin de l'approbation du Conseil et de la Commission.

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